Sanctions américaines : la Russie relève le défi avec force

Suite à l’annonce des dernières sanctions américaines, la réponse de la Russie fut politique, forte et rapide. Elle donne ainsi le signal qu’elle entend relever le défi et n’accepte pas le chantage à la soumission dont le pays fait l’objet. Et les Etats-Unis ont, eux aussi, parfaitement reçu le message, en déclarant interpréter ces sanctions comme une « escalade » appelant une réponse. L’enjeu du rapport de force est à la hauteur des coups qui peuvent être portés : soit nous allons être enchaînés dans un monde global atlantiste sans compromis, autrement dit dans un nouveau totalitarisme, dont nous sentons déjà les effets délétères, soit une nouvelle partition du monde et du pouvoir va s’installer.  

Les Etats-Unis enchaînent les sanctions, individuelles, sectorielles, politiques ou économiques sur des fondements divers et variés, devant simplement servir à justifier le combat pour le monopole du pouvoir qu’ils mènent, autrement dit le combat pour le monde global dont ils entendent être le seul centre politique, dont ils entendent être Dieu et Maître.

Mais la patience de la Russie semble prendre fin, avec la chute des derniers espoirs d’un sursaut de bon sens. Ainsi, suite aux dernières sanctions adoptées par les Etats-Unis (voir notre texte ici), la réponse de la Russie a fusé et les sanctions russes furent annoncées publiquement par Lavrov, après que l’ambassadeur américain ait été convoqué par le conseiller du Président russe pour qu’elles lui soient signifiées, autant que son départ souhaitable « pour consultation », rapidement, ce qui évitera qu’il ne soit déclaré persona non grata.

Une déclaration a été publiée sur le site du ministère russe des Affaires étrangères, explicitant la situation. La Russie estime qu’il est impossible de ne pas réagir à une énième vague de sanctions dirigée depuis les Etats-Unis contre elle, et ce, pour des raisons stratégiques : 

« A Washington, semble-t-il, ils ont des difficultés pour accepter le fait que dans cette nouvelle  réalité géopolitique, il n’y a pas de place pour un diktat unilatéral, et que le scénario défaillant « d’un endiguement de la Russie », sur lequel les Etats-Unis continuent à miser sans vision à long terme, n’est qu’une source de dégradation ultérieure des relations russo-américaines. »

Donc, la Russie a décidé d’entrer dans le fond du problème et elle a parfaitement visé la source du problème, surtout lorsque l’on entend la Maison Blanche déclarer que la proposition de rencontre formulée par Biden à Poutine a justement été faite parce que la Russie est isolée sur la scène internationale … et qu’il faut bien l’aider à en sortir.

Certaines mesures concrètes ont ainsi été adoptées, mais des mesures uniquement politiques, Lavrov déclarant que la Russie sait parfaitement comment atteindre le business américain, mais elle garde cette carte pour la suite. 

Dans la logique de la réciprocité, des membres des missions diplomatiques américaines en Russie vont être expulsés, dans le même nombre que sont expulsés les membres des missions diplomatiques russes aux Etats-Unis. En l’occurrence, 10 personnes. Et puisque la Pologne s’est empressée de satisfaire les Etats-Unis en expulsant 3 diplomates russes, la Russie expulsera , elle, 5 diplomates polonais.

Mais cette fois-ci, la Russie va plus loin et entre dans une ligne offensive. Elle estime que, vue la situation, les ambassadeurs respectifs des deux pays doivent se trouver justement dans leur pays – pour consultation. Il est donc fortement recommandé, pour l’instant, à l’ambassadeur américain de rentrer chez lui. 

De plus, la pratique conduisant à aider, sans limite de nombre, l’ambassade américaine à obtenir des visas de courte durée pour les missions des membres du Département d’Etat, sera réduite à son minimum – 10 par an, sur le principe de la réciprocité.

Dans le cadre de la Convention de Vienne et en respect du Code du travail de la Fédération de Russie, des mesures seront adoptées pour mettre totalement fin à la pratique d’embauche par les missions diplomatiques américaines de ressortissants russes ou d’un pays tiers aux postes administratifs et techniques.

En raison de la violation systématique des règles de déplacement sur le territoire russe des membres des missions diplomatiques américaines, la Russie met fin au Protocole d’entente de 1992 conclu avec les Etats-Unis sur « le territoire ouvert », qui facilite le déplacement des diplomates étrangers sur le territoire de l’autre pays, sauf dans certaines zones déterminées, pour lesquelles il faut une autorisation préalable spéciale.

La Russie veut mettre un terme à l’activité des ONG et Fonds américains sous contrôle du Département d’Etat ou d’autres structures publiques américaines, au regard de la ligne politique destructrice menée par le Gouvernement américain.

La réponse de la Russie est fondamentalement politique, elle va compliquer le travail d’ingérence en Russie des structures américaines. Mais la réponse est aussi rapide et sort de la simple posture défensive dans laquelle la Russie s’était positionnée jusqu’alors. Et elle va encore plus loin, en interdisant d’entrée sur son territoire pour une période indéterminée 8 hauts responsables américains : John Bolton (ancien conseiller du Président pour la sécurité nationale et représentant permanent à l’ONU), Robert Woolsey (ancien directeur de la CIA), Merrick Garland (Procureur général des Etats-Unis), Christopher Wray (directeur du FBI), Michael Carvajal (directeur du Service fédéral pénitentier), Alejandro Mayorkas (Secrétaire à la Sécurité intérieure), Susan Rice (ancienne ambassadrice auprès des Nations Unies, conseillère à la sécurité nationale sous Obama), Avril Haines (directrice du renseignement national). 

Il est vrai que les points ont été mis sur les i, que l’Administration Biden est entrée dans un combat vital mégalomane – elle veut garantir le pouvoir absolu du monde global, atlantiste, dont elle prétend être le centre. Ce qui est confirmé par la déclaration de la Maison Blanche, selon laquelle, sans humour aucun, les mesures adoptées par la Russie constituent une escalade, qui obligera une réponse.

 Publié par Karine Bechet-Golovko 

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