«C’est la pire bulle spéculative sur les marchés depuis 1929 et elle va exploser»

De nombreux observateurs, dont le célèbre économiste Nouriel Roubini pointent les risques de plus en plus importants d’une nouvelle crise économique majeure. Sylvie Matelly, directrice adjointe de l’IRIS et Philippe Béchade, président des Éconoclastes, nous ont aidés à analyser les nuages noirs qui s’amoncellent au-dessus de l’économie mondiale.

«Il y a un certain nombre de facteurs aujourd’hui qui fragilisent le système financier et qui peuvent laisser penser qu’une nouvelle crise va arriver.»

Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe de l’IRIS, n’est pas rassurée par les indicateurs économiques mondiaux. Comme elle, une multitude d’experts soulignent les similitudes entre le contexte actuel et celui qui a précédé la crise financière majeure de 2008. C’est cette année-là, dans la ville de New York, que le 15 septembre à 01 h 45 la banque Lehman Brothers déposait le bilan en laissant une dette de 691 milliards de dollars et 25.000 employés sur le carreau. Cet événement mettait un point d’orgue à la crise des Subprimes et plongeait le monde dans la pire tempête économique depuis les années 30.

Début 2007, la multiplication des défauts de paiement sur des prêts hypothécaires à risque n’était que le commencement d’un gigantesque effondrement, qui a mené tout droit vers la faillite de la grande banque new-yorkaise. «On n’a rien vu venir!», lançait alors un employé du groupe à Londres.

Pourtant, certains l’avaient anticipé, Nouriel Roubini en tête. Cet économiste réputé pour ses analyses et président de Roubini global economics avait prédit la crise des Subprimes dès 2006. «Il avait expliqué tout le déroulé des événements. Depuis cette date, on l’écoute avec attention. Quand il prévoit une crise, on s’inquiète et on a un petit peur», explique Sylvie Matelly.

Des gouvernements sans marge de manœuvre

Nouriel Roubini a récemment publié un article au titre évocateur chez nos confrères des Échos: «Les cinq ingrédients qui préparent la crise de 2020». Le docteur en économie voit un cocktail composé d’une note de récession globale, d’une touche de hausse des taux d’intérêt, d’un parfum de valorisations boursières excessives, d’un zeste de difficulté politique et d’impuissance des banques centrales en guise de rondelle de citron. Un cocktail dur à avaler, vous l’aurez compris. Sommes-nous vraiment dans la même situation qu’en 2007-2008, voire pire?

Sylvie Matelly note des points communs et de nouveaux risques:

«Je pense au haut niveau d’endettement des États qui s’est renforcé après la crise de 2008, mais également à l’endettement des ménages qui est de plus en plus inquiétant. On a aussi des bulles spéculatives qui se sont formées, comme celle sur l’immobilier en Chine, la survalorisation des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et plus globalement sur certains marchés actions comme aux États-Unis. Ces risques d’éclatement fragilisent l’économie mondiale. De plus, les régulations de la finance mises en place après la crise de 2008 ont été insuffisantes pour limiter les risques.»

Infographie:  La dette des ménages, à chaque pays son style

Commençons par la remontée des taux. Pendant des années, plusieurs Banques centrales, celles des États-Unis, du Japon et la Banque Centrale Européenne (BCE) en tête, ont mené des politiques ultra-accommodantes afin de soutenir l’économie. Des taux très bas conjugués à des programmes de rachat d’actifs ont permis l’afflux de liquidité dans le système financier. Puis, la Réserve fédérale américaine a commencé a relever progressivement ses taux d’intérêts. Le 26 septembre, elle l’a fait pour la troisième fois de l’année avec une hausse d’un quart de point, pour les porter à une fourchette située en 2 et 2,25%. Avec une croissance de 4,1% au deuxième trimestre, l’économie américaine surchauffe. Et la Fed craint que l’inflation, toujours officiellement autour des 2%, ne dérape.

«La politique extrêmement favorable pour l’économie américaine mise en place par Donald Trump, notamment au niveau des allégements d’impôts, a créé un emballement qui appellera inévitablement à une réaction de la Réserve fédérale américaine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il la critique si fortement. Si la FED durcit sa politique monétaire, c’est l’ensemble du secteur financier qui s’en trouvera fragilisée», note Sylvie Matelly.

Le locataire de la Maison-Blanche avait en effet peu goûté la décision du 26 septembre: «Malheureusement, ils viennent juste d’augmenter un peu les taux d’intérêt parce que nous (l’économie) nous portons bien. Je ne suis pas content.» Hausse des taux signifie augmentation du coût du crédit, moins de liquidités, dollar plus fort et donc exportations américaines plus chères. Mais ce n’est pas forcément le pire pour la directrice adjointe de l’Iris:

«Aux États-Unis, une augmentation des taux d’intérêt aura pour conséquence un ralentissement de la croissance économique. Mais ce n’est pas sûr que ce soit le plus inquiétant. Dans le contexte actuel, une telle décision rapatrierait un certain nombre de capitaux aux États-Unis du fait des risques limités. Il faut rappeler que les taux d’intérêts sont le loyer de l’argent. Vous allez où cela rapporte le plus avec le minimum de risques. Le problème, c’est que ces capitaux vont venir de pays très endettés. Dans le cas de l’Europe, cela pourrait créer des crises, mais la Banque centrale européenne et le mécanisme européen de stabilité pourrait intervenir. Mais dans des pays émergents comme le Brésil ou l’Argentine, la fuite de capitaux vers les États-Unis pourrait avoir des conséquences désastreuses pour leurs économies.»

Pour Philippe Béchade, président des Éconoclastes, la hausse des taux que l’on voit aux États-Unis est naturelle et fait partie d’une stratégie qui vise à se dégager des marges de manœuvre:

«On n’est pas encore dans des politiques de hausse des taux restrictives. La hausse des taux actuelle aux États-Unis est juste une normalisation. On se situe encore entre 2 et 2,25% face à une croissance de 4%. Et en Europe, la croissance est autour de 2% avec des taux proches de 0. Je pense que les banques centrales sont convaincues que l’on se dirige vers un ralentissement du cycle économique, avec ou sans hausse de taux. Elles souhaitent se ménager des marges de manœuvre, mais la situation risque fort d’être critique.
La Fed, même avec des taux à 2,25%, n’a pas de latitude suffisante pour qu’une baisse de ce taux ait un impact significatif sur l’économie. En Europe, c’est encore pire. La BCE ne les a pas encore montés et elle ne le fera probablement pas avant l’automne 2019. Si le cycle se retourne et que le marché se met à corriger, la BCE n’aura aucun instrument pour soutenir l’économie en cas de crise.»

C’est en substance l’avis de Nouriel Roubini qui, dans son article publié par Les Échos, décrit des gouvernements pieds et poings liés: «à la différence de 2008, époque à laquelle les gouvernements disposaient des outils politiques permettant d’empêcher une chute libre, les dirigeants qui affronteront la prochaine récession auront les mains liées, sachant par ailleurs que les niveaux globaux de dette sont supérieurs à ceux d’avant-crise.»

Tensions commerciales et trading à haute fréquence

Car comme le souligne Philippe Béchade, «l’éléphant dans le corridor reste la taille des dettes, qui sont à des niveaux bien au-delà de ceux qui étaient déjà jugés insupportables en 2008». La crise économique a vu l’endettement de nombreux États augmenter à vitesse grand V, de même que celui des ménages et du secteur privé. D’après le FMI, la dette mondiale a atteint un record de 164.000 milliards de dollars en 2016. Cela représente 225% du PIB de la planète.

«Aujourd’hui, la seule raison pour laquelle on juge que la dette est tolérable est à chercher du côté de raisonnement du type: « Il y a 4% de croissance aux États-Unis, donc ils peuvent faire face à un déficit de 3% ». C’est un calcul totalement basique. Le problème c’est que l’accroissement de la dette américaine est en fait beaucoup plus rapide que ces 3%. En Europe, on n’a pas non plus réussi à se désendetter, hormis l’Allemagne. Si les taux montent et qu’il n’y a pas de croissance pour compenser cela, on va droit dans le mur», avertit Philippe Béchade.

Le fait que les Banques centrales coupent progressivement les vivres pourrait avoir un autre effet désastreux: un krach des marchés actions. Les politiques ultra-accommodantes ont eu pour conséquence de faire grimper les marchés financiers à des niveaux prodigieux. À New York, les indices Dow Jones et S&P 500 battent record sur record depuis l’élection de Donald Trump. Privés de leur carburant, ils pourraient sérieusement dévisser… et la bulle imploser.

«C’est la plus phénoménale bulle spéculative qu’on a connue depuis 1929. Et elle va forcément exploser. Comme le souligne l’économiste en chef d’Allianz, Mohamed Aly El-Erian, la question est de savoir comment la correction ne s’est encore produite. Cela fait depuis 2015 que les niveaux atteints par les marchés sont délirants. Arrive là-dessus Donald Trump qui crée un nouvel emballement de la croissance avec un choc fiscal et qui tend encore plus le ressort», s’alarme Philippe Béchade.

Autre avis de tempête sur l’économie mondiale: la guerre commerciale. La rhétorique protectionniste de Donald Trump l’a mis en position de confrontation avec l’Union européenne, mais surtout avec la Chine.

«Les tensions commerciales peuvent impacter la croissance mondiale, car elles vont ralentir le commerce international. À partir du moment où vous imposez des droits de douane sur des produits, vous les rendez plus chers et donc vous en limitez les échanges. Or le commerce international est un élément clef de la croissance économique partout dans le monde», souligne Sylvie Matelly.

Encore plus quand les deux premières économiques mondiales s’affrontent. Les milliards de dollars d’augmentation des tarifs douaniers que s’imposent réciproquement les États-Unis et la Chine ont tout de la dangereuse escalade. Les invectives sortent du domaine du commerce. Le vice-président américain Mike Pence a récemment accusé Pékin d’ingérence dans les élections américaines. Des déclarations qualifiées d’«injustifiées» et de «ridicules» par l’Empire du Milieu. «Cette guerre commerciale devient un enjeu plus politique qu’économique et cela va peser sur la croissance économique», s’inquiète l’économiste de l’Iris.

Un tableau d’ensemble que Nouriel Roubini saupoudre d’un peu d’inquiétude politique. D’après lui, la montée de partis à la rhétorique anti-finance compliquera davantage la tâche des gouvernements en cas de crise économique. «Par ailleurs, les sauvetages dans le secteur financier seront intolérables pour des pays marqués par la résurgence de mouvements populistes et dirigés par des gouvernements quasi insolvables», prévient-il.

«Sur le sauvetage des banques et le populisme, la question à se poser est la suivante: « Comment vont réagir les opinions publiques? » Je pense qu’elles l’accepteront, car les politiques qui sont mises en place pour accompagner le secteur financier dans la perspective d’une telle crise sont des politiques de responsabilité. Ce qui n’a pas forcément été le cas en 2008. L’essentiel est d’expliquer les démarches. Ne pas sauver le secteur financier, c’est pousser à la faillite un certain nombre d’entreprises en premier lieu desquels les plus fragiles. C’est également ruiner des citoyens. Nous sommes prisonniers de ce système financier. Par définition, il finance l’économie. Il n’est pas totalement déconnecté même s’il l’est en partie», anticipe Sylvie Matelly.

C’est justement ce manque de lien avec la réalité que dénonce Philippe Béchade, notamment par rapport à ce qu’il se passe sur les marchés actions: «Le pire dans tout cela, c’est que les réflexes sont toujours les mêmes. Les gérants ne croient pas vraiment à la hausse. Ils sont parfaitement conscients que les valorisations sont tendues. Et en même temps, ils sont pris dans une logique de réplication des performances indicielles qui les contraint à acheter toujours les mêmes valeurs et qui de fait progressent plus vite que la moyenne. On est donc obligé de les surpondérer ce qui a pour effet de les faire monter encore plus vite. C’est un système de spirale complètement imbécile.» Avant de poursuivre:

«Aujourd’hui, que ce soit sur les marchés actions américains ou européens, je défie quiconque de me donner la vraie valeur d’une entreprise. Leurs valorisations sont ce que les gens sont prêts à payer. Qui sait ce que vaut vraiment Amazon qui a gagné plus de 50% cette année? En cas de correction, qu’est-ce que ça vaut?»

Il réfute pourtant le terme de «finance folle» et souligne au contraire l’excès de rationalité qui frappe les marchés et qui se matérialise dans l’utilisation du trading à haute fréquence ou «high-frequency trading» dans la langue de Shakespeare. Il permet l’exécution de transactions financières à une vitesse hallucinante grâce à des algorithmes informatiques. Les grandes banques de Wall Street se sont fait une spécialité de recruter de brillants mathématiciens, souvent en France, afin d’élaborer les équations les plus sophistiquées pour augmenter les rendements. Déjà en 2011, des opérations pouvaient être effectuées en 113 microsecondes. Des pratiques que dénonce Philippe Béchade:

«De l’extérieur, cela peut paraître fou de voir des titres valorisés 150 fois leurs bénéfices. On se dit qu’on est en train de faire les mêmes erreurs que lors de l’explosion de la bulle internet en 2000. Mais en fait, paradoxalement, la finance est une addition de comportements ultras-rationnels. Quand on est dans la logique mathématique pure et l’addition de décisions rationnellement justifiées au niveau de l’augmentation des profits, on aboutit effectivement à une situation folle.

Là on touche aux programmes informatiques qui fonctionnent avec des algorithmes très perfectionnés, qui achètent toujours les mêmes titres. Ils prennent des décisions qui ont l’apparence de la rationalité pour le gestionnaire d’actifs. Mais ils ne situent pas dans un contexte global. Ils sont coupés des réalités.»

Plus de dettes, pas vraiment plus de régulation, tensions commerciales et géopolitiques… Le contexte pousse à l’inquiétude. Sur certains points, il est pire qu’avant la crise de 2008. Et Nouriel Roubini ne dit pas autre chose:

«Lorsqu’elles surviendront, la crise et la récession de demain pourraient se révéler encore plus sévères et prolongées que celles d’hier.»

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L’Église face à l’islam, entre naïveté et lucidité – par Joachim Véliocas

Le 13 septembre 2018 est sorti dans les librairies, L’Eglise face à l’islam* : nouveau livre de Joachim Véliocas, préface du père Henri Boulad.

Avec l’aimable autorisation des Éditions de Paris, voici en exclusivité la Préface du jésuite père Henri Boulad (révisée par François Sweydan). L’ouvrage de Joachim Véliocas, L’Eglise face à l’islam, entre naïveté et lucidité, Éditions de Paris, 2018, est à commander sur Amazon ou n’importe quelle libraire.

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Voici de Joachim Véliocas un ouvrage clair, sans concessions, qui se veut vrai et objectif. Un ouvrage solidement documenté, étayé par des faits concrets, s’appuyant sur des textes clairs et citant des références musulmanes indiscutables. Un ouvrage qui rappelle en toute objectivité un certain nombre de vérités qui crèvent les yeux. Un ouvrage qui dissipe bien des malentendus et dénonce bien des ambiguïtés.

Un ouvrage qui ne se perd pas en considérations théoriques, mais se fonde sur des réalités historiques et factuelles. L’auteur sait de quoi il parle. D’où la force et la pertinence de ses propos. En d’autres termes, «ce n’est pas du n’importe quoi». Tout cela est le fruit d’un travail acharné d’information, de documentation et de réflexion.

 

Le but de ce livre est de faire la lumière sur ce qui se dit aujourd’hui en France sur l’islam et de dénoncer l’aplatissement généralisé et la dhimmitude d’un Occident majoritairement inconscient et amnésique. Les Européens feignent-ils d’ignorer le projet hégémonique clairement proclamé des musulmans, qui avance systématiquement sous nos yeux ?

Le cheikh Youssef al-Qaradawi, chef spirituel des Frères musulmans et président de l’Union internationale des savants musulmans, membre du Conseil européen de la Fatwa – entre autres éminents dignitaires religieux musulmans s’exprimant en termes similaires – n’avait-il pas parlé de «conquête pacifique de l’Europe» par la da’wa, la «prédication» – le prosélytisme religieux actif pour la diffusion de l’islam ?

Son propos est clair : «L’islam retournera en Europe… Il y est entré deux fois… et deux fois il l’a quittée… La prochaine conquête, avec la volonté d’Allah, se fera par la prédication et l’idéologie. Toute terre n’est pas obligatoirement conquise par l’épée… La conquête de la Mecque ne s’est pas faite par l’épée ou la guerre, mais par un traité [d’Houdaybiya [1]] et par des moyens pacifiques… Nous voulons qu’une armée de prédicateurs et d’enseignants présente l’islam dans toutes les langues et tous les dialectes…»

Ne sommes-nous pas clairement prévenus de ce projet structuré, méthodiquement mis à exécution depuis plus d’une cinquantaine d’années, notamment par les Frères musulmans en Europe [2] ?

L’autre objectif de cet ouvrage est d’inviter l’Église à prendre acte de l’échec du dialogue avec l’islam, initié il y a plus de 50 ans. Il est clair aujourd’hui que ce dialogue a échoué faute d’avoir pris au sérieux ce que l’islam a toujours été, ce qu’il est et s’est toujours voulu, ce qu’il dit de lui-même et qu’il démontre par ses dramatiques actions dans tout l’Orient et dans le monde.

Ce livre dit en toute objectivité un certain nombre de vérités qui dérangeront les censeurs, partisans de la pensée unique. A la traîne de la gauche ‟libérale”, ceux-ci crieront à l’amalgame et à l’imposture de l’‟islamophobie”, pour réduire au mutisme tous ceux qui, comme l’auteur, voient clair.

La pensée unique nous étouffe, nous étrangle, nous asphyxie, cherchant par tous les moyens à nous convaincre que blanc c’est noir. Quand donc mettrons-nous la vérité au cœur de nos rencontres ? L’heure est gravissime. Le totalitarisme et l’intolérance féroce d’une gauche libérale – qui n’a de libéral que le nom – et qui a fait alliance avec un islam agressif, conquérant et fondamentaliste, ne laissera plus bientôt le moindre espace à une quelconque liberté d’expression.

Jésus nous a bien dit : «La vérité vous rendra libres». Or, un Occident aux ordres de l’élite mondialiste s’emploie à toutes les contorsions et les concessions pour nier des évidences qui crèvent les yeux. Il est urgent aujourd’hui de hisser l’étendard de la vérité et de dire les choses telles qu’elles sont, sans se voiler la face.

A titre d’exemple, le dimanche de la Pentecôte 2014, se tenait dans les jardins du Vatican une «prière pour la Paix» rassemblant le Président Shimon Peres chef de l’État d’Israël, et Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité nationale palestinienne, en présence du Pape François et du Patriarche orthodoxe Bartholomée Ier. Au cours de cette rencontre au plus haut niveau, l’imam Turc de la délégation musulmane a récité les derniers versets coraniques de la sourate 2 (La Vache) qui se terminent ainsi : «…Accorde-nous [Allah] la victoire sur les peuples infidèles [3]» (2:286).

Cette sourate prône le jihad et insiste à plusieurs reprises sur le combat contre les mécréants (non musulmans chrétiens) : «Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah seul» (2:193). «On vous a prescrit le combat, bien que vous ne l’aimiez pas» (2:216), contre les juifs (2:211) et les chrétiens «associationnistes» (2:217). Allah met en garde contre les mariages avec les femmes «associatrices» et les hommes «associateurs» (2:221). Les commentateurs du Coran y lisent clairement la croyance en la Trinité : «Et tuez-les où que vous les rencontriez (…). L’association est plus grave que le meurtre» (2:191, aussi 2:217).

Dans cette même sourate, l’enfer est promis aux mécréants qui ressemblent à du bétail (2:171), les femmes sont considérées comme « un champ de labour » (2:223) et peuvent être répudiées trois fois (2:229-230), les juifs falsificateurs de la parole d’Allah (2:75) ; toute la sourate est violemment anti-juive et antichrétienne.

En France et en Europe, au nom d’une vision irénique de l’islam, les distorsions intellectuelles complaisantes et absurdes sont monnaie courante. Avec une naïveté désarmante, les professionnels d’un dialogue à sens unique qui frise la mauvaise foi ou l’ignorance prétendent parler au nom du christianisme, tout en écartant délibérément les chrétiens d’Orient et les néo chrétiens, apostats de l’islam. Pourtant, ceux-ci, mieux placés que quiconque pour s’exprimer sur cette question, ont de l’islam une perception diamétralement opposée à celle de ces ‟experts” occidentaux [4].

Dans une récente rencontre au Caire (avril 2018) avec un religieux catholique français de l’Institut dominicain d’études orientales au Caire (IDEO), parmi les représentants les mieux placés du dialogue interreligieux islamo-chrétien avec Al-Azhar, je lui demandais ce qu’il pensait du Frère Rachid [5] et de Hamed Abdel-Samad [6] – tous deux mondialement connus pour leur lucidité sur l’islam. Sa réponse a été : «Connais pas…». J’en ai été stupéfié. Aveuglement dangereux et méconnaissance incompréhensible.

Plus surprenant encore, des évêques et des prêtres engagés dans le dialogue interreligieux islamo-chrétien en France de nous conseiller de ne pas diaboliser l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) qui se réclame ouvertement de la confrérie des Frères Musulmans pratiquant – pour l’instant – et depuis une bonne trentaine d’années en Europe le jihad idéologique et politique, culturel et juridique. Pourtant, depuis des décennies cette organisation jihadiste est la première et principale responsable des graves tribulations islamistes en Égypte et en Orient.

Autre curieux exemple. Le dominicain Emmanuel Pisani, précédemment de l’IDEO au Caire, de nous égarer dans les dédales fantasmés d’un soufisme ‟massignonien” imaginaire et idéalisé à souhait, celui des orientalistes romantiques séduits par une mystique exotique. En effet, on nous vante les mérites d’un islam prétendument ‟mystique”, pourtant ultra minoritaire et non reconnu (à peine toléré) par les quatre écoles juridiques, faussement tolérant et abusivement pacifique [7], nullement représentatif de la quasi-totalité du monde musulman. Pourtant, c’est l’arme de conversion des Français crédules abusés et, «en Europe cheval de Troie de l’islamisme», selon les mots de Marie-Thérèse Urvoy [8] ; en effet, éminente stratégie de conquête mise en avant par les Frères musulmans en France.

Fin 2015 à son escale de trois jours en Turquie, le pape François déclare : «Le Coran est un livre de paix, c’est un livre prophétique de paix». De retour de Pologne des JMJ, fin juillet 2016, il déclare : «si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique», occultant curieusement que la violence meurtrière, injonction coranique claire, n’est pas inscrite dans le message de Jésus dans les Évangiles ; comparaison n’est pas raison.

Il ose même dire devant des étudiants italiens : «il n’existe pas de terrorisme islamique» ! Dans son discours politique mondialiste récent (mai 2018) le souverain pontife déclare (dans l’Écho de Bergame), qu’«assimiler islam et terrorisme est un mensonge ridicule». Sans doute, a-t-il raison en partie seulement, mais dire que c’est un «mensonge ridicule» risque de nous faire perdre le lien réel qui les unit – et qui ne veut pas dire que tout musulman bienveillant et pacifique serait un terroriste.

L’exhortation apostolique Evangelii Gaudium publiée le 24 novembre 2013 (point n° 253 du chapitre 4, consacré aux relations avec l’islam, à l’amplification du dialogue islamo-chrétien, et au devoir d’accueil des musulmans) est aux racines du profond malentendu : « Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence. »

À considérer l’exégèse des commentateurs éminents du Coran et des Hadiths, l’imam Malik (715-795), Ahmed ibn Hanbal (780-855), Al-Boukhari (810-870), Muslim ibn al-Hajjaj (819-875), Tabari (839-923), ibn Taymiyya (1263-1328), Ibn-Kathir (1301-1373), et bien d’autres, notamment jusqu’aux XXe et XXIe siècles, leurs édifiantes analyses des versets coraniques appelant clairement à la violence et au meurtre du non-musulman viennent contredire totalement l’exhortation apostolique du pape François.

Lors de sa première visite officielle à Paris (le 24 mai 2016), cheikh d’Al-Azhar, Ahmed el-Tayeb, déclare dans son discours inaugural d’une conférence interreligieuse à l’Hôtel de Ville (sur le thème « Orient et Occident, civilisations en dialogue ») : « Si certaines lois [européennes] imposent aux musulmans de faire quelque chose qui s’oppose vraiment à leur religion, ils doivent recourir aux voies juridiques qui permettent de faire valoir son droit et qui permettent l’amendement des lois [9]. » Vous lisez bien, le cheikh souhaite changer les lois européennes pour les rendre compatibles avec la loi islamique !

Ce qu’il ne fait pas pour les chrétiens autochtones de son propre pays. Outre le fait qu’il reste totalement silencieux sur les nombreuses et constantes exactions contre les Coptes, il a refusé de condamner l’organisation de l’État islamique et s’était exprimé par le passé sur le bien-fondé du meurtre de l’apostat, sans compter les contre-vérités à l’adresse des Européens au mois de mars 2016 (voir note 4).

La source principale de radicalisation – tant en Égypte que dans le reste du monde – est incontestablement Al-Azhar [10]. Grâce à son université qui forme les imams du monde entier, cette institution a grandement contribué au durcissement de l’islam. Malgré les exhortations répétées du Président al-Sissi, le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed el-Tayyeb, s’obstine à maintenir dans les manuels azharistes des textes incitant à la haine des juifs, des chrétiens et autres non musulmans.

Cette institution prétendument modérée, explique à ses élèves et ses étudiants universitaires pourquoi il faut haïr le non-musulman et tuer l’apostat, comment couper les membres d’un contrevenant à la charia et détaille dans ses manuels d’autres châtiments cruels et barbares. Un tel enseignement est colporté dans le monde entier par les centaines de milliers de cheikhs et d’imams formés au Caire.

C’est donc Al-Azhar qui est la cause principale de la majorité des actes de violence commis au nom de la foi musulmane. Il ne fait qu’appliquer la doctrine classique de l’islam sunnite orthodoxe puisée dans le Coran et les Hadiths. Cela n’empêche pas la majorité des musulmans d’être aimables, bienveillants et de souhaiter sincèrement un islam humaniste et pacifié. Mais l’enseignement dispensé par l’islam officiel et les prêches des mosquées – même en Europe et en France – vont dans un sens absolument opposé. Le problème est que les musulmans sont les premières victimes de ce fascisme islamique. Au fond, les terroristes font-ils autre chose que d’appliquer l’enseignement puisé dans les sources mêmes de leur religion ?

En effet, le général égyptien Ahmad Abdou Maher, chercheur en études islamiques, responsable de la lutte contre l’extrémisme religieux dans le gouvernement égyptien du président Abdel Fattah al-Sissi et chargé d’expurger les programmes scolaires égyptiens incitant à la haine, relevait lors d’un colloque [11] à l’Assemblée nationale française que le mal était dans l’islam officiellement enseigné. Il brandit deux ouvrages programmés dans les collèges et lycées d’Égypte qui prescrivent la haine des chrétiens : marquer leurs maisons, leur interdire de construire des églises, appliquer les lois de la dhimmitude, exiger la peine de mort contre les apostats, etc. Son intervention glaçante a été filmée (mais totalement occultée par les médis en France).

Contorsions, compromissions et complaisances occidentales pour nier des évidences flagrantes et défendre l’indéfendable avec un zèle islamophile qui questionne et nous laisse perplexes sur les graves conséquences de cette dhimmitude consentie et assumée.

L’Occident et l’Église ne semblent avoir rien appris de l’Histoire des conquêtes islamiques meurtrières du califat omeyyade, puis celles des Abbassides et enfin celles de l’Empire ottoman. Au nom d’Allah, de son prophète et des injonctions coraniques ils ont mis des siècles durant la Méditerranée à feu et à sang, conquis ses îles, l’Espagne, la moitié de la France et le sud de l’Europe, les Balkans et jusqu’aux deux sièges de Vienne, la bataille navale de Lépante, la chute de Constantinople et j’en passe…

Les cruelles persécutions incessantes des chrétiens et des juifs d’Orient dès les débuts des conquêtes et pendant de longs siècles, les conversions forcées, les razzias terrestres et piratages maritimes dans toute la Méditerranée, l’esclavage de millions d’Européens (estimation : plus de 3 millions), mise en danger des routes commerciales maritimes de l’Europe du Sud, etc. Et cette furie islamique a sévi quatre siècles durant avant les Croisades, enfin décidées afin de sauver Jérusalem (et le Saint-Sépulcre incendié et détruit) et l’Europe du danger des conquêtes musulmanes.

Très souvent les tenants du dialogue unilatéral se basent sur des informations puisées à des sources occidentales révisionnistes faussées, partiales ou complaisantes et celles concoctées par les musulmans dissimulateurs, les professionnels de la taqiya [12]. Ils ignorent à peu près tout de ce qui se dit dans les mosquées et s’écrit en arabe sur Internet qui ruine leurs certitudes.

La question de la violence intrinsèque de l’islam perpétrée par les musulmans est reléguée à un niveau sociologique. Elle serait le produit d’individus déséquilibrés, motivés par des considérations non religieuses et non-culturelles. La spécificité islamique de la violence institutionnalisée, injonction coranique claire et codifiée dans les traités de jurisprudence enseignés doctement, est balayée d’un revers de la main ou minimisée, voire niée dans une mauvaise foi qui questionne et laisse perplexe.

Les partisans du dialogue à tout prix nagent dans le malentendu et l’aveuglement délibéré. Ce déni au plus haut niveau de l’Église catholique est vraiment consternant, pour ne pas dire exaspérant et désespérant. Il est éminemment dangereux et met en danger l’Église elle-même !

Dans cet ouvrage, Joachim Véliocas dresse le bilan sans concession de cinquante ans de relations islamo-chrétiennes, en remontant aux racines des malentendus. Chapelles devenues mosquées, mosquées inaugurées par des évêques, instituts catholiques à la dérive… Les fidèles ont de quoi s’inquiéter, être désorientés et écœurés.

L’auteur sait aussi relever les positions courageuses d’évêques et de cardinaux au service de la vérité, au sujet d’une hérésie postchrétienne parmi tant d’autres, que beaucoup refusent de qualifier avec clarté.

Ce qu’il faudrait, c’est un dialogue fondé sur la VÉRITÉ. Il est impératif de refuser le « politiquement correct » et la langue de bois. Si, aux arguments que j’avance, la seule réponse de mon interlocuteur islamique est le mensonge, la dissimulation et la taqiya, sinon la victimisation à outrance, le chantage, la menace ou le meurtre, comment parler de dialogue ? Et pourtant, il faut reconnaître que c’est bien le cas et c’est de cela qu’il s’agit.

Le prédécesseur du pape François, le pape Benoît XVI, avait donné une magistrale leçon à Ratisbonne sur le rapport entre la Foi et la Raison, la violence dans l’islam et par l’islam. Il en était parfaitement conscient. Il demandait de placer la raison au cœur du débat et la recherche d’une base commune de valeurs partagées.

L’Église catholique est-elle prête à aborder franchement avec les musulmans certaines questions sensibles, par exemple l’égalité citoyenne avec les non-musulmans et la liberté religieuse, les droits de l’homme et celui de la femme ? [13] Son refus de la confrontation sous prétexte de paix sociale ne résout strictement rien.

Quoi qu’il en soit, dans ce contexte de crise profonde les Français sont invités d’abord à un sursaut, à un rejet de la manipulation dont ils sont l’objet. Qu’ils n’attendent pas que leur pays sombre dans le chaos pour se réveiller. Il serait alors trop tard. Sont-ils conscients que des siècles d’histoire et de civilisation sont menacés de disparition ? Sentent-ils que la France, qui a été pendant des siècles à l’avant-garde de la pensée, de l’art et de la culture, risque fort de s’effondrer comme un château de cartes ?

Il faut oser parler vrai, et encourager ceux qui ont le courage de résister. Enracinée dans le judéo-christianisme, l’Europe possède un trésor de culture et d’humanisme qu’il faut à tout prix sauver !

Une paix qui n’est pas fondée sur la vérité est viciée à la base. Le psaume 85:11 nous le rappelle : « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ».

Henri Boulad, s. j.

Notes

[1] Pacte signé en 628 entre Mahomet et les autorités mecquoises (tribu de Quraych), qui devait permettre au prophète de l’islam et à ses fidèles de se rendre en pèlerinage à La Mecque pendant trois jours l’année suivante. Il prévoyait également une période de paix de dix ans entre les deux parties. Mais, suite à une vendetta, les Mecquois brisèrent le traité l’année suivante, aubaine et prétexte qui décidèrent Mahomet de déclarer la guerre en janvier 630, et de conquérir la ville. Dans notre contexte, ceci est d’autant plus inquiétant que la déclaration de cheikh Youssef al-Qaradawi est ambiguë, contenant intentionnellement une taqiya, dans la mesure où la conquête de la Mecque ne s’est pas faite « par des moyens pacifiques » mais à terme par la guerre ; le pacte (traité de paix) avec les Mecquois n’était qu’une façade, une stratégie de pacification de l’adversaire et tactique de guerre.

[2] En 1958, Saïd Ramadan, le père de Tariq Ramadan, persuade le prince Fayçal d’Arabie saoudite de l’aider à établir des centres islamiques des Frères musulmans en Europe. C’est durant son exil suisse à Genève que tout a commencé. Il envisage de créer dans les principales capitales d’Europe une chaîne de centres islamiques d’obédience frériste, qui seraient indépendants de toute ingérence gouvernementale. Le premier est créé à Munich (aujourd’hui branche allemande des Frères musulmans). En 1961 il fonde le Centre islamique de Genève (le CIG, financé alors par le prince saoudien Fayçal) dont il a été le directeur jusqu’à sa mort en 1995, et soutenu par la Ligue islamique mondiale. Munich et Genève seront les premières bases européennes des Frères musulmans. Un centre est aussi établi à Londres en 1964. Selon le CIG, ces centres auraient été financés par la Ligue islamique mondiale que Saïd Ramadan contribue à fonder à la Mecque en 1962. Il se consacre à la diffusion du panislamisme et collabore à l’établissement du Conseil islamique européen à Londres en 1973. Il a également été soupçonné d’être l’auteur du ‟Projet”, un plan d’islamisation de l’Europe daté de 1982. Hani Ramadan (le frère de Tariq Ramadan) a pris en 1995 la suite de son père à la tête du centre. Un des objectifs du CIG est d’organiser des circuits pour propager l’islam frériste, d’ouvrir en Europe des centres islamiques, des mosquées, des écoles et des jardins d’enfants, inspirés de cette idéologie.

[3] Le jésuite Felix Körner, professeur de dogmatique et de théologie des religions à l’Université pontificale grégorienne, spécialiste de l’islam dans une curieuse interview (par Radio Vatican en allemand, traduite dans les Cahiers libres) ne prend pas en considération les champs lexicaux de toute la sourate. Le jésuite interprète les « infidèles » comme étant « les polythéistes et les païens ». Quant au musulman Adnan Al Mokrani, professeur à l’Université pontificale Grégorienne et à l’Institut Pontifical d’Études Arabes et d’Islamologie, dans une interprétation qui nous égare, les « kouffâr » (pl. de kafir), les « infidèles », ne seraient pas les chrétiens, mais les Arabes de la tribu de Quraych ; pourtant la sourate est claire. En effet, pour le Père Peter Madros, du Patriarcat latin de Jérusalem et docteur en théologie biblique de l’université pontificale Urbaniana, le terme de « kafir » est bien adressé aux chrétiens : « dans le monde contemporain, notamment depuis le sixième siècle après Jésus-Christ, les polythéistes (ou les païens) n’existaient presque plus, pas même en Arabie. Les seuls « kafirin » possibles ou imaginables pour beaucoup de musulmans sont les chrétiens pour lesquels, d’après le Coran, Allah ‟serait l’un de Trois”, gens qui auraient ‟fait de leurs évêques et de Issa fils de Maryam des seigneurs à la place de Dieu” (EEChO, ‟Réflexions sur la prière pour la paix dans les Jardins du Vatican”, 12 juin 2014) ». Quoi qu’il en soit, si le Coran est incréé et de toute éternité, pour tout temps et tout lieu, les interprétations complaisantes ou dissimulatrices sont mal venues.

[4] Au mois de mars 2016, le cheikh d’Al-Azhar, Ahmed el-Tayeb, s’est adressé à l’Occident au « Bundestag » (parlement allemand). Lors d’une conférence, il a fait des déclarations qui contredisent totalement ce qui est prescrit dans le Coran et dans les Hadiths, un discours truffé de contre-vérités à l’intention des parlementaires allemands qui ne connaissent ni l’arabe, ni les textes coraniques. Voir :

I-

https://www.youtube.com/watch?time_continue=153&v=ACOUgoSBevc,

et II-

https://www.youtube.com/watch?v=AK8MQk9GS-4 (en arabe, sous-titrage en français). Le plus curieux et le plus surprenant est que très peu de personnes ont repéré ces inexactitudes, contre-vérités passées sous silence dans la quasi-totalité des médias européens.

[5] Chrétien marocain converti de l’islam, Frère Rachid est l’un des télévangélistes chrétiens évangéliques les plus connus du Moyen-Orient. Il dirige une émission hebdomadaire sur la chaîne satellitaire chrétienne Al-Hayat TV, basée en Égypte, où il présente les réalités et vérités objectives de l’islam par le texte coranique et fait débattre des intellectuels des deux religions.

[6] Auteur de l’ouvrage Le Fascisme islamique, une analyse, Paris, Grasset, 2017.

[7] Voir l’excellent ouvrage d’Ephraïm Herrera (Préface Paul B. Fenton), Les maîtres soufis et les « peuples du Livre », Studia Arabica XXIV (dirigée par Marie-Thérèse Urvoy). Versailles, Éditions de Paris, 2015 ; voir également, L’islam sunnite face au soufirme – par Marie-Thérèse Urvoy (10 mai 2018).

[8] Professeur d’islamologie, de philosophie, d’histoire médiévale arabe et de langue arabe classique à l’Institut catholique de Toulouse, professeur associée à l’École doctorale université Bordeaux III-Michel de Montaigne, Marie-Thérèse Urvoy dirige l’équipe de recherche CISA (Christianisme, islam et sociétés arabes). Le soufisme fait l’objet d’une étude de niveau universitaire dans son ouvrage, Essai de critique littéraire dans le Nouveau Monde arabo-musulman. Éditions du Cerf, 2011, 384 pages, notamment dans les chapitres 3 à 5 ; aussi livre d’entretiens réalisé par Louis Garcia, Entretiens sur l’islam : avec le professeur Marie-Thérèse Urvoy, Éd. Docteur Angélique, 2015.

[9] Le 24 mai 2016, le cheikh Ahmed el-Tayeb, est venu à Paris pour sa première visite officielle en France. Le journal La Croix a relaté cette visite. D’aucun autre journal n’a rapporté cette déclaration surréaliste. Il y avait pourtant matière, d’autant plus que le cheikh incite ouvertement les islamistes au jihad judiciaire.

[10] Père Henri Boulad : « J’accuse l’islam », Dreuz.info, 4 mai 2017.

[11] Colloque à l’Assemblée nationale, du 26 novembre 2016, au Palais Bourbon, salle Colbert : « Terrorisme islamique et méthodes de déradicalisation », à l’invitation de l’OFEDH, Organisation Franco-Égyptienne pour les Droits de l’homme et de l’UNACF, Union des Nord-Africains Chrétiens de France, soutenu par l’IHEMR, la FLEPES et FRANCOPHONIE sous le patronage du député Philippe Folliot, Député du Tarn. Voir : ‟« La source du terrorisme est dans l’enseignement islamique officiel » alerte un général égyptien” (mise en ligne le 28 novembre 2016).

[12] François Sweydan, Dreuz.info, 1 août 2016, « La taqiyya des imams de France – IV : La surenchère de l’islam de France ».

[13] En ce qui concerner les mariages mixtes, par exemple, l’‟islam de France” et les pays arabes du Maghreb – s’ingérant sans vergogne dans les affaires internes de la France – imposent la législation islamique (la charia) aux lois françaises au nom du « vivre ensemble » mais dans la soumission progressive des Français au projet d’islamisation de leur société puisque l’islam exige que le conjoint et les enfants soient de confession musulmane. Est-ce que cela procède du réel « vivre ensemble » et de la vraie laïcité ? Il est clair que la France laxiste et sa laïcité à géométrie variable se soumet progressivement à ces lois liberticides qui ont prévalu dans les pays devenus exclusivement musulmans. En l’état et à moyen terme, avec la charia islamique qui tend à s’imposer, la France risque de sérieux problèmes sociétaux, culturels et identitaires qui commencent d’ailleurs à se faire sentir d’une manière inquiétante.

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Sondage : les deux tiers des Européens ne pensent pas que leur vie serait pire sans l’UE

Selon un sondage, 64% des Européens estiment que leur vie ne serait pas moins bonne si leur pays venait à sortir de l’UE. Pour autant, une grande majorité (81%) ne souhaite pas que l’UE délègue une partie de son pouvoir aux Etats membres…

Un sondage commandé par le think tank basé à Bruxelles Friends of Europe souligne le peu d’estime que se font un grand nombre d’Européens des institutions du bloc.

Réalisé en septembre sur plus de 10 000 personnes, ce sondage révèle ainsi que les deux tiers (64%) des personnes interrogées avouent ne pas être convaincues que leur vie serait pire sans l’Union européenne. Dans la même logique, près de la moitié (49%) considère le bloc comme n’ayant pas d’importance.

Il demeure toutefois quelques éclaircies dans le ciel européen : 41% des sondés âgés de moins de 35 ans pensent au contraire que leur vie serait pire en dehors du bloc. Autre chiffre notable, 81% des personnes interrogées ne souhaitent pas que l’UE laisse davantage de pouvoir décisionnel aux Etats, ce qui laisse entendre selon Friends of Europe que la souveraineté n’est pas une priorité pour eux.

Une donnée à mettre en parallèle avec la volonté pour les sondés de pouvoir voter sur les décisions politiques prises à l’échelle de l’UE (41%) et celle de disposer de plus de transparence budgétaire (31%).

Enfin, le sondage révèle une divergence de point de vue sur l’objectif principal du bloc : les habitants d’Europe centrale, de l’est et du sud veulent que l’Union se concentre sur la croissance économique, alors que ceux d’Europe occidentale et septentrionale sont davantage préoccupés par la promotion des valeurs et de la démocratie.

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Le retournement du monde, « l’organisation de coopération de Shanghai ». Par Robert Charvin

Les temps sont difficiles. Le petit monde occidental, qui a encore l’arrogance du temps de sa splendeur, a un parfum de décadence et de redites historiques, illustrées par les néofascismes qui fleurissent en Europe et tentent de revenir en Amérique du Sud. Les interrogations à son propos ne manquent pas…

Par exemple, où sont donc passés les Droits de l’Homme dont on nous abreuvait lorsqu’il s’agissait de donner des leçons aux régimes qui déplaisaient ? Ils se dégradent dans les vieilles « démocraties » qui se replient pour se légitimer encore sur les seules élections, sur lesquelles les pouvoirs établis ont prises grâce à l’argent et à leurs médias. Ils ont totalement disparu à propos des migrants et des demandeurs d’asile : le discours sur les droits de l’homme, accordant la priorité absolue à l’Humanitaire, se révèle vide depuis qu’il apparaît trop « coûteux » aux sociétés dites « chrétiennes » et « libérales », devenues sourdes à l’appel du Pape François lui-même et indifférentes à la légalité internationale !

La diversion que représentent dans les esprits le racisme, la xénophobie et la peur des différences permettant l’occultation des luttes sociales mérite que nos « élites » tournent la page (d’autant que les États-Unis de Trump ne montrent plus l’exemple).

La vieille loi des contradictions (inévitables) d’intérêts entre les économies capitalistes (États-Unis – Europe, par exemple), longtemps dissimulées au sein de l’Union Européenne, font apparaître que les tricheurs au pouvoir essaient de jouer sur la « libre » concurrence toujours faussée, sur la déréglementation au nom des « équilibres » financiers creusant surtout les inégalités sociales, sur une croissance sans développement social et humain.

Les crimes de guerre de l’armée israélienne, relevant d’une politique coloniale détruisant le peuple palestinien et la solution politique des « Deux États », sont supportés par les Occidentaux manifestant une complaisance pour Tel Aviv qu’ils ne pratiquent vis-à-vis de personne d’autre, si ce n’est pour la Turquie islamo-fasciste, pilier de l’OTAN ou pour l’Arabie Saoudite, une de nos tire-lire préférées, dont on applaudit avec enthousiasme l’apparition des permis de conduire féminins !

On peut aussi ironiser sur la subite perplexité des politiciens européens vis-à-vis de la question coréenne : les États-Unis et Séoul répondent enfin aux revendications de Pyong Yang (toujours soumis à embargo) qui ont presque 70 ans ! Visiblement, nombreux sont ceux qui préfèrent la tension à la détente et à l’ouverture de perspectives pour le peuple coréen !

Mériterait aussi une polémique la petite musique anti-russe à l’occasion de la Coupe du Monde « trop bien » organisée !

Le silence médiatique sur les massacres au Yémen (le compte des victimes est bloqué à 10.000 depuis des mois), et le bruit fait sur le Nicaragua ou le Venezuela, tandis que les États-Unis, la France et Israël bombardent périodiquement le territoire syrien pour essayer de se faire une place dans le futur règlement politique !

Mais, plutôt que de s’intéresser, une fois de plus, à la médiocratie affairiste occidentale, on peut souligner qu’un Nouveau Monde se prépare sans les Occidentaux, qui à son propos se taisent. Les maîtres provisoires du monde semblent « oublier » que les vaincus de l’Histoire ne sont pas toujours les mêmes. Ces « vainqueurs » peuvent devenir « derniers de cordée » parce qu’il est peut-être plus tard qu’ils ne le croient !

Ce Nouveau Monde, composé d’États asiatiques, de la Russie et de la Chine, a beaucoup de chemin à parcourir pour réaliser les avancées sociales qu’il a programmées, mais il marche, à la différence d’un Occident en pleine régression dans tous les domaines et qui défend, y compris par les armes, un désordre établi pluri-séculaire. En quelques mots, pour s’intéresser à l’avenir, observons « l’Organisation de Coopération de Shanghai », qui tente de réaliser un « retournement du monde ».

L’O.C.S (Organisation de Coopération de Shanghai) a succédé au « Groupe (informel) de Shanghai », qui de 1996 à 2001 réunissait les chefs d’États d’Asie centrale, de la Russie et de la Chine, pour répondre aux bouleversements déstabilisateurs (notamment frontaliers) consécutifs à la disparition de l’URSS.

L’Organisation, née en 2001, vise à développer la coopération entre les États membres, mais en excluant toute intégration et toute ingérence, à la différence majeure de l’Union Européenne (voir, par exemple, le cas de la Grèce). C’est le principe fondamental de la Charte des Nations Unies, l’égale souveraineté des États, qui garantit au sein de l’OCS l’indépendance de chacun des « petits » États dans leur relation avec les grandes puissances qui s’y trouvent : les décisions sont prises par consensus. Les États fondateurs de l’OCS sont la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, dont les potentiels économiques et le poids politique sont évidemment différents.

En 2017, ont rejoint l’OCS, l’Inde et le Pakistan. Certains autres États ont la qualité d’ « Observateurs » : la Mongolie (depuis 2004), l’Iran (depuis 2005), l’Afghanistan (à partir de 2012) et la Biélorussie (depuis 2015) (1).

L’OCS, organisation inter-étatique, possède une structure légère : aux côtés des Sommets (chefs d’États, chefs de gouvernements), qui ont lieu chaque année, l’organisation dispose d’un Secrétariat, organe exécutif, dont le siège est à Pékin et du « RATS », structure antiterroriste, fonctionnant depuis 2004, basé à Tachkent en Ouzbékistan. On peut citer aussi l’Association interbancaire de l’OCS et son rôle de financement de projets communs. De nombreux accords bilatéraux complètent la Charte de l’OCS.

L’OCS, que les médias occidentaux ignorent, représente néanmoins près de 50% de la population mondiale (soit près de 3 milliards d’individus) et plus de 20% du PIB mondial (2), ce qui ne les empêche pas d’oser dire, à certaines occasions, que la Russie, par exemple, est isolée au sein de la « communauté » internationale et peut-être asphyxiée par les sanctions que l’Occident lui impose !

Les économies des États membres regroupent 20% des ressources mondiales de pétrole, 38% du gaz naturel (3), 40% du charbon et 30% de l’uranium, ce qui leur donne des moyens énergétiques sans rivaux. Seules les dépenses militaires sont inférieures à celles de l’OTAN : l’OCS leur consacre 364 milliards de dollars contre 606 milliards pour les seuls États-Unis (chiffre de 2016), ce qui limite la dangerosité dont sont parfois accusées la Russie et la Chine !

L’OCS travaille au renforcement du bon voisinage entre les États membres, à la sécurité de la zone (manœuvres militaires communes, lutte contre le terrorisme – qui n’est pas le monopole des Occidentaux (4), lutte contre les trafics de drogue et autres).

Elle facilite dans tous les domaines la coopération, particulièrement entre la Chine et la Russie, et œuvre aussi à la création d’un nouvel ordre politique et économique que celui résultant de l’hégémonisme occidental. C’est ainsi que l’OCS réclame la fermeture des bases militaires américaines dans la région et travaille à unifier l’approche de la situation militaire.

L’OCS n’est donc pas une alliance militaire : aucune procédure n’y est contraignante et il n’y a pas l’équivalent de l’article 5 de la Charte de l’OTAN créant une obligation d’agir dans le cas où un allié est attaqué. Elle n’a pas pour objectif de contrer l’Occident, alors que l’OTAN a depuis l’origine une politique de « containment » du communisme puis de tous ceux qualifiés « adversaires » des États-Unis !

L’un des objectifs essentiels est cependant de constituer un pôle de puissance dans le cadre d’une société internationale multipolaire équilibrée dans un monde où l’unilatéralisme messianique des États-Unis représente un danger pour la paix et la sécurité.

L’OCS constitue ainsi l’embryon du recentrage de l’économie-monde autour de l’Asie pouvant succéder à moyen terme à des siècles d’hégémonisme euraméricain.

Bien évidemment des contradictions, sources de divergences se manifestent au sein de l’OCS. Certains sont pour l’essentiel maîtrisées, comme les différends frontaliers qui affectent traditionnellement la région. Depuis l’Accord de Minsk en 1992, puis d’Almaty en 1998, les États d’Asie centrale se sont mis d’accord sur une politique frontalière commune avec la Chine, afin de sécuriser, en particulier, la frontière chinoise du Xinjiang (5).

Cette province relevant de la souveraineté chinoise (depuis 1884), comme la Tchétchènie en Russie, ont été l’objet d’opérations islamistes, parfois de grande envergure, durant la même période où l’Occident a été victime du terrorisme. L’OCS a joué et joue encore un rôle déterminant dans le combat commun de tous les États membres contre ce terrorisme islamiste qui a parfois pour « couverture » un nationalisme séparatiste (c’est le cas des Ouïgours en Chine).

Mais pour le long terme, l’OCS s’engage sur la voie décisive d’un développement économique mutualisé, y compris entre des États d’orientation socio-économique et politique très différentes comme la Chine, l’Inde, la Russie et le Pakistan. Cette concentration des efforts n’exclut en rien la recherche de relations économiques avec les pays occidentaux, c’est le cas, par exemple, de la Russie qui propose une coopération énergétique (proposition du Ministre Lavrov dès 2006).

Les relations sino-russes sont complexes étant donné les inégalités de potentialités et les profondes différences civilisationnelles.

Dans le domaine de la paix internationale, l’OCS a obtenu, par exemple, au nom du respect de la souveraineté nationale, la fermeture en 2005 de la base américaine de Karshi-Khanabad en Ouzbékistan, instrument de la stratégie de Washington (doctrine du « pivot vers l’Asie » de 2011) visant à « contenir » l’influence croissance de la Chine dans la région (6) et au Kirghizistan celle de Manas en 2014, ainsi que la réduction des forces militaires dans les différentes régions frontalières. Mais elle ne peut que connaître des difficultés par l’appartenance à l’OCS de l’Inde et du Pakistan (en conflit par exemple sur le Baloutchistan) et de l’attraction de l’Inde vers les États-Unis par hostilité à la Chine.

Ce sont toutefois les critiques « occidentalistes » contre l’OCS (7), fondées sur les seuls modèle existant actuellement dans le monde euraméricain, qui permettent d’approcher au mieux la réalité de ce Nouveau Monde en Marche.

L’un des documents le plus spécifique est celui publié par l’IFRI en 2006, qualifiant l’OCS de « coup de bluff » ! L’auteur énumère tout ce que toute organisation internationale connaît et qui n’a rien de spécifique à l’OCS : il accuse cette organisation de bavardage sans conséquence à propos de ses « Déclarations », tout en la dénonçant comme une sorte de « protectorat économique de la Chine », de nature « bureaucratique », tout en soulignant que « bon nombre d’observateurs sont sceptiques ».

De plus, la « Chine serait isolée au sein de l’OCS », alors qu’elle viserait à instrumentaliser l’organisation pour « s’imposer comme un pôle de puissance mondiale » (ce qui semble selon l’auteur parfaitement illégitime), car cette « non démocratie » cherche à établir une « sorte d’hégémonie douce ». Quant à la Russie, elle considérerait la Chine comme « à terme une rivale stratégique ». L’OCS ne serait pour les Russes qu’un « instrument géopolitique provisoire prolongeant la doctrine Primakov » anti-occidentale.

Les pauvres Américains ont dû renoncer à « actionner le mécanisme de la révolution de velours » (bel aveu!), au Kazakhstan notamment, et à établir un cordon sanitaire entre la Chine et le reste de l’Asie centrale.

La nécessité qui s’impose est l’intervention de l’Union Européenne, actuellement absente de la région, pour « démocratiser » la région « par une sorte de réplique des accords de Lomé ou d’Euroméd » (sic) !

L’OCS serait un « piège économique » n’apportant aucun « dividende réel » aux membres autres que la Chine et la Russie.

Ce serait aussi une prison politique, puisqu’au Xinjiang, où 45% de la population est musulmane, l’islamisme radical ne peut plus s’épanouir à la différence de ce qui s’est passé en Afghanistan, en Irak, en Syrie ou en Libye, grâce aux complaisances conjuguées des États-Unis, de la France, de la Grande Bretagne, de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie Saoudite (8) !

En bref, à la différence de l’Union Européenne, l’OCS serait « loin d’être un modèle » concluent les brillants observateurs occidentaux en 2018 ! Dans le cadre de la pathologie occidentale la plus répandue, « l’occidentalocentrisme, le « respect de la souveraineté est peu compatible avec le concept de coopération internationale » qui « ne peut avoir lieu qu’entre des démocratie libérales »9.

A l’évidence, la pensée occidentale devient le Tiers-Monde de l’Esprit.

 

Notes :

1) Certains États participent aux réunions : le Sri Lanka, la Turquie, le Cambodge, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et le Népal. Sont aussi invités le Turkménistan et l’ASEAN. Les États-Unis et le Japon ont eu la prétention de rejoindre l’OCS qui a refusé leur adhésion.

2)Les échanges commerciaux se sont multipliés par 7 entre 2001 et 2017. Les pays de l’OCS, y compris les États observateurs, cumulent un PIB très proche de celui de l’Union Européenne et des États-Unis (37.200 milliards de dollars contre 40.000 milliards, selon le FMI).

3)Avec la Russie et l’Iran, l’OCS possède 55% des ressources mondiales de gaz.

4)On note que la propagande occidentale assimile dans cette partie du monde l’antiterrorisme à une lutte contre la volonté de certaines minorités à s’autodéterminer (problème des Islamistes tchétchènes ou ouïgours).

5)Cette région autonome, où sont réalisés par Pékin de très lourds investissements, possède des ressources naturelles particulièrement importantes.

6)Les États-Unis et l’Europe n’apprécient pas le grand projet de la Nouvelle Route de la Soie (« Une ceinture, une Route ») , vaste réseau de transports reliant les pays du Sud-Est asiatique au Moyen Orient, à l’Afrique jusqu’à l’Europe ! Plus de 60 pays ont accepté de participer à son financement

7) Elles ne sont pas très nombreuses en Europe qui ignore les réalités qui ne sont pas les siennes. Voir, cependant, Mourat Laumouline de l’IFRI, « l’OCS vue d’Astana : un « coup de bluff » géopolitique ? ». In Russie. Nei.Visions, n° 12. 2006. Cf. P. Chabal (dir.). L’OCS et la construction de la Nouvelle Asie. Peter Lang. 2016. Ou, par exemple, la note d’actualité de novembre 2017 du Centre Français de Recherche sur le Renseignement de J. Descarpentrie. « L’OCS : une alliance sécuritaire et économique en devenir »

8)Les citations sont extraites de « l’étude » précitée de L’IFRI (2006).

Source : Investig’Action, Robert Charvin, 09-07-2018

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Les ingrédients d’une récession et crise financière d’ici 2020. Par Nouriel Roubini & Brunello Rosa

NEW YORK – Dix ans après l’effondrement de Lehman Brothers, des interrogations demeurent autour des causes et conséquences de la crise financière, de même que la question de savoir si les leçons qu’il faudra appliquer face à la prochaine crise ont été intégrées. Mais dans une perspective d’avenir, la question la plus pertinente consiste à déterminer ce qui provoquera la récession et la crise mondiale de demain, ainsi que le moment de leur survenance.

L’actuelle expansion mondiale devrait se poursuivre l’année prochaine, dans la mesure où les États-Unis enregistrent d’importants déficits budgétaires, où la Chine applique des politiques budgétaires et de crédit assouplies, et où l’Europe reste sur une trajectoire de reprise. Seulement voilà, d’ici 2020, les conditions tendront vers une crise financière, suivie d’une récession mondiale.

Dix raisons expliquent cela. Premièrement, les politiques de relance budgétaire qui poussent actuellement la croissance annuelle américaine au-dessus de son potentiel de 2 % ne sont pas tenables. D’ici 2020, la relance se sera épuisée, et un freinage fiscal modéré réduira la croissance de 3 % jusque légèrement en dessous de 2 %.

Deuxièmement, le timing de cette relance ayant été inadapté, l’économie américaine connaît actuellement une surchauffe, et l’inflation s’élève au-dessus de la cible. La Réserve fédérale des États-Unis devrait ainsi continuer d’augmenter le taux cible des fonds fédéraux, l’amenant de son niveau actuel de 2 % à 3,5 % au moins d’ici 2020, ce qui élèvera probablement les taux d’intérêts à court et long terme, ainsi que le dollar américain.

Dans le même temps, l’inflation augmente également au sein d’autres économies majeures, tandis que le prix du pétrole contribue à des pressions inflationnistes supplémentaires. Cela signifie que les autres grandes banques centrales suivront la Fed sur la voie d’une normalisation de la politique monétaire, ce qui réduira la liquidité mondiale tout en exerçant une pression à la hausse sur les taux d’intérêt.

Troisièmement, les tensions commerciales opposant l’administration Trump, à la Chine, à l’Europe, au Mexique, au Canada et à d’autres sont vouées à l’escalade, engendrant une croissance plus lente et une inflation plus élevée.

Quatrièmement, les autres politiques américaines continueront d’alimenter une pression stagflationniste, ce qui conduira la Fed à rehausser encore davantage les taux d’intérêt. L’administration restreint actuellement les investissements entrants/sortants et les transferts technologiques, ce qui perturbera les chaînes d’approvisionnement. Elle limite également le nombre d’immigrants nécessaire pour maintenir la croissance à l’heure du vieillissement de la population américaine. Elle décourage par ailleurs les investissements dans l’économie verte. Enfin, elle ne dispose d’aucune politique infrastructurelle susceptible de remédier aux goulets d’étranglement du côté de l’offre.

Cinquièmement, la croissance dans le reste du monde devrait elle aussi ralentir – d’autant plus que les autres pays jugeront bon de riposter contre le protectionnisme américain. La Chine est contrainte de réduire sa croissance pour gérer son excès de capacité et d’endettement, sans quoi interviendra un atterrissage brutal. Enfin, les marchés émergents d’ores et déjà fragilisés continueront de subir les effets du protectionnisme et des conditions monétaires resserrées aux États-Unis.

Sixièmement, l’Europe connaîtra elle aussi une croissance plus lente, en raison d’un resserrement monétaire et de frictions commerciales. Par ailleurs, les politiques populistes appliquées dans des pays comme l’Italie risquent d’engendrer une dynamique de dette intenable au sein de la zone euro. Le cercle vicieux encore non résolu entre les États et les banques détenant de la dette publique amplifieront les problèmes existentiels caractéristiques d’une union monétaire incomplète, appliquant un partage inadéquat des risques. Dans ces conditions, une nouvelle récession mondiale pourrait conduire l’Italie et d’autres pays à .

Septième point, les marchés boursiers américain et mondial sont en effervescence. Les ratios cours/bénéfice aux États-Unis sont supérieurs de 50 % à leur moyenne historique, les valorisations de capitaux privés sont devenues excessives, et les obligations d’État trop coûteuses compte tenu de leur faible rendement et de leurs primes de terme négatives. Le crédit à haut rendement devient également de plus en plus coûteux, à l’heure où le taux d’endettement des entreprises américaines atteint des sommets historiques.

Par ailleurs, l’endettement sur de nombreux marchés émergents et dans certaines économies développées se révèle clairement excessif. L’immobilier commercial et résidentiel est beaucoup trop coûteux dans de nombreuses régions du monde. La correction des marchés émergents en termes de titres, de matières premières et de détention de revenus fixes se poursuivra à mesure que s’épaissiront les nuages d’une tempête planétaire. Enfin, les investisseurs d’avenir commençant à anticiper un ralentissement de croissance d’ici 2020, les marchés refixeront le prix des actifs d’ici 2019.

Huitième explication, une fois cette correction amorcée, le risque d’illiquidité, de ventes en catastrophe et de sous-évaluations se fera plus sérieux. Les activités de tenue de marché et de gestion de portefeuille des courtiers-négociants sont limitées. L’excès d’opérations algorithmiques et à haute fréquence augmenteront la probabilité de « krachs éclairs ». Par ailleurs, les instruments à revenu fixe sont devenus plus concentrés en fonds ouverts cotés en bourse et en fonds de crédit dédiés.

En cas de marché baissier, les secteurs des marchés émergents et des économies développées présentant d’importants passifs libellés en dollar n’auront plus accès à la Fed en tant que prêteur de dernier recours. Avec la hausse de l’inflation et la normalisation des politiques, il ne faudra plus compter sur le filet de sécurité qu’ont assuré les banques centrales dans les années d’après-crise.

Neuvième aspect, Trump attaquait déjà la Fed lorsque le taux de croissance s’est récemment élevé à 4 %. Imaginez son comportement dans le cadre des élections de 2020, lorsque la croissance aura probablement chuté en dessous de 1 %, et lorsque les pertes d’emploi surviendront. Pour Trump, la tentation de « » en fomentant une crise de politique étrangère sera forte, notamment si les Démocrates récupèrent la Chambre des représentants cette année.

Trump ayant d’ores et déjà lancé une guerre commerciale contre la Chine, et n’osant guère s’attaquer à une Corée du Nord nucléairement armée, sa cible idéale pourrait être l’Iran. En provoquant une confrontation militaire avec Téhéran, il créerait un choc géopolitique stagflationniste comparable aux pics pétroliers de 1973, 1979 et 1990. Il va sans dire que ceci rendrait la prochaine récession mondiale encore plus sévère.

Enfin, une fois apparue la tempête évoquée, les outils politiques susceptibles d’y remédier manqueront cruellement. La marge de relance budgétaire est d’ores et déjà réduite par une dette publique massive. La possibilité de nouvelles politiques monétaires non conventionnelles sera limitée par des bilans hypertrophiés, et par un manque de capacité à réduire les taux directeurs. Par ailleurs, les sauvetages dans le secteur financier seront intolérables pour des pays marqués par la résurgence de mouvements populistes, et dirigés par des gouvernements quasi-insolvables.

Aux États-Unis en particulier, le législateur a limité la capacité de la Fed à fournir de la liquidité aux institutions financières non bancaires et étrangères présentant des passifs libellés en dollar. En Europe, la montée des partis populistes complique l’adoption de réformes au niveau de l’UE, ainsi que la création des institutions nécessaires pour combattre la prochaine crise financière et récession.

À la différence de 2008, époque à laquelle les gouvernements disposaient des outils politiques permettant d’empêcher une chute libre, les dirigeants politiques qui affronteront la prochaine récession auront les mains liées, sachant par ailleurs que les niveaux globaux de dette sont supérieurs à ceux d’avant-crise. Lorsqu’elles surviendront, la crise et la récession de demain pourraient se révéler encore plus sévères et prolongées que celles d’hier.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Source :Project Syndicate, Nouriel Roubini & Brunello Rosa,

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L’ancien conseiller du Kremlin Karaganov : Nous avons épuisé le garde-manger européen… La Russie est une puissance autoritaire de par sa « constitution génétique »

Dans une interview accordée à la publication russe Ogonyok, l’ancien conseiller du Kremlin Sergey Karaganov a abordé le caractère inévitable du « tournant vers l’Est » de la Russie.[1]

Selon Karaganov, le monde entier s’est déplacé vers l’Asie de l’Est, car être pro-occidental aujourd’hui signifie appartenir au passé. « Ceux qui se tournent vers l’avenir doivent s’intéresser à l’Est », affirme Karaganov.

En ce qui concerne plus particulièrement la Russie, Karaganov affirme qu’au début du présent millénaire, la Russie avait déjà épuisé le garde-manger européen. L’ancien conseiller du Kremlin déclare que l’Europe n’est plus capable de constituer une source majeure de développement. « L’Europe est atteinte de stagnation et de dysfonctionnement, et traverse une crise multidimensionnelle », affirme Karaganov.

En outre, Karaganov reproche à l’Europe, et à l’Occident en général, de ne pas être capable, ou désireux, de comprendre « l’aspiration génétique à la souveraineté et à la liberté de choix » de la Russie. Il ajoute que l’Occident voulait imposer ses « valeurs modernes » dont l’utilité, estime Karaganov, a été rejetée par la plupart des Russes.

Contrairement à l’Occident, l’Orient ne se livre pas à une activité missionnaire politique ou culturelle, mais est plutôt pragmatique, et cette approche est celle qui convient à la Russie.

Karaganov explique que la Russie a un héritage européen et un autre asiatique. « La Russie est un pays caractérisé par une forte culture et une économie européennes, mais aussi une mentalité et une attitude envers le pouvoir partiellement asiatiques. C’est un mélange très étrange et original de civilisations européenne, byzantine et asiatique », affirme l’ancien conseiller du Kremlin. Cet héritage asiatique fait de la Russie une puissance autoritaire, de par sa « constitution génétique ». « Il faut l’admettre calmement et l’utiliser comme un avantage concurrentiel », ajoute Karaganov.

Toutefois, un tournant vers l’Est ne signifie pas que la Russie souhaite quitter l’Europe. Karaganov explique que la Russie espère que l’Europe décidera de s’engager dans un partenariat eurasien pour sortir de la « stagnation » actuelle. La Chine ne se préoccupe pas non plus des approches européennes à son égard, mais comme la Russie, elle souhaite être traitée comme un partenaire égal. « La Russie doit se tourner vers l’Asie dès que possible, sans renoncer à ses liens et à ses racines européennes. Parce que cela, aussi, fait partie de ce que nous sommes », conclut Karaganov. 

L’interview a été réalisée avant le Forum économique oriental des 11-13 septembre 2018 (EEF-2018) à Vladivostok. Le thème principal du Forum était « Extrême-Orient : élargir les limites des possibilités ». Extraits : [2]

Le centre de la vie économique de toute la planète s’est déplacé vers l’Asie de l’Est

Question : Sergey Aleksandrovich, le forum de Vladivostok est le lieu traditionnel de déclarations sur le « tournant vers l’Est ». Pourquoi, alors, n’avons-nous pas encore effectué ce tournant ?

Karaganov : Le lieu est effectivement approprié : au cours des trois dernières années, le forum a évolué, d’un événement presque entièrement national en un forum stratégique, géant, aux multiples facettes qui n’est pas seulement tourné vers notre région. Non seulement l’économie, mais la politique aussi y sont abordées. Le cycle actuel de ce « tournant » a été établi il y a dix ans, mais il a vraiment débuté en 2012-2013. Et quant au fait de ne « pas avoir effectué ce tournant »… Nous l’avons fait ! Le monde entier l’a fait, le centre de la vie économique de toute la planète se déplace de manière tangible vers l’Asie de l’Est.

Et dans l’Extrême-Orient russe, le taux de croissance économique est deux fois plus élevé que la moyenne russe et des dizaines d’usines sont construites. Des changements de mentalité au sein des élites sont déjà perceptibles : elles ont cessé de considérer notre pays comme la périphérie de l’Europe, [et en conséquence] elles sont disposées à payer pour obtenir l’autorisation de le rapprocher du « centre ».

Q : Comment la Russie est-elle perçue aujourd’hui ?

Karaganov : Comme le centre de la « Grande Eurasie » montante. C’est un changement puissant, qui ne peut plus être arrêté. Mais comme toujours, il se produit dans ce que nous comprenions pourquoi, et vers quoi nous nous dirigeons. A l’époque de Pierre le Grand, la Russie ne comprenait pas les Européens ou l’Europe dans son ensemble, mais elle tentait activement d’être admise dans ce « club ». Il en va de même pour les années 1980-1990. La conséquence de cette dernière poussée n’est pas impressionnante, pour ne pas dire plus.

Actuellement, nous nous dirigeons vers l’Asie de la même manière, « aveuglément ». Aujourd’hui, la Russie manque cruellement de centaines ou de milliers, voire de dizaines de milliers d’experts en études asiatiques. Préparer une telle armée d’experts demande du temps, mais aujourd’hui, nous n’utilisons pas même ceux dont nous disposons — la connaissance et l’expérience des résidents des régions d’Extrême-Orient, qui entretiennent des contacts de longue date avec leurs voisins asiatiques, qui les connaissent et les comprennent. Et c’est à ce tournant humain, culturel et éducatif que notre nouveau, sixième Rapport Valdai de la série « Vers le Grand Océan » est consacré. Il sera présenté au public, à l’Etat et au monde lors du EEF-2018.

Etre « pro-occidental » aujourd’hui signifie appartenir au passé

Q : Qu’est-ce qui empêche les autorités d’être industrieuses et aventureuses aujourd’hui ?

Karaganov : La résistance des élites nationales a plusieurs motivations. Quelqu’un refuse d’accepter l’évidence : le fait qu’être « pro-occidental » aujourd’hui signifie être un homme du passé, et ceux qui regardent vers l’avenir doivent s’intéresser à l’Orient. Beaucoup se préoccupent de leurs investissements en Occident effectués au cours des 20 dernières années ; nous avons développé de forts sentiments de compradores. Mais les deux types de personnes ne parviennent pas à voir qu’elles sont désespérément à la traîne, et que la « plaque tournante » mondiale, financière et économique, s’est déplacée d’Ouest en Est. J’étais moi-même euro-centriste il y a environ 15-20 ans. Jusqu’à ce que je comprenne où le monde se dirige et quel genre de pays nous sommes.

Q : Pensez-vous que la Russie ait épuisé la voie occidentale ?

Karaganov : Nous avons déjà obtenu tout ce que nous devions ou pouvions recevoir. C’est l’un des points essentiels du rapport. Au cours de la longue période de notre histoire « dominée par Pierre [le Grand] » (qui s’étend du 17e à la fin du 20e siècle) nous avons reçu leurs technologies et leur organisation militaire, nous avons créé une grande culture en alliant la nôtre et la culture européenne. Et même le fait que la Russie soit devenue une grande puissance est, indubitablement, la conséquence de notre « marche vers l’Ouest », car c’est là que nous avons été « contaminés » par l’idée même de « grande puissance ».

Mais au début du présent millénaire, nous avions déjà épuisé le garde-manger européen. A présent, la Russie peut et doit coopérer avec l’Europe, mais celle-ci n’est plus capable d’être notre principale source de développement. La seule exception est la question de la réglementation environnementale : certaines « découvertes » sont encore possibles ici. Peut-être aussi les éléments de la démocratie municipale et de l’autonomie gouvernementale. Mais toutes les autres choses dont l’Occident dispose, nous les avons déjà ou bien elles sont inaccessibles pour la Russie, nous ne pouvons tout simplement pas les utiliser.

La Russie est une puissance autoritaire de par sa « constitution génétique ». Nous devons l’admettre sereinement et l’utiliser comme un avantage concurrentiel. Une autre chose qui nous conduit à ce tournant aujourd’hui est le fait que l’Europe est frappée par la stagnation et le dysfonctionnement, et traverse une crise multidimensionnelle, tandis que l’Asie se développe à un rythme rapide. Ne fût-ce que grâce à la protection militaire de la Russie.

Q : Qui avons-nous protégé ?

Karaganov : Je parle au sens figuré. Tout le monde, en Russie et ailleurs, ne comprend pas que notre pays a rempli le rôle de « sage-femme de l’histoire » dans l’essor des pays asiatiques. Tout d’abord, l’URSS, puis la Russie moderne ont privé l’Occident de sa suprématie militaire vieille de près de 500 ans, qui était le fondement de sa domination économique, politique et culturelle dans le monde, notamment en Orient. Il est extrêmement dangereux aujourd’hui de menacer d’une guerre majeure. Le domaine de la liberté de choix s’est étendu à des dizaines de pays.

Dernièrement, la Russie a remporté une victoire en Syrie, elle joue le rôle de médiateur entre la Turquie et l’Irak, l’Inde et la Chine, dans certains autres conflits asiatiques. Aussi, nous pouvons offrir aux pays de cette région non seulement des ressources et des possibilités de transfert ; nous jouons également le rôle de la plus importante source de sécurité.

Il exsite deux centres économiques et politiques majeurs dans le monde : la « Grande Amérique » et la « Grande Eurasie »

Q : Si l’histoire nous enseigne quelque chose, c’est le fait que le plus grand malheur de la Russie est venu de l’Orient, et que les Mongols-Tatars sont les seuls qui ont conquis le pays, tandis que toutes les menaces venant de l’Occident, même les plus massives, ont été repoussées…

Karaganov : Le joug tatar de [la Horde d’Or] était un vaccin historique, qui a façonné notre tradition politique et notre caractère national. Je pense que ces deux siècles et demi de semi-dépendance sont la raison pour laquelle la Russie aspire si farouchement à la souveraineté. Et peut-être, ils seraient aussi la raison pour laquelle nous avons si bien réussi à écraser tous les conquérants européens.

Hélas, l’Occident n’a pas compris, ou n’a pas voulu comprendre notre aspiration génétique à la souveraineté et à la liberté de choix. Ils ont commis une erreur stratégique au début des années 1990, en s’abstenant d’intégrer la Russie, qui était alors disposée à être intégrée au sein de « l’équipe européenne », en tant qu’élément souverain. Si l’Occident l’avait alors accepté, le monde aurait été différent. L’Occident collectif n’aurait pas perdu — pour toujours, semble-t-il — sa supériorité militaire, qui était le fondement de sa puissance passée. L’échec de la dernière « poussée vers l’Europe » russe peut s’expliquer en partie par l’avidité et la stupidité collectives de l’Occident, qui a décidé d’élargir ses alliances — la zone dans laquelle il exerce son contrôle direct, qui a voulu imposer ses valeurs modernes, que la plupart des Russes ne sont pas en mesure et ne considèrent pas comme utile d’accepter.

Nous sommes aussi en partie coupables : nous avons nourri des illusions, avons fait preuve d’ignorance, n’avons pas su où nous allions. En Orient, l’approche est différente — ils ne sont pas entravés par une activité missionnaire politique ou culturelle.

Le pragmatisme occidental est depuis longtemps devenu un cliché, mais en réalité cette approche caractérise plus l’Orient aujourd’hui. Il est moins enclin aux dogmes et, aussi étrange que cela puisse paraître, il est bien plus libéral envers les idées que ses partenaires épousent. En Asie, on est beaucoup moins tenté d’utiliser des sanctions à des fins politiques. En contraste, l’Occident recourt de plus en plus souvent au levier des sanctions, et pas seulement contre la Russie. Il a perdu la possibilité de recourir aux pressions militaires, et les sanctions sont supposées les remplacer.

Q : N’idéalisez-vous pas l’Orient ?

Karaganov : Au contraire, je suis trop prudent, le monde change trop vite. Dans quelque dix ans, si je suis encore en vie, j’écrirai un nouveau rapport. Je ne vous dirai pas sur quel sujet, car je n’aime pas me tromper, et le risque est élevé. Mais une chose est certaine  — le monde changera à nouveau d’ici là. Je suis presque certain qu’il y aura deux pôles économico-politiques dans le monde : la « Grande Amérique » et la « Grande Eurasie ». La Russie ne sera pas en mesure de se joindre au premier, pour plusieurs raisons. Cela ne vaut même pas la peine d’essayer, ce n’est qu’une perte de temps. Mais nous devons manœuvrer. C’est pourquoi nous devons inévitablement tenter de trouver notre place dans la « Grande Eurasie », dont le centre sera, naturellement, la Chine.

Nous devons aller dans la seule direction possible pour nous à ce jour, vers l’Est

 

Q : Mais lorsqu’on fait un pari, on peut perdre. En particulier si le pari était forcé…

Karaganov : Il n’était pas forcé. Le tournant a été envisagé alors que nos relations avec l’Occident paraissaient plutôt convenables. C’est Pierre le Grand qui a tout misé sur la voie européenne du développement. Aujourd’hui nous n’avons plus d’illusions : la Russie n’est pas l’Asie, mais elle n’est pas l’Europe non plus. La Russie est un pays caractérisé par une culture et une économie largement européennes, mais également par une mentalité et une attitude à l’égard du pouvoir en partie asiatiques.

C’est un mélange des plus étrange et original de civilisations européenne, byzantine et asiatique. Il est expressément interdit à cette Russie de tout miser sur un centre unique ; elle doit diversifier ses risques et ses opportunités, en saisissant la plus bénéfique. Par conséquent, lorsque je parle de « tournant vers l’Est », cela ne signifie pas que nous devons tourner le dos à l’Occident. Personne n’appelle à rompre des liens qui existent depuis des siècles. Même si aujourd’hui, ces voies sont partiellement bloquées. Nous attendrons que l’Europe surmonte sa crise et qu’elle soit mûre pour une nouvelle politique orientale, actuellement eurasienne. Mais attendre ne signifie pas geler tout développement.

Nous devons évoluer, dans la seule direction ouverte à nous à l’heure actuelle, vers l’Est. Mais ce mouvement n’est pas forcé ou involontaire. Il s’agit plutôt d’un retour, vers notre caractère eurasien unique. Mais des problèmes internes le compliquent sérieusement, le plus important étant l’ignorance au sujet de l’Est. En outre, de nombreux membres de notre intelligentsia ont honte de reconnaître cette « moitié » asiatique d’eux-mêmes. Il est temps de cesser d’avoir honte du fait que la Russie est autant un héritier de l’empire de Gengis Khan que la Chine, qu’il a également conquise et que ses descendants ont gouvernée pendant des siècles. 

C’est notre code historique et génétique, et il est temps de ne plus avoir honte du fait que, historiquement, nous sommes attachés au système autoritaire de gouvernement et non à la démocratie libérale. Si nous n’étions pas autoritaires et centralisés, nous n’aurions pas subsisté dans nos frontières actuelles. Mais la honte provient tout autant de l’ignorance…

Q : L’ignorance de quoi ?

Karaganov : Avant tout, de la « partie asiatique » de l’histoire russe. Et de l’Asie. Depuis l’école, nous martelons l’histoire du développement de la Russie à l’Européenne dans la tête de nos adolescents, sans accorder d’attention à l’avancée vers l’Est de nos ancêtres. Et il y a beaucoup à dire à ce sujet ! Pas seulement Yermak, [3] mais aussi les « mines d’or de [la colonie] de Mangazeya », l’Eldorado russe du 16e siècle. Peu nombreux sont ceux qui ont entendu parler de la guerre de 40 ans de la Russie contre l’Empire mandchou (des Qing) et de ses épisodes glorieux, comme la défense d’Albazin en 1686.

L’homme aux commandes était un Allemand russifié, Afanasy Beiton, que les Cosaques avaient choisi comme dirigeant. L’histoire du premier accueil d’un ambassadeur russe par l’empereur de Chine est digne d’un roman, car l’ambassadeur était un homme né à Holstein, appelé à Moscou sous le nom de Yelizariy, fils de Yelizariy Isbrant. Il a dessiné la première carte de la Sibérie.

La plupart des événements, des noms et des dates de 500 années d’histoire russe ont été oubliés. Peu de gens se souviennent aujourd’hui du nom du principal promoteur du projet de train transsibérien, Sergei Witte. Mais sans sa vision et son talent administratif, notre pays aurait été difficilement capable de conserver la Sibérie. Et c’est la Sibérie qui nous a sauvés pendant la dernière et terrible guerre. L’étendue tout entière de la Sibérie — de l’Oural à l’Océan pacifique — demeure une « zone de silence historique ».

Comment être fier de quelque chose que l’on ne connaît pas ? La situation doit changer immédiatement, car nos enfants et petits-enfants vivront dans un monde où les dynasties chinoises, indiennes, japonaises et coréennes occuperont la même place dans l’histoire que les Hapsbourg, les Bourbons ou les Romanov. Pour réussir le « tournant vers l’Est », nous devons augmenter considérablement notre investissement dans l’éducation, pour former des experts en études asiatiques.

L’Occident n’aime pas le fait que la Russie ait brutalement modifié l’équilibre des forces en se déplaçant vers l’Est

Q : De quoi d’autre aurions-nous besoin ?

Karaganov : Même si nous n’avons toujours pas le nombre d’experts requis, nous devons impliquer, de manière aussi active que possible, les représentants des régions d’Extrême-Orient ayant l’expérience des relations avec nos voisins, notre diaspora dans les pays de l’Est, et les experts de l’Asie. Nous devons créer des « clubs orientaux », qui réuniraient les élites orientales et centrales russes et les uniraient aux élites asiatiques. 

Nous devons développer considérablement nos liens personnels dans la région, parce qu’ils ont toujours été plus appréciés en Asie que la loi et le contrat. La chose la plus importante requise pour développer notre région d’Extrême-Orient, en ayant en vue la pénétration du marché asiatique, est la création de centres logistiques. Cela sera particulièrement bénéfique à moyen terme, lorsque la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine dans la région Asie-Pacifique deviendra féroce.

Aujourd’hui, Beijing se retire déjà des voies de transport océaniques, pour passer aux voies terrestres, mais il peut le faire, notamment, via la Russie (une autre option est via le Kazakhstan et la Russie). Un autre avantage dont nous disposons est celui de nos réserves massives d’eau et d’énergie. Nous n’avons pas besoin de développer davantage l’industrie des machines, comme beaucoup l’ont dit au cours des années précédentes. Ce serait une erreur.

Nous devons offrir à nos partenaires orientaux ce qui les intéresse – les matières premières et leurs produits à valeur ajoutée, des produits à forte consommation d’eau. Il y a une pénurie d’eau dans toute l’Asie. Nous pouvons aller plus loin : qui a dit qu’il était plus rentable de vendre des puces informatiques que des produits agricoles transformés ou de créer des « usines » pour le stockage de données ?

En raison du froid, ce stockage serait beaucoup moins onéreux que dans le reste de l’Asie. La première usine de ce genre a d’ailleurs été construite en Sibérie. En outre, les entreprises de la région devraient bénéficier d’un maximum de préférences et de liberté. La Sibérie ne s’est développée rapidement que lorsqu’elle a bénéficié d’une économie libre. Après tout, la Russie européenne est redevable envers la Sibérie et l’Extrême-Orient, après les avoir abandonnés à leur sort dans les années 1990.

Q : Qu’en est-il de la colonisation de ces territoires ?

Karaganov : Il est temps de briser ce mythe également. Oui, il y a eu une migration considérable de l’Extrême-Orient et de Sibérie, mais qui dit que ceux qui sont restés ne suffisent pas pour développer ces territoires ? Après tout, imaginons que les autorités aient obtenu ce qu’elles voulaient et aient envoyé des millions de gens dans cette région… Comment cela rectifiera-t-il le déséquilibre en Chine, avec sa population dépassant le milliard d’habitants ?

Nous ignorons si les ressources humaines disponibles dans la région seront suffisantes pour la développer, mais parier sur une migration massive est sans doute une erreur. Bien entendu, je ne parle pas des experts et des gens enthousiastes à l’idée de participer à un grand projet, dont le pays a vraiment besoin. Comptons. De combien de gens et de de quelle politique avons-nous besoin pour que les Russes puissent jouer le rôle de pont civilisationnel, et non pas seulement de transport et logistique entre l’Europe et l’Asie ? De quelle politique avons-nous besoin pour ne pas avoir peur pour sa sécurité ?

Q : N’est-ce pas trop tard ? L’Occident se passe de notre « pont » depuis des siècles.

Karaganov : Nous pouvons soit grimper dans le wagon de queue du train qui vient de partir, soit rester sur le quai. L’Europe et les Etats-Unis ont déjà pris ce qui leur appartient : le recours à la main-d’œuvre asiatique bon marché a permis aux Américains et aux Européens de poursuivre leur croissance économique. Nous avons un avantage concurrentiel dans notre mouvement en direction de l’Asie : l’ouverture culturelle des Russes. Nous avons abandonné les dogmes idéologiques.

Q : Ne vont-ils pas nous faire descendre du train ?

Karaganov : Il y a une tentative en ce sens. Par exemple, des dizaines d’article sont publiés, et rediffusés [dans notre presse], indiquant que la Russie ne peut pas, et n’a pas besoin d’aller vers l’Est. L’Occident n’aime pas le fait que la Russie a renoncé à son statut de périphérie et a brutalement modifié l’équilibre des forces en se déplaçant vers l’Est. 

Si on peut s’exprimer ainsi, elle a renoncé au rôle de l’étudiant disposé à payer pour ses cours. Que nos anciens « enseignants » essaient de nous parler d’égal à égal, et qu’ils adoptent la politique de construction d’un partenariat eurasien élargi. L’UE devra affronter les conséquences tôt ou tard, sinon elle ne sortira jamais de sa stagnation actuelle.

L’Asie, d’ailleurs, ne se préoccupe pas que l’Europe se rapproche d’elle, non pas comme elle l’a fait pendant des siècles — en tant que maître – mais comme un partenaire égal. La Chine vient en Europe. Elle veut construire l’espace commun « la Ceinture et la Route ». Ici, nos intérêts coïncident, nous aspirons à la même chose. Aussi, avec un retard d’environ une décennie, la Russie doit se tourner vers l’Asie dès que possible, sans renoncer à ses liens et à ses racines européennes. Parce que cela fait aussi partie de nous.

source

Lien vers le rapport en anglais

 Notes :

[1] Sergey Karaganov est le Doyen de la faculté d’économie internationale et d’affaires internationales à l’Ecole supérieure d’économie de Moscou.

[2] Globalaffairs.ru, 11 septembre 2018. Interview menée par Svetlana Sukhova. L’article a été originellement publié par Ogonyok, publié par le groupe de presse Kommersant.

[3] Sous le règne d’Ivan the Terrible, Yermak Timofeyevich a entrepris la conquête de la Sibérie.

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Deux projets importants se préparent et s’amplifient aux Moyen-Orient ; ils pourraient bientôt entrer en collision. Par Alastair Crooke

Sur les cendres des deux méga-projets de cette décennie qui s’achève – à savoir la tentative de prise de pouvoir par les Frères musulmans et, au contraire, le projet du Golfe de briser ce dernier – et de reconstituer l’absolutisme héréditaire et tribal (le « système arabe ») – apparaissent deux projets opposés différents. Ils gagnent de plus en plus de puissance et, inévitablement, rivaliseront entre eux – tôt ou tard. En fait, ils le font déjà. La question est de savoir jusqu’où ira la rivalité.

L’un d’entre eux est le rassemblement de la zone nord de la région au moyen de la diffusion d’une éthique politique commune (basée sur la résistance aux États-Unis qui insistent pour que la région adhère à une hégémonie américaine rétablie) et sur la nécessité plus terre-à-terre de trouver le moyen de contourner, et d’outrepasser la machine de guerre financière américaine.

Cette dernière entreprise a connu une victoire majeure ces derniers jours. Elijah Magnier, journaliste chevronné du Moyen-Orient, résume la situation en quelques mots :

« Le candidat favori des États-Unis au poste de premier ministre [irakien], Haidar Abadi, a perdu sa dernière chance de renouveler son mandat pour un second mandat lorsque des émeutes ont provoqué des incendies criminels autour de la ville de Bassorah dans le sud du pays et ont fait brûler les murs du consulat iranien dans cette ville.

Tandis que les habitants manifestaient pour leurs revendications légitimes (eau potable, électricité, offres d’emploi et infrastructures), des groupes parrainés aux objectifs différents se sont mêlés aux foules et ont réussi incendier des bureaux, des ambulances, un bâtiment gouvernemental et une école associés à al-Hashd al-Shaabi et autres groupes politiques antiaméricains.

Ce comportement de la foule a forcé Sayyed Moqtada al-Sadr, leader de 54 députés, à abandonner son partenaire politique Abadi et à mettre un terme à la carrière politique de ce dernier. Moqtada a cherché à prendre ses distances par rapport aux événements de Bassorah afin de laisser le blâme retomber sur Abadi seul. Il a rejoint le camp gagnant, celui de l’Iran…

« Cette combinaison d’événements a conduit Moqtada à… emmener ses 54 députés pour rejoindre la plus grande coalition. Le parrainage ouvert des États-Unis et les événements de Bassorah ont mis fin à la carrière politique d’Abadi en Irak… La plus grande coalition devrait maintenant comprendre beaucoup plus de 165 députés, et ainsi devenir éligible pour choisir le président de l’Assemblée et ses deux adjoints, le Président et le nouveau Premier ministre… La nouvelle grande coalition n’aura plus besoin du soutien des Kurdes (42 députés). »

Le chef de cette large coalition de partis chiites et sunnites sera probablement Faleh al-Fayyadi, le chef du Hashd al-Shaabi. Sur le plan politique, l’Irak est donc maintenant enclin à faire partie du partenariat russo-irano-syrien dirigé par la Russie et la Syrie dans le Nord (bien que les divisions au sein du camp chiite irakien demeurent une source potentielle de conflit). Et si, comme il est probable, l’Irak est sous embargo imposé par les États-Unis pour ne pas avoir respecté les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran, alors l’Irak sera poussé – par l’urgence des circonstances – dans la sphère économique en évolution qui a fait l’objet de discussions majeures lors du sommet de Téhéran de vendredi dernier. C’est-à-dire, dans une série évolutive de cadres économiques pour la dé-dollarisation et la violation des sanctions américaines.

La portée de cette erreur de calcul (l’instigation des protestations violentes) à Bassorah (une complicité saoudienne est largement soupçonnée) a des implications plus larges pour les États-Unis. Tout d’abord, il est probable que les forces américaines se verront enjointes à quitter l’Irak. Deuxièmement, cela compliquera la capacité du Pentagone à maintenir sa présence militaire en Syrie. La logistique des déploiements américains dans le nord-est de la Syrie, qui traversent l’Irak, ne sera peut-être plus disponible – et les forces américaines en Syrie, seront inévitablement isolées, et donc plus vulnérables.

Mais un retournement de situation en Irak met aussi un point d’orgue à l’aspiration du président Trump à réaffirmer la domination énergétique des États-Unis sur le Moyen-Orient. L’Iran – on l’espérait – finirait par capituler et tomber sous les pressions économiques et politiques, et au fur et à mesure que le domino iranien chavirerait, il emporterait avec lui le domino irakien qui succomberait avec fracas à l’acceptation politique

Avec ce scénario, les États-Unis se retrouveraient avec les principales sources d’énergie du Moyen-Orient à « faible coût de production » (c’est-à-dire le Golfe, l’Iran et le pétrole et le gaz irakiens) entre leurs mains. Au vu des événements de cette semaine, il semble toutefois plus probable que ces ressources – ou du moins les ressources énergétiques plus importantes de l’Iran et de l’Irak – finiront dans la sphère russe (avec les perspectives inexplorées du bassin du Levant en Syrie). Et ce « cœur » russe, la sphère productrice d’énergie, pourrait, en fin de compte, s’avérer un rival plus que substantiel aux aspirations des États-Unis (qui viennent d’apparaître comme « le premier producteur mondial de pétrole ») pour rétablir leur domination énergétique au Moyen-Orient.

L’autre « dynamique » opposée qui gagne en masse critique est l’objectif de Kushner-Friedman-Grrenblatt de mettre fin à l’insistance du peuple palestinien pour que leur propre prétention constitue précisément un « projet politique ». L’objectif (d’après les détails divulgués jusqu’à présent), est d’évacuer la force politique de leur revendication – en coupant progressivement les principales rondelles du salami qui constituent en premier lieu cette affirmation qu’elles sont un projet politique.

Tout d’abord, en mettant fin au paradigme des deux États, qui doit être remplacé par un seul État, un « État-nation » juif de droits différenciés et de pouvoirs politiques différents. Deuxièmement, en retirant Jérusalem de la table des négociations en tant que capitale d’un État palestinien ; et troisièmement, en tentant de dissoudre le statut de réfugié palestinien, pour réorienter le fardeau de la colonisation sur les gouvernements hôtes existants. De cette façon, les Palestiniens doivent être chassés de la sphère politique, en échange de la promesse qu’ils peuvent devenir plus prospères – et donc plus « heureux » – en suivant la recette de Kushner.

Et, apparemment, en s’appuyant sur leurs antécédents immobiliers pour faire face à des locataires mal à l’aise qui se démarquent de tout développement immobilier majeur, le « resserrement » Kushner-Friedman est en cours : retrait du financement de l’UNWRA [L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient est un programme de l’Organisation des Nations unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens dans la Bande de Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie, datant de 1949, NdT], fermeture du bureau américain de l’OLP ; suppression des aides aux hôpitaux à Jérusalem-Est et diabolisation de responsables Palestiniens en les accusant de corruption et d’avoir fait fi des prétendues aspirations de la Palestine (à une existence matériellement meilleure).

Récemment, l’équipe Kushner a relancé une vieille idée (soulignée dans le quotidien hébreu Yedioth Ahoronot par Sima Kadmon, 7 septembre 2018) qu’Abu Mazen [surnom de Mahmoud Selman Abbas, NdT] ne l’a pas rejetée directement lorsqu’il a été approché). Elle est née avec le général israélien Giora Eiland, en janvier 2010, dans un article qu’il a écrit pour le Begin-Sadat Center for Strategic Studies. Eiland y écrivait :

« La solution est d’établir un royaume jordanien fédérateur à trois “états” : la Rive orientale, la Cisjordanie et Gaza. Ces États, au sens américain du terme, seront comme la Pennsylvanie ou le New Jersey. Ils jouiront d’une totale indépendance en matière d’affaires intérieures, et ils disposeront d’un budget, d’institutions gouvernementales, de lois distinctives, d’un service de police et de tout autre symbole extérieur d’indépendance. Mais, à l’instar de la Pennsylvanie et du New Jersey, ils n’auront aucune responsabilité dans deux domaines : la politique étrangère et les troupes militaires. Ces deux domaines, tout comme aux États-Unis, resteront du ressort du gouvernement “fédéral” d’Amman. »

Eiland a estimé qu’une telle solution présentait des avantages évidents pour Israël, par rapport à la solution à deux États. « Tout d’abord, il y a un changement dans l’histoire. Nous ne parlons plus du peuple palestinien vivant sous occupation, mais d’un conflit territorial entre deux pays, Israël et la Jordanie. Deuxièmement, la Jordanie peut être plus conciliante sur certaines des questions, comme la question territoriale ». Ajoutant qu’« au Moyen-Orient, le seul moyen d’assurer la survie du régime est d’assurer un contrôle de sécurité efficace… donc, le moyen d’empêcher les troubles en Jordanie qui seront alimentés par un futur régime du Hamas en Cisjordanie, est le contrôle militaire jordanien sur ce territoire [plus une Cisjordanie démilitarisée sur laquelle Israël insisterait] ».

Dans l’ensemble, les Palestiniens de Gaza (selon les rapports) seront installés à Gaza/Sinaï (et « contrôlés » par les services de renseignements égyptiens), tandis que les enclaves palestiniennes restées en Cisjordanie seront contrôlées par des officiers jordaniens, sous contrôle général de sécurité des Israéliens. C’est un gouvernement « fédéral » jordanien qui recevrait les plaintes et qui serait tenu responsable par Israël, de l’ensemble de la situation.

Bien sûr, ce n’est peut-être qu’un ballon d’essai de la part de Kushner et al. nous ne savons pas ce que sera le Coup du siècle de Trump (il a été retardé à plusieurs reprises), mais ce qui semble clair est l’intention d’éteindre la notion de toute puissance politique palestinienne en soi et de rendre les Palestiniens dociles, en les coupant de leurs dirigeants et en leur offrant un gain matériel. Les Palestiniens sont actuellement faibles. Et il ne fait aucun doute que les États-Unis et Israël, travaillant de concert, pourraient réussir à étouffer toute opposition au « Coup ». Jérusalem sera « donnée » à Israël. Les Palestiniens seront politiquement dé-fenestrés. Mais à quel prix ? Qu’est-ce qui « se passera » alors pour les rois du Golfe ?

Dans un article d’opinion paru dans le New York Times, Faisal Devji, spécialiste d’Oxford, a observé le casse-tête de l’Arabie saoudite :

Après la Première Guerre mondiale, la marine américaine a remplacé les Britanniques et le pétrole a fait du royaume une ressource cruciale pour le capitalisme occidental. Mais sa primauté religieuse et économique a été contredite par la marginalité politique persistante de l’Arabie saoudite, la Grande-Bretagne, les États-Unis et même l’armée pakistanaise étant responsables de sa stabilité interne et de sa défense contre les menaces extérieures.

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite s’oppose ostensiblement à l’Iran, mais ses prétentions à la domination ne sont également rendues possibles que par le déclin de l’Égypte et la dévastation de l’Irak et de la Syrie. La Turquie reste son seul rival, encore ambigu, à l’exception de l’Iran.

… Le royaume du prince Mohammed ressemble davantage à un État « séculier » qu’à un État « théocratique », dans lequel la souveraineté a finalement été arrachée aux clans et aux religieux pour être directement réclamée par la monarchie. Mais l’Arabie saoudite ne peut assumer une plus grande puissance géopolitique qu’en mettant en péril son statut religieux… [Nous soulignons].

Le projet de faire de l’Arabie saoudite un État défini politiquement, plutôt que religieusement, risque de démolir la vision centenaire d’une géographie islamique [sunnite], qui a toujours été fondée sur la constitution d’un centre dépolitisé en Arabie… la Mecque et Médine continueront à accueillir leurs pèlerins mais l’Islam [sunnite] pourra finalement… trouver son foyer en Asie où vivent le plus grand nombre de ses fidèles et où affluent toujours davantage les richesses et le pouvoir mondiaux.

Mais ce n’est tout simplement pas le cas de l’islam chiite, qui a réussi à combiner le pouvoir politique avec un statut religieux rétabli – comme en témoignent l’extraordinaire essor du centre de pèlerinage chiite de Kerbala – et le succès de l’Iran dans sa lutte contre les djihadistes wahhabites en Syrie et en Irak. (Pour l’Arabie saoudite, en revanche, le conflit au Yémen a sapé sa crédibilité à la fois politique et religieuse.

Et pourtant… et pourtant, malgré les trajectoires contrastées, c’est là qu’une collision peut se produire : Israël s’est inéluctablement allié à l’Arabie saoudite et à l’Islam sunnite. De même, les États-Unis ont adopté la position partisane d’Israël et de l’Arabie saoudite contre l’Iran. Tous deux poussent le roi saoudien par derrière pour qu’il mène une guerre hybride contre son puissant voisin.

Alon Ben David, correspondant militaire israélien, écrivant dans le quotidien en langue hébraïque Ma’ariv (7 septembre 2018), illustre le récit israélien prométhéen célébrant ses succès (grâce notamment au soutien sans réserve de Trump) : « L’ Armée de défense d’Israël [Tsahal], qui avait plusieurs années de retard dans la détection de la menace potentielle de l’expansion iranienne, a réalisé qu’elle devait prendre des mesures… cette semaine, Tsahal a révélé que plus de 200 attaques aériennes avaient été menées en Syrie depuis début 2017.

Mais si vous regardez la somme des activités de Tsahal, le plus souvent secrètes, dans le contexte de cette guerre, au cours des deux dernières années, Tsahal a mené des centaines d’opérations transfrontalières de différents types. La guerre entre deux guerres est devenue la guerre de Tsahal, et elle a été menée jour et nuit… Jusqu’à présent, Israël s’est montré plus fort dans la guerre directe avec l’Iran… lorsque nous frappons, notre pouvoir dissuasif se renforce. »

Eh bien… c’est une question d’opinion (à haut risque).

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 18-09-2018

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40 cartes pour expliquer le Moyen-Orient

Les cartes peuvent être un outil puissant pour comprendre le monde, particulièrement le Moyen-Orient, une région modelée à bien des égards par le déplacement des frontières politiques et les mutations démographiques. Voici 40 cartes essentielles pour comprendre le Moyen-Orient – son histoire, sa situation actuelle et certains des enjeux les plus importants dans la région aujourd’hui.

Histoire du Moyen-Orient

1- Le croissant fertile, creuset de la civilisation

L’histoire du monde : schémas d’interactions

Si cette région n’est pas l’unique berceau de la civilisation humaine, c’est l’un d’entre eux. Appelé « croissant fertile » en raison de la richesse de ses sols, le « croissant » comprend principalement l’Irak moderne, la Syrie, la Jordanie et Israël-Palestine. Certaines définitions incluent également la vallée du Nil en Égypte. C’est là que les gens ont commencé l’agriculture en 9000 avant J.C. Vers 2500 avant J.C, les Sumériens formaient la première société complexe qui ressemblait à ce qu’on appelle maintenant un pays et un système politique. En d’autres termes, plus de temps s’est écoulé entre les Sumériens et les Romains qu’il ne s’en est écoulé entre la Rome antique et nous.

2- Comment les phéniciens, à partir du Liban, ont progressé en Méditerranée

L’Atlas Philip de l’histoire du monde

Les Phéniciens, qui vivaient au Liban et sur la côte syrienne d’aujourd’hui, étaient vraiment stupéfiants. De 1500 à 300 av. J.-C., ils ont exploité certains des premiers grands réseaux commerciaux de la Méditerranée, représentés en rouge, et ont dominé la mer avec les Grecs, qui sont représentés en marron. Certains ont navigué jusqu’aux îles britanniques et beaucoup d’entre eux ont établi des colonies en Afrique du Nord, en Espagne, en Sicile et en Sardaigne. Il s’agit d’un des premiers liens culturels étroits entre le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, et c’est pourquoi la capitale libyenne, Tripoli, porte toujours le nom de l’ancienne colonie phénicienne qui en est à l’origine.

3- Comment, à trois reprises, le Moyen-Orient a apporté des religions à l’Europe

Le petit atlas de l’histoire du monde

En réalité, le Moyen-Orient a donné à l’Europe quatre religions, dont l’islam, mais cette carte montre les trois premières. D’abord, le judaïsme, qui s’est diffusé par le biais de l’immigration naturelle et lorsque les Romains ont déporté des Israélites rebelles au premier et au deuxième siècle de notre ère. Entre le premier et le troisième siècle après J.C, une religion appelée parfois « religion des mystères » pour ses rites secrets et ses cultes clandestins se répandit depuis la Turquie ou l’Arménie actuelle dans tout l’empire romain (à l’époque, la plupart des fidèles pensaient que l’origine venait des Persans – dans l’Iran actuel – mais c’est probablement faux). Le mithraïsme [culte du dieu Mithra, NdT] a été complètement remplacé par le christianisme, qui est devenu la religion officielle de l’Empire romain quelques siècles plus tard. Il est facile d’oublier que, pendant des siècles, le christianisme était principalement une religion de Moyen-Orientaux, qui ont converti les Européens à leur tour.

4- Quand le califat de Mahomet conquiert le Moyen-Orient

 

Mohammed Adil

Au début du 7ème siècle après JC, dans ce qui est l’actuelle Arabie saoudite, le prophète Mahomet fonda l’islam, considéré par ses adeptes à la fois comme une communauté et comme une religion. Après s’être diffusés à travers la péninsule arabique, ils devinrent un empire qui se développa au moment même où les empires perse et byzantin, voisins, étaient prêts à s’effondrer. Dans un temps étonnamment court – de la mort de Mahomet en 632 à 652 après J.C – ils firent la conquête de tout le Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de la Perse et certaines parties du sud de l’Europe. Ils diffusèrent l’islam, la langue arabe et l’idée d’une identité commune du Moyen-Orient, trois éléments qui définissent encore aujourd’hui la région. Comme si tout le monde en Europe parlait encore le latin et se considérait comme ethniquement romain.

5- Une carte du monde à l’apogée du califat

Mohammad adil-Rashidun

Il s’agit d’une carte politique approximative du monde en 750 ap. J.-C., à l’apogée du califat omeyyade (le terme « calife » désigne le souverain de la communauté islamique mondiale). Cela vous donne une idée de l’étendue et de la puissance de l’empire musulman, un siècle à peine après la naissance de cette religion qui a propulsé son expansion. Le califat était un lieu de richesse, d’art et d’apprentissage à une époque où seule la Chine était aussi riche et aussi puissante. La puissance arabe était alors à son zénith.

6- L’ascension et la chute de l’Empire ottoman au cours des six derniers siècles

 

Esemono

L’Empire ottoman tire son nom d’Osman, son premier souverain, qui, au début des années 1300, l’a fait s’étendre d’une petite partie du nord-ouest de la Turquie à une partie un peu plus importante. Son expansion a continué durant environ 500 ans – plus longtemps que toute l’histoire de l’Empire romain – régnant pendant des siècles sur la majeure partie du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et du sud-est de l’Europe. L’empire, officiellement un État islamique, répandit la religion dans le sud-est de l’Europe mais était généralement tolérant envers les autres groupes religieux. C’était probablement le dernier grand empire non européen jusqu’à ce qu’il commence à décliner au milieu des années 1800, qu’il s’effondre après la Première Guerre mondiale, et que son ancien territoire au Moyen-Orient soit divisé par l’Europe occidentale.

7- À quoi ressemblait le Moyen-Orient en 1914

 

Philippe Rekacewicz / Le Monde Diplomatique

C’est une année charnière, au cours de la transition progressive de 500 ans de domination ottomane du Moyen-Orient à 50 à 100 ans de domination européenne. L’Europe de l’Ouest devenait de plus en plus riche en découpant l’Afrique, y compris les États arabes d’Afrique du Nord, en possessions coloniales. Pratiquement toute la région a été gouvernée par des Européens ou des Ottomans, à l’exception de certaines parties de l’Iran et de la péninsule arabique divisées en « zones d’influence » européennes. Quelques années plus tard, à la fin de la Première Guerre mondiale, le reste de l’Empire ottoman vaincu serait partagé entre les Européens. Les frontières entre les pouvoirs français, italien, espagnol et britannique sont cruciales pour comprendre la région aujourd’hui, non seulement parce qu’elles ont gouverné différemment et imposé des politiques différentes, mais que les frontières entre empires européens sont devenues les frontières officielles de l’indépendance, qu’elles soient logique ou pas.

8- L’Accord Sykes-Picot qui a divisé le Moyen-Orient

 

Financial Times

 

Aujourd’hui, vous entendez beaucoup parler de ce traité, dans lequel les empires britannique et français (et russe) ont secrètement convenu de diviser entre eux les dernières régions du Moyen-Orient ayant fait partie de l’Empire ottoman. Point crucial, les frontières entre les « zones » françaises et britanniques devinrent plus tard les frontières entre l’Irak, la Syrie et la Jordanie. Sykes-Picot est souvent citée comme une cause de guerre, de violence et d’extrémisme au centre-ouest de l’Asie, parce que ces États indépendants ultérieurs avaient des frontières largement arbitraires qui regroupaient par la contrainte des groupes ethniques et religieux disparates. Mais les érudits débattent encore de cette théorie, qui est peut-être trop simple pour être vraie.

9- Une histoire animée des grands empires du Moyen-Orient

Vous avez peut-être remarqué un thème présent sur les huit dernières cartes : des empires, la plupart du temps extérieurs au Moyen-Orient, mais parfois en faisant partie, conquérant la région d’une manière qui l’a radicalement modifiée. Cette animation présente tous les principaux empires du Moyen-Orient au cours des 5 000 dernières années. Pour être clair, ce n’est pas exhaustif, et au cas où ce ne serait pas évident, les animations de cercles en expansion ne reflètent pas réellement la vitesse ou la progression des expansions impériales. Mais c’est une bonne introduction.

10- L’histoire complète des États islamiques

Michael Izady / Columbia University

Cette carte en accéléré de Michael Izady – un merveilleux historien et cartographe de l’Université Columbia, dont la collection complète se trouve ici – montre les frontières politiques du grand Moyen-Orient de 1450 à nos jours. Vous remarquerez que pendant la plus grande partie des 500 dernières années, la plupart ou la totalité de la région a été soumise à une combinaison de contrôles turcs, persans et européens. Pour une grande partie du Moyen-Orient arabe, l’autonomie est relativement nouvelle. Les deux grandes exceptions que vous pouvez voir sur cette carte sont le Maroc et l’Égypte, qui ont passé plus de 500 ans en tant qu’empires autonomes par rapport à d’autres États arabes. C’est en partie la raison pour laquelle ces deux pays se sont parfois considérés dans une certaine mesure comme différents du reste du monde arabe.

11- Le printemps arabe de 2011

The Economist

Si l’on se retourne sur la période du début au milieu de 2011, il est toujours stupéfiant de constater comment les soulèvements du Printemps arabe ont soudainement et radicalement défié, et ont souvent renversé, les vieilles dictatures fragiles du Moyen-Orient. Ce qui est déprimant, c’est que les mouvements ont peu avancé au-delà de ces premiers mois. La guerre civile en Syrie se poursuit. La démocratie égyptienne semblait s’achever avec un coup d’État militaire à la mi-2013. Le Yémen est toujours plongé dans la violence et l’instabilité politique. La guerre en Libye a renversé Mouammar Kadhafi, avec le soutien des États-Unis et de l’Europe, mais a laissé le pays sans sécurité de base ou sans gouvernement fonctionnel. Seule la Tunisie semble être sortie, même de manière ténue, dans le sens de la démocratie.

Le Moyen-Orient aujourd’hui

12- Les dialectes arabes d’aujourd’hui

Arab Hafez

Cette carte montre l’étendue du monde arabophone et sa diversité linguistique. Tous deux remontent aux califats des VIe et VIIe siècles, qui ont propagé l’arabe de son lieu de naissance dans la péninsule arabique en Afrique et au Moyen-Orient. Au cours des 1 300 dernières années, de nombreux locuteurs se sont divisés en dialectes distincts, parfois très différents. Quelque chose à noter ici : les dialectes s’alignent ou ne s’alignent pas avec les frontières politiques actuelles. Aux endroits où ils ne s’alignent pas, l’on voit des frontières nationales qui sont moins susceptibles de s’aligner avec les communautés réelles et, dans certains cas, qui sont plus susceptibles de créer des problèmes.

13- La division sunnite-chiite

Le renouveau chiite de Vali Nasr

L’histoire de la division de l’islam entre sunnites et chiites a commencé avec la mort du prophète Mahomet en 632. Il y avait une lutte de pouvoir pour savoir qui lui succéderait pour gouverner le califat islamique, la plupart des musulmans voulant élire le prochain chef, mais certains arguant que le pouvoir devrait revenir par droit de naissance divin au gendre de Mahomet, Ali. Cette faction pro-Ali était connue sous le nom de « Partisans d’Ali » ou de « Shi’atu Ali » en arabe, d’où « Shia ». L’ascension éventuelle d’Ali sur le trône déclencha une guerre civile que ses partisans et lui-même perdirent. Les chiites ont maintenu l’idée qu’Ali était le successeur légitime et sont devenus une branche de l’islam entièrement distincte. Aujourd’hui, environ 10 à 15% des musulmans dans le monde sont chiites – ils sont le groupe majoritaire en Iran et en Irak seulement – alors que la plupart des musulmans sont sunnites. « Sunni » signifie à peu près « tradition ». Aujourd’hui, cette division religieuse est à nouveau politique : c’est une lutte pour l’influence régionale entre les pouvoirs politiques chiites, menés par l’Iran, contre les puissances politiques sunnites, dirigées par l’Arabie saoudite. Cette lutte ressemble beaucoup à une guerre froide régionale, avec des combats par procuration en Syrie et ailleurs.

14- Les groupes ethniques du Moyen-Orient

Michael Izady / Columbia University

La couleur la plus importante sur cette carte des groupes ethniques du Moyen-Orient est le jaune : les Arabes, qui constituent le groupe majoritaire dans presque tous les pays du Moyen-Orient, y compris les pays d’Afrique du Nord qui ne sont pas représentés ici. Les exceptions sont principalement : juifs d’Israël en rose, turcs de Turquie en vert, Iran principalement perse en orange et Afghanistan très diversifié. (Plus d’informations sur la riche diversité de l’Iran et de l’Afghanistan ci-dessous.) Cette touche de rouge au centre est vraiment importante : les Kurdes de souche, qui n’ont pas de pays, mais de grandes communautés en Iran, en Irak, en Syrie et en Turquie. Mais la grande leçon à tirer de cette carte est qu’il existe une ceinture de diversité ethnique remarquable de la Turquie à l’Afghanistan, mais que le reste de la région est dominé par les Arabes.

15- Des populations musulmanes équilibrées à travers le monde

Pew Forum

Cette carte montre ce que le Moyen-Orient n’est pas : il n’est pas synonyme du monde islamique. Cette carte de la population pondérée montre tous les pays du monde d’après la taille de leur population musulmane. Les pays avec plus de citoyens musulmans sont plus grands ; les pays avec moins de citoyens musulmans sont plus petits. Vous remarquerez tout de suite que le Moyen-Orient ne représente qu’une fraction de la population musulmane totale du monde. En fait, il y a beaucoup plus de musulmans dans les pays d’Asie du Sud, à savoir l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh. La plus importante population musulmane est de loin celle d’Indonésie, en Asie du Sud-Est. Et il y en a aussi des millions en Afrique subsaharienne. Le monde islamique a peut-être commencé au Moyen-Orient, mais il est maintenant beaucoup plus vaste que cela.

Israël-Palestine

16- La fondation d’Israël en 1947 et la guerre israélo-arabe de 1948

Carte de gauche : Passia [Société académique palestinienne pour l’étude des affaires internationales, NdT] ; carte du centre et de droite: Philippe Rekacewicz / Le Monde Diplomatique

Ces trois cartes montrent comment Israël est passé de la non existence jusqu’à, en 1947 et 1948, la création de ses frontières nationales. Il est difficile d’identifier un seul point de départ plus clair du conflit israélo-palestinien, mais la carte de gauche pourrait bien le montrer : ce sont les frontières que l’ONU a définies en 1947 pour un État juif et un État arabe. Territoire sous contrôle britannique. Les Palestiniens ont combattu l’accord et, en 1948, les États arabes d’Égypte, de Jordanie, d’Irak et de Syrie ont envahi le pays. La carte du milieu montre, en vert, dans quelle mesure ils ont repoussé les armées juives. La carte de droite montre comment la guerre a pris fin avec une contre-attaque israélienne qui a poussé à l’intérieur du territoire orange et Israël a prétendu que c’était sa nouvelle frontière nationale. Le vert est ce qui restait aux Palestiniens.

17- La guerre israélo-arabe de 1967 qui définit les frontières d’aujourd’hui

BBC

Ces trois cartes montrent comment ces frontières de 1948 sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui. La carte de gauche montre les territoires palestiniens de Gaza, sous contrôle égyptien, et la Cisjordanie, sous contrôle jordanien. En 1967, Israël a mené une guerre contre l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. La guerre s’est terminée avec l’occupation par Israël des deux territoires palestiniens, plus les hauteurs du Golan en Syrie et la péninsule égyptienne du Sinaï : cela est indiqué sur la carte de droite. Israël a rendu le Sinaï dans le cadre d’un accord de paix en1979, mais il occupe toujours ces autres territoires. Gaza est aujourd’hui sous blocus israélien, tandis que la Cisjordanie se remplit de plus en plus de colons israéliens. La troisième carte montre comment la Cisjordanie a été divisée en zones sous contrôle palestinien complet (vert), sous contrôle conjoint israélo-palestinien (vert clair) et sous contrôle israélien complet (vert foncé).

18- Les colonies israéliennes en Cisjordanie palestinienne

Jan De Jong / Foundation for Middle East Peace

Depuis 1967, les Israéliens s’installent dans des colonies en Cisjordanie. Certains le font pour des raisons religieuses, d’autres pour revendiquer des terres palestiniennes au nom d’Israël, et d’autres simplement parce qu’ils obtiennent des logements bon marché grâce aux subventions. Il y a environ 500 000 colons dans 130 communautés, comme vous pouvez le voir sur cette carte. Les colonies rendent la paix plus difficile, ce qui est souvent le problème : pour que les Palestiniens aient un État, soit les colons devront être chassés en masse, soit les Palestiniens devront abandonner une partie de leurs terres. Aujourd’hui, les colonies rendent également la vie plus difficile aux Palestiniens, en divisant les communautés et en imposant une sécurité israélienne pénible. C’est pourquoi les États-Unis et le reste du monde s’opposent aux colonies israéliennes. Mais Israël continue quand même de les étendre.

19- Frappes israéliennes et du Hezbollah pendant la guerre du Liban en 2006

BBC

Cette carte montre un moment de la guerre de 2006 entre Israël et le Liban. Elle montre également la manière dont la guerre entre Israël et ses ennemis a changé : Israël a désormais la supériorité militaire, mais les combats sont asymétriques. Israël ne combattait pas un État, mais le groupe militant libanais Hezbollah. Il a lancé de nombreuses frappes aériennes et d’artillerie au Liban (en bleu) pour affaiblir le Hezbollah, détruisant ainsi une grande partie des infrastructures du pays. Israël a également établi un blocus des eaux libanaises. Le Hezbollah a mené une campagne de guérilla contre la force d’invasion israélienne et a lancé de nombreux missiles sur les communautés israéliennes. Les personnes les plus touchées ont été les Libanais et les Israéliens ordinaires, dont des centaines de milliers ont été déplacés par les combats.

20- Quels pays reconnaissent Israël, la Palestine ou les deux ?

Saint Tepes

Le conflit israélo-palestinien est un problème mondial qui, comme le montre cette carte, présente un clivage à l’échelle mondiale. De nombreux pays, représentés en vert, ne reconnaissent toujours pas Israël comme un État légitime. Ces pays sont généralement à majorité musulmane (ce qui inclut la Malaisie et l’Indonésie, à l’extrémité de l’Asie du Sud-Est). Dans le même temps, les pays bleus de l’Occident (plus quelques autres) ne reconnaissent pas la Palestine comme un pays. Ils entretiennent toujours des relations diplomatiques avec la Palestine, mais, de leur point de vue, elle n’obtiendra pas le statut de pays tant que le conflit ne sera pas officiellement résolu. Le fait qu’il y ait historiquement eu des conflits entre les pays bleus et verts n’est pas une coïncidence.

Syrie

21- La diversité religieuse et ethnique de la Syrie

Michael Izady / Université Colombia

Chaque couleur ici montre un groupe religieux différent dans la partie orientale de la Méditerranée appelée le Levant. Il n’est sans doute pas surprenant que le lieu de naissance du judaïsme et du christianisme soit religieusement diversifié, mais cette carte montre à quel point la diversité est grande. Israël se distingue par sa majorité juive, bien sûr, mais c’est aussi un rappel de ses minorités musulmanes et autres, ainsi que des communautés chrétiennes en Israël et en Cisjordanie. Le Liban est divisé entre de grandes communautés de sunnites, de chiites, de chrétiens et une foi connue sous le nom de druzisme – ils sont en paix maintenant, mais l’horrible guerre civile de 1975 à 1990 les a divisés. Il se peut qu’un effet similaire se produise en Syrie, qui est majoritairement musulmane sunnite, mais qui compte une importante minorité de chrétiens, de druzes, de chiites et une secte chiite connue sous le nom d’alaouites, dont le chef syrien Bachar al-Assad et une grande partie de son gouvernement sont membres.

22- Les zones de contrôle actuelles dans la guerre civile syrienne

BBC, SNAP

Cette carte montre l’état des lieux de la guerre civile en Syrie qui, après trois ans de combats, s’est divisée entre les forces gouvernementales, les rebelles antigouvernementaux qui ont commencé comme manifestants pro-démocratiques, et les combattants islamistes extrémistes qui sont arrivés ces deux dernières années. Vous remarquerez peut-être un certain chevauchement entre cette carte et la précédente : les zones sous contrôle gouvernemental (en rouge) ont tendance à se chevaucher avec les zones où vivent les minorités. Les minorités tendent à être liées au régime, alors que les rebelles sont pour la plupart issus de la majorité musulmane sunnite. Mais les rebelles syriens antigouvernementaux (en vert) ont pris beaucoup de territoire. La minorité ethnique kurde de Syrie compte également des milices qui ont pris le contrôle du territoire où vivent les Kurdes. Au cours de la dernière année, cependant, il y a eu une quatrième faction montante : L’État islamique en Irak et au Levant (parfois appelé EI, en bleu), un groupe extrémiste basé en Irak qui jure allégeance à Al-Qaïda. Ils combattent à la fois les rebelles et le gouvernement. C’est donc une guerre à trois maintenant, comme si elle n’était pas déjà assez insoluble.

23- La crise des réfugiés syriens

UNHCR

La guerre civile syrienne n’a pas seulement été une catastrophe nationale pour la Syrie, mais aussi pour les pays voisins. La guerre a déplacé des millions de Syriens vers le reste du Moyen-Orient et vers certaines parties de l’Europe, où ils vivent dans de vastes camps de réfugiés qui drainent des ressources nationales déjà rares. Cette carte montre les réfugiés ; elle ne montre pas les 6,5 millions de Syriens supplémentaires déplacés en Syrie. Leur impact se fait particulièrement sentir en Jordanie et au Liban, qui comptent déjà d’importantes populations de réfugiés palestiniens ; jusqu’à une personne sur cinq dans ces pays est un réfugié. Alors que les États-Unis et d’autres pays se sont engagés à fournir une certaine aide aux réfugiés, les Nations unies disent que ce n’est pas suffisant pour leur fournir les produits de première nécessité.

Iran

24- Comment les frontières de l’Iran ont changé au début des années 1900

Wikimedia

L’Iran est le seul pays du Moyen-Orient à n’avoir jamais été conquis par une puissance européenne, mais il s’en est bien approché dans les années 1900. Il a perdu beaucoup de territoire au profit de la Russie (la partie à bandes rouges). Après cela, l’Empire russe et l’Empire britannique (le Raj britannique [régime colonial britannique que connaît le sous-continent indien de 1858 à 1947, NdT] était juste à côté) ont divisé le nord et le sud de l’Iran en « zones d’influence ». Elles n’étaient pas sous contrôle direct, mais le gouvernement iranien a été persécuté et son économie et ses ressources ont été exploitées. Cela reste aujourd’hui encore un point de ressentiment national majeur en Iran.

25- La diversité religieuse et ethnique de l’Iran

Cartothèque Perry-Castañeda, Université du Texas

L’Iran est surtout associé aux Perses – le groupe ethnique le plus important et les fondateurs des anciens empires perses – mais il est beaucoup plus diversifié que cela. Cette carte montre les minorités les plus importantes, dont les Arabes au sud, les Kurdes à l’ouest et les Azéris au nord (l’Iran contrôlait autrefois tout le territoire azéri, mais une grande partie appartient maintenant à l’Azerbaïdjan, pays à majorité azérie). Les Baloutches, dans le sud-est, constituent également un groupe minoritaire important au Pakistan. La région du « Baloutchistan » des deux pays est le théâtre de troubles et d’oppression gouvernementale importants.

26- Les sites nucléaires de l’Iran et les plans de frappe israéliens possibles

BBC

C’est un aperçu de deux des grandes questions géopolitiques qui se chevauchent et dans lesquelles l’Iran est actuellement engagé. Le premier est le programme nucléaire iranien : les dirigeants du pays disent que le programme est pacifique, mais personne ne les croit, et le monde sanctionne sévèrement l’économie iranienne pour tenter de la convaincre d’arrêter le développement nucléaire qui semble se diriger vers un programme d’armes illégales. Vous pouvez voir les sites de développement nucléaire ici : certains sont profondément enfouis, tandis que d’autres ont été gardés secrets pendant des années. Cela nous ramène à l’autre élément de cette carte, qui a été dressée à l’origine pour montrer comment Israël pouvait hypothétiquement lancer des frappes contre le programme nucléaire de l’Iran. Les tensions israélo-iraniennes, qui ont frôlé la guerre ces dernières années, sont l’une des choses les plus graves et les plus potentiellement dangereuses qui se produisent actuellement dans une partie du monde qui est déjà source de grave dangers. Israël craint que l’Iran ne construise des armes nucléaires contre lui ; l’Iran craint peut-être d’être toujours sous la menace d’une frappe israélienne jusqu’à ce qu’il ait une force de dissuasion nucléaire. C’est ce qu’on appelle un dilemme de sécurité et ça peut mal tourner.

Afghanistan

27- Comment la « Durand Line » coloniale a déclenché le conflit en Afghanistan

Cecile Marin

Donc, tout d’abord, ignorez tout sur cette carte à l’exception de la zone de recouvrement orange clair. Cela montre la région où vit un groupe ethnique appelé les Pachtounes. Imaginez maintenant que vous êtes un officier colonial britannique du nom de Mortimer Durand dans les années 1800 et que vous êtes chargé de négocier la frontière entre le Raj indien britannique et la nation quasi-indépendante de l’Afghanistan. Tracez-vous la frontière en plein milieu des zones pachtounes, garantissant ainsi des décennies de conflit en forçant les Pachtounes à devenir des minorités dans les deux États ? Si vous aviez répondu « oui », vous auriez fait un grand officier colonial britannique, parce que c’est ce qui s’est passé. La « ligne Durand », marquée en rouge, est devenue la plus grande partie de la frontière entre l’Afghanistan moderne et le Pakistan. De nombreux Pachtounes appartiennent maintenant à un groupe extrémiste majoritairement pachtoune, appelé talibans, qui fait des ravages dans les deux pays et dont les principales bases d’opérations (représentées en orange foncé) sont situées du côté pakistanais de la frontière. Merci, Mortimer !

28- La guerre de 1989 qui a déchiré l’Afghanistan

Révolution sans fin : Afghanistan, 1979 à aujourd’hui / Columbia University Press

En 1979, l’Union soviétique a envahi l’Afghanistan pour défendre le gouvernement communiste pro-Moscou contre les rébellions croissantes. Les États-Unis (ainsi que l’Arabie saoudite et le Pakistan) ont financé et armé les rebelles. La CIA a délibérément choisi de financer les extrémistes, les considérant comme de meilleurs combattants. Lorsque les Soviétiques se sont retirés en 1989, ces groupes rebelles se sont retournés les uns contre les autres, menant une horrible guerre civile que vous pouvez voir sur cette carte : les zones rouges étaient, dès 1989, sous contrôle gouvernemental. Chacune des autres couleurs montre la zone de contrôle d’un groupe rebelle. Certains de ces rebelles, comme le Hezb-e Islami Gulbuddin, se battent toujours, bien que la plupart d’entre eux aient été vaincus lorsque les talibans se sont soulevés et ont conquis le pays dans les années 1990.

29- Comment les talibans coïncident avec l’ethnicité

Fonds de dotation Carnegie pour la paix internationale

Il s’agit de souligner à quel point la guerre actuelle en Afghanistan (la guerre qui a commencé lorsque les États-Unis et leurs alliés ont envahi le pays en 2001, et non la guerre de 1979 à 1989 contre les Soviétiques ou les guerres civiles de 1989 à 2001) est, tout en ne l’étant pas, une guerre d’appartenance ethnique. Les talibans se confondent très largement, mais pas exclusivement, avec les Pachtounes dans le sud et l’est. C’est d’autant plus important qu’il y a tant de Pachtounes de l’autre côté de la frontière au Pakistan, où les talibans ont d’importantes bases d’opérations. Mais il y a d’autres groupes rebelles que les talibans, qui ne sont pas tous pachtounes. En général, cependant, le nord du pays est plus stable et moins violent que le sud ou l’est.

30- Les éléments les plus importants de la guerre d’Afghanistan, sur une seule carte

Philippe Rekacewicz / Le Monde Diplomatique

La guerre en Afghanistan est extrêmement compliquée, mais cette carte fait un travail remarquable en ce qui concerne les éléments les plus importants : 1) les zones talibanes, en incrustation orange ; 2) les zones contrôlées par les États-Unis et leurs alliés, en minuscules taches vertes déprimantes ; 3) les principales bases militaires occidentales, marquées par des points bleus ; 4) les zones de production d’opium, qui sont une source importante de financement des talibans, en cercles marrons, avec de plus grands cercles signifiant plus d’opium ; 5) les voies d’approvisionnement traversant le Pakistan en rouge, que celui-ci a parfois fermées et qui sont souvent la cible des talibans ; 6) la voie d’approvisionnement traversant la Russie, qui nécessite une approbation russe. Si cette carte ne vous déprime pas sur les perspectives de la guerre en Afghanistan, pas grand-chose ne le fera.

Arabie saoudite et Pétrole

31- Ce à quoi l’Arabie Saoudite et ses voisins ressemblaient il y a 100 ans

Joaquín de Salas Vara de Rey

La péninsule arabique a une très, très longue histoire, et la famille saoudienne en a contrôlé une grande partie depuis les années 1700. Mais pour comprendre comment la péninsule est devenue ce qu’elle est aujourd’hui, il faut remonter environ un siècle en arrière, jusqu’en 1905. Les Saoudiens à ce moment-là avaient très peu de contrôle, ayant perdu leur territoire au cours d’une série de guerres. La péninsule était divisée en beaucoup de petits royaumes et d’émirats. L’Empire ottoman contrôlait la plupart d’entre eux, tandis que l’Empire britannique contrôlait le tiers le plus méridional de la péninsule – cette ligne au milieu montre comment elle était divisée. Après l’effondrement de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale, les Saoudiens se sont étendus à toute la région violette marquée ici, comme les Britanniques l’avaient promis pour aider à combattre les Ottomans. (Cet accord est mis en scène dans le film Lawrence d’Arabie). Au début des années 1920, les Britanniques contrôlaient de fait presque toute la péninsule, qui était divisée en plusieurs dépendances, protectorats et mandats. Mais les Saoudiens ont perduré.

32- Pétrole et gaz au Moyen-Orient

Agence américaine d’information sur l’énergie

Le Moyen-Orient produit environ un tiers du pétrole et un dixième du gaz naturel de la planète. (Il possède un tiers de toutes les réserves de gaz naturel, mais elles sont plus difficiles à transporter.) Une grande partie de cette production est exportée. Cela rend l’économie mondiale entière assez dépendante du flux continu de ce gaz et de ce pétrole, qui passent par une région qui a connu beaucoup de conflits au cours des dernières décennies. Cette carte montre où se trouvent les réserves et comment elles sont transportées par voie terrestre ; une grande partie passe également par la mer à travers le golfe Persique, un secteur marin où se trouvent également certaines des plus grandes réserves de la région et du monde. Les ressources énergétiques sont fortement concentrées dans trois pays voisins qui se détestent depuis toujours : l’Iran, l’Irak et l’Arabie saoudite. Les États-Unis, en tant que très gros importateur d’énergie, s’intéressent vivement à la tension entre ces trois pays depuis des années : ils se sont rangés du côté de l’Iran pendant la guerre Iran-Irak des années 1980, contre l’Irak lorsqu’il a envahi le Koweït et menacé l’Arabie saoudite dans les années 1990, puis contre l’Irak en 2003, et appuient maintenant l’Arabie saoudite dans sa guerre par procuration contre l’Iran, qui s’envenime rapidement.

33- Pétrole, commerce et activités militaires dans le détroit d’Ormuz

Financial Times

L’économie mondiale dépend de cette étroite voie navigable entre l’Iran et la péninsule Arabique. Depuis que le président Jimmy Carter a publié la « doctrine Carter » de 1980, qui déclarait que les États-Unis utiliseraient la force militaire pour défendre leur accès au pétrole du golfe Persique, le petit détroit d’Ormuz à la sortie du golfe a été l’une des eaux les plus militarisées du monde. Les États-Unis ont installé une force navale importante, d’abord pour protéger les exportations de pétrole de la brutale guerre Iran-Irak des années 1980, puis pour les protéger de Saddam Hussein pendant les guerres du Golfe des années 1990, et maintenant pour les protéger à nouveau de l’Iran, qui a fait un pas vers la rupture des approvisionnements en pétrole si la guerre éclate contre Israël ou les États-Unis. Tant que le monde fonctionnera aux combustibles fossiles et qu’il y aura des tensions au Moyen-Orient, il y aura des forces militaires dans le détroit d’Ormuz.

34- Pourquoi le canal de Suez en Égypte est si important pour l’économie mondiale

Nicolas Rapp / Fortune

Le canal de Suez a tout changé. Lorsque l’Égypte l’a ouvert en 1868, après dix ans de travaux, la voie navigable artificielle de 170 km a rapproché l’Europe et l’Asie de façon spectaculaire et permanente. L’importance du canal pour l’ordre mondial était si évidente que, peu après la conquête de l’Égypte par les Britanniques dans les années 1880, les grandes puissances mondiales ont signé un traité, qui est toujours en vigueur, déclarant que le canal serait toujours ouvert au commerce et aux navires de guerre de chaque nation, quoi qu’il arrive. Aujourd’hui, environ huit pour cent de tout le commerce mondial et trois pour cent de l’approvisionnement énergétique mondial passent par le canal.

Irak et Libye

35- Le nettoyage ethnique de Bagdad pendant la guerre en Irak

BBC

Il y a peu de symboles plus sinistres des ravages de la guerre en Irak que ce qu’elle a causé dans les quartiers autrefois diversifiés de Bagdad. La carte de gauche montre la composition religieuse de la ville en 2005. Les quartiers mixtes, alors la norme, sont en jaune. La carte de droite montre à quoi cela ressemblait en 2007, après deux terribles années de tueries sunnites : bombardements (points rouges), escadrons de la mort, et milices. Les expulsions forcées et des milliers de morts ont effectivement nettoyé les quartiers, pour qu’ils deviennent majoritairement chiites (en bleu) ou sunnites (en rouge). Depuis fin 2012, la guerre civile religieuse a repris de plus belle, à Bagdad et dans tout le pays.

36- Où sont les Kurdes et à quoi pourrait ressembler le Kurdistan ?

Philippe Rekacewicz / Le Monde Diplomatique

Le groupe ethnique connu sous le nom de Kurdes, qui a longtemps vécu en tant que minorité défavorisée dans plusieurs pays du Moyen-Orient, se bat depuis longtemps pour une nation qui leur est propre. Cette carte montre où ils vivent dans une superposition en vert, et les frontières nationales qu’ils ont proposées à trois reprises, et qui ont toutes échoué. Les Kurdes ont combattu dans de nombreuses rébellions armées, y compris les campagnes en cours en Syrie et en Turquie, et ont subi de nombreuses exactions, allant des tentatives de génocide jusqu’aux interdictions officielles portant sur leur langue et leur culture. Leur seule grande victoire du siècle dernier a été en Irak : à la suite de l’invasion américaine qui a renversé Saddam Hussein, les Kurdes irakiens sont autonomes dans le nord de l’Irak.

37- Un remaniement hypothétique de la Syrie et de l’Irak

Radio Free Europe / Radio Liberty

Il s’agit d’une vieille idée qui refait surface tous les deux ou trois ans, lorsque la violence entre sunnites et chiites reprend : les frontières arbitraires imposées par les puissances européennes devraient-elles être remplacées par de nouvelles frontières respectant la division religieuse toujours conflictuelle de la région ? L’idée est inapplicable dans la réalité et ne ferait probablement que créer de nouveaux problèmes. Mais, dans un sens, c’est déjà à cela que ressemble la région. Le gouvernement irakien contrôle la majorité chiite à l’est du pays, mais les extrémistes islamistes sunnites se sont emparés d’une grande partie de l’Irak occidental et de la Syrie orientale. Le gouvernement syrien, dominé par les chiites, ne contrôle pour la plupart que l’ouest du pays, où les chiites et les chrétiens sont majoritaires. Les Kurdes, quant à eux, sont juridiquement autonomes en Irak et d’un point de vue fonctionnel en Syrie. Cette carte n’est donc plus seulement de la spéculation oiseuse ; c’est quelque chose que les Irakiens et les Syriens sont en train de créer eux-mêmes.

38- Comment la guerre de Libye de 2011 a changé l’Afrique

Philippe Rekacewicz /Le Monde Diplomatique

Aussi noble que fût la cause, la destruction de la dictature de Mouammar Kadhafi par un soulèvement spontané et une intervention occidentale a juste semé le chaos dans la moitié nord de l’Afrique. Cette carte tente de montrer tout ce qui s’est passé après la chute de Kadhafi ; ce qui importe, c’est qu’elle soit d’une complexité si stupéfiante. L’endroit où centrer votre regard est la superposition orange à rayures à travers la Libye, l’Algérie, le Mali et le Niger : cela montre où vivent les Touaregs, un groupe ethnique minoritaire semi-nomade. Kadhafi a utilisé la richesse pétrolière de la Libye pour former, armer et financer un grand nombre de Touaregs pour combattre le soulèvement armé en 2011. Lorsqu’il est tombé, les Touaregs ont ramené les canons avec eux en Algérie et au Mali, où ils ont pris le contrôle du territoire. Au Mali, ils ont mené une véritable rébellion qui, pendant un temps, s’est emparée de la moitié nord du pays. Al-Qaïda s’est installé dans le vide qu’ils ont laissé, conquérant des villes entières au Mali et s’emparant des installations de combustibles fossiles en Algérie. Des entreprises criminelles ont prospéré dans cette zone semi-aride connue sous le nom de Sahel. Il en va de même des vastes routes migratoires, pour les Africains à la recherche de travail et d’une vie meilleure en Europe. Dans le même temps, le conflit armé s’aggrave au Nigeria et au Soudan, deux grands producteurs de pétrole. La chute de Kadhafi n’a pas été pas la seule cause de tout cela, mais elle a apporté la bonne combinaison de désordre, d’armes et de milices pour empirer les choses.

Des points de lumière

39- Cartographie d’après les connexions Internet (en haut) et d’après tweets (en bas)

Carte du haut : Gregor Aisch ; photo du bas : Eric Fischer

Ces cartes sont deux façons de voir quelque chose de similaire : la numérisation du Moyen-Orient. La carte du haut est en fait une carte de population : les points représentent des groupes de personnes, mais les points sont colorés pour montrer combien d’adresses IP il y a, ce qui signifie essentiellement combien de connexions Internet. Les zones bleues ont beaucoup de monde mais peu de connexions : ce sont les zones les plus pauvres, comme le Yémen, le Pakistan et la Syrie. Le blanc et le rouge montrent où il y a beaucoup de connexions : des pays riches comme Israël et les Émirats arabes unis, mais aussi des parties de l’Égypte, de l’Iran et de la Turquie, dont les populations sont de plus en plus connectées, avec des conséquences politiques énormes. La carte du dessous montre les tweets : beaucoup de points signifient beaucoup de tweets venant de cette région. Ils sont colorés selon la langue. Remarquez où ces deux cartes sont différentes : l’Iran a beaucoup de connexions Internet mais presque pas de tweets ; comme Facebook, Twitter a été interdit depuis les manifestations anti-gouvernementales de 2009. L’Arabie saoudite, quant à elle, s’illumine : sa population, de taille modeste, est remarquablement connectée. L’importance de cela est devenue évidente, par exemple, avec les campagnes menées par les médias sociaux en 2012 et 2013 par les femmes saoudiennes pour conduire en masse, en protestation contre l’interdiction des femmes au volant dans ce pays. Les conséquences de l’accès et du manque d’accès à Internet continueront certainement d’être importantes, et peut-être difficiles à prévoir, pour la région.

40- Le Moyen-Orient la nuit depuis l’espace

Observatoire de la terre de la NASA

Je conclurai avec cette carte pour regarder la région sans frontières politiques, sans démarcations démographiques de religion ou d’ethnicité, sans marqueurs de conflit ou de pétrole. Regarder la région la nuit, de l’espace, laisse ces distinctions s’effacer, pour la voir purement par sa géographie et illuminée par les gens qui l’habitent. Les lumières retracent les fleuves qui ont été si importants pour l’histoire du Moyen-Orient et du monde : le Nil en Égypte, le Tigre et l’Euphrate qui traversent l’Irak et la Syrie, l’Indus au Pakistan. Ils montrent également les communautés importantes, et dans de nombreux cas en croissance, le long des rives du golfe Persique, de la Méditerranée orientale et de l’extrémité méridionale de la Caspienne. C’est une belle image d’une très belle région du monde.

Source : Vox, Max Fisher, 26-03-2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Selon Stephen Harper, le populisme est là pour rester

Dans un extrait de son dernier livre publié par le National Post, Stephen Harper explique la montée du « populisme » aux États-Unis et en Europe. L’ex-premier ministre du Canada estime que les élites politiques et médiatiques vont payer cher le fait qu’elles ne comprennent pas ce mouvement et s’obstinent à le dénigrer.

 

Le National Post publie cet extrait du dernier livre de Stephen Harper, intitulé: Right Here, Right Now: Politics and Leadership in the Age of Disruption* (Ici et maintenant, la politique et le leadership dans une ère de bouleversements), l’ancien premier ministre du Canada, Stephen Harper, y défend l’idée que les «déplorables» ont quelque chose d’important à nous dire.

La montée du populisme – sur ce continent et au-delà – a été dénoncée par tous les partis de droite comme de gauche.
Mais comme l’écrit Stephen J. Harper dans cet extrait de son dernier livre publié en exclusivité par le National Post, les soi-disants “deplorables” qui ont voté de manière à vaincre les politiciens de l’establishment, méritent d’être écoutés avec attention. Leur inquiétude prouve que le globalisme cause de graves problèmes qui ne vont pas disparaître par enchantement.

« Si la politique vous intéresse, vous vous souviendrez longtemps du 8 novembre 2016. Pour ma part, je suivais la soirée du vote présidentiel dans le salon de mon sous-sol. Mon successeur intérimaire à la tête du Parti Conservateur du Canada, Rona Ambrose était présente. Le chef du Parti Conservateur Uni de l’Alberta, l’Honorable Jason Kenney était là également. Je ne m’attendais pas à ce que Donald J. Trump soit élu président, ce soir là. Mais contrairement à la plupart des observateurs, je pensais que c’était une possibilité. En arriver à ce constat m’avait pris un certain temps. Trump avait remporté la nomination du Parti Républicain et là, il était en train de remporter l’élection présidentielle. Alors, je me suis demandé : « Que s’est-il passé ? » J’aurais pu en déduire ce qu’en ont déduit la plupart des commentateurs.

Ces derniers avaient prédit que Trump ne pouvait pas gagner – qu’il ne pourrait jamais gagner – parce qu’il est un imbécile et un fanatique. Ils ont donc conclu que ses électeurs étaient, eux aussi, des imbéciles et des fanatiques. Mais c’était ceux qui entretenaient des idées préconçues aussi sottes qui se trompaient. Il est temps de soumettre ces suppositions à un ré-examen.

Voici donc mon ré-examen en résumé.

Une importante proportion d’Américains, incluant des Américains conservateurs, ont voté pour Trump parce que leurs affaires vont mal. Le monde de la globalisation ne fonctionne pas pour plusieurs de nos gens. Nous pouvons faire semblant de croire que leur perception est fausse, mais elle ne l’est pas. Nous avons maintenant le choix. Nous pouvons tenter de convaincre les gens qu’ils se méprennent sur ce qui affecte leur propre vie ou nous pouvons essayer de comprendre ce qu’ils expriment. Ensuite, nous serons en mesure de déterminer ce qu’il faut faire.

Les Conservateurs ont gagné la Guerre Froide. Ronald Reagan, Margaret Thatcher et leur génération ont résisté au communisme ailleurs dans le monde et au socialisme chez eux. Et ils ont très bien réussi. Nos valeurs – des sociétés libres, des libres marchés, le libre échange, la liberté de mouvement – se sont répandues à travers le monde. Le problème vient du fait que la globalisation a très bien réussi pour plusieurs peuples du monde, mais pas tellement pour plusieurs d’entre nous. À travers le monde, un milliard de gens – pour la plupart vivant dans des pays à économies émergentes de l’Asie – sont sortis de la pauvreté. Pourtant, dans plusieurs pays occidentaux, les revenus des travailleurs ont stagné ou diminué durant le quart de siècle qui vient de se terminer.

Ceci est particulièrement vrai aux États-Unis. Trump a compris cela.

Certains ont dénigré l’appel de Trump disant qu’il fallait rendre sa grandeur à l’Amérique comme étant simplement une expression de son chauvinisme, mais minimiser le caractère viscéral de son message anti-globaliste, c’est passé à côté de son sens profond.

Cet appel a été entendu et compris par ceux dans le Parti Républicain qui appuyaient Ronald Reagan et George W. Bush, et leur internationalisme énergique. Son message a aussi été entendu par un nombre important d’électeurs démocrates qui ont changé de camp, contribuant à l’élire président.

Dans mon esprit, il s’agit sans doute de la partie la plus facile à comprendre du phénomène Trump. L’Amérique a vécu une décennie et demie d’expériences en politique étrangère qui ont contribué à poser les balises de l’approche consistant à mettre l’Amérique en premier.

Pour commencer, il y a eu les guerres en Afghanistan et en Irak. Pour être tout à fait honnête, j’étais d’accord avec ces deux initiatives et j’appuie toujours la décision d’aller en Afghanistan.

Néanmoins, les tentatives d’édifications d’États-Nations ont coûté très cher en argent et en ressources humaines, sans grand succès. Lors de ces opérations, l’idée de faire la promotion des idéaux américains ailleurs dans le monde a reçu un coup fatal.

Cela a été suivi d’une nouvelle Administration décidée à éviter de trop s’étendre en multipliant les interventions. Résultat, la sécurité globale s’est encore plus détériorée. Ainsi, on peut tracer une ligne droite entre les résultats des politiques menées dans un passé récent et les orientations actuelles de l’Administration américaine.

Cela n’est qu’une partie de l’histoire. Ça n’explique pas les réactions viscérales, les négatives autant que les positives, envers le penchant «America First» de l’Administration Trump.

J’admet que ceux qui s’opposent fanatiquement au nationalisme me rendent plus perplexe que ceux qui l’appuient. Le nationalisme, ou du moins le patriotisme, m’apparaît comme un état plutôt normal des sentiments humains dans la plupart des pays, la plupart du temps.

L’idée qu’un pays place en premier ses propres intérêts m’est toujours apparue comme une maxime fondamentale des relations internationales.

Je ne souhaite pas réduire ces visions différentes du nationalisme à des changements de philosophies s’étant produits dans les partis politiques. Comme pour les différences concernant la globalisation des marchés et le commerce international, il se passe quelque chose de plus profond.

Trump, le Brexit et les mouvements populistes en Europe ont mis à jour un fossé existant dans les sociétés modernes occidentales.

La division se trouve, comme le décrit David Goodhart, entre: ceux qui vivent « n’importe où » et ceux qui vivent « quelque part ». La montée de la mondialisation au cours du dernier quart de siècle a transformé une partie de la population. Des professionnels urbains et universitaires se sont réellement orientés vers le reste du monde pour leur carrière et leur vie personnelle.

Supposez que vous êtes quelqu’un travaillant pour une firme de consultants internationale ou que vous êtes engagé dans une carrière universitaire à vocation mondiale. Vous pouvez vous réveiller à New York, Londres ou Singapour et vous sentir chez vous. Vous pouvez louer ou même posséder un logement dans chacune de ces villes. Votre travail n’est pas soumis à la concurrence des importations ou à la menace de changements technologiques. Vous pouvez assister (ou aspirer à assister) à la conférence de Davos. Vous avez probablement lu The Economist et, comme Thomas Friedman, vous croyez que le monde est vraiment plat. Votre conjoint ou partenaire a une expérience professionnelle similaire, bien qu’il ou elle vienne d’ailleurs dans le monde. Vous croyez au changement climatique et vous êtes méfiants à l’égard de la religion. Vous êtes sans équivoque en faveur du libre-échange et soutenez des niveaux élevés d’immigration. Vos valeurs peuvent être qualifiées de « cosmopolites ».

Ces personnes cosmopolites, les Anywheres, ou tout simplement « les globalistes », ont un attachement de plus en plus faible à l’État-nation. Leurs relations professionnelles, personnelles et même familiales sont de plus en plus souvent établies avec des personnes comme eux, originaires de divers pays.

Les exemples que je donne peuvent ressembler à des stéréotypes, mais il y a beaucoup de personnes, vivant une situation moins extrême, qui travaillent, étudient ou rejoignent des communautés au delà des frontières en passant par l’Internet.

Il y a beaucoup de ces gens, mais il y en a encore beaucoup d’autres qui ne leur ressemblent pas du tout.

Peut-être êtes-vous un ouvrier travaillant à la fabrication ou dans le commerce de détail, ou même un petit commerçant. Vous n’habitez probablement pas dans les quartiers centraux d’un grand centre d’affaires. Votre travail peut être perturbé, et l’est toujours, par la concurrence des importations et les changements technologiques. Vous êtes motivé par un travail stable et une vie décente. Vous et votre conjoint avez grandi dans la même collectivité où vous vivez et travaillez maintenant. Vos enfants fréquentent les écoles locales et votre parent vieillissant vit à proximité. Votre vie sociale est liée à une église locale, un club philanthropique, un restaurant-bar, une équipe sportive ou un groupe communautaire. Vous ne quittez votre région que pour de brèves vacances. Vos valeurs peuvent être qualifiées de « localistes ».

De tels localistes ou « Somewheres » sont beaucoup plus susceptibles d’être des nationalistes dans l’âme. La solidarité sociale est importante pour eux parce que leur avenir dépend de la société dans laquelle ils vivent.

Pour les Somewheres, le nationalisme est plus qu’un attachement émotionnel fort (même si habituellement il l’est) ; il est essentiel dans leur vie. Si les choses vont mal, ou si les choix politiques s’avèrent erronés, les Somewheres ne peuvent pas simplement déplacer leur vie ailleurs. Ils dépendent de l’État-nation.
Évidemment, les Anywheres dépendent tout autant de l’État-nation, qu’ils le reconnaissent ou non.

Après tout, ce sont les grands États-nations qui ont rendu possible la mondialisation. Dans la mesure où il existe des marchés mondiaux dotés de règles et de stabilité, ce sont les accords entre États-nations qui les ont créés.

Sans ces accords, le commerce international ne serait guère plus qu’échanges occasionnels et transactions ponctuelles. Pensez-y bien. Pour faire plus que des transactions occasionnelles, il faut investir dans les transports, les communications et la logistique. Le commerce international dépend de l’exécution des contrats, de la fourniture d’informations et de la prévention de la fraude. Il a besoin de devises stables, fiables et échangeables. Des arrangements doivent être faits afin que la distribution des produits soit en conformité avec les normes politiques établies.

Il est de bon ton chez les Anywheres de blâmer les mauvaises politiques nationales – et en particulier le populisme – pour l’instabilité et les incertitudes de l’économie mondiale. Parfois, elles sont effectivement à blâmer, mais pas si souvent. La « communauté mondiale » n’apporte que peu ou pas grand-chose dans la vaste gamme d’institutions et de pratiques dont les marchés ont besoin pour fonctionner adéquatement.

Jusqu’à présent, les fonctions essentielles des lois et règlements, de la stabilité monétaire et fiscale, de la gestion et de la résolution des conflits, des services sociaux et de la redistribution ont été assurées presque exclusivement par les États-nations. Laissée à elle-même, la mondialisation serait un modèle économique instable – comme elle l’était à la fin de 2008, jusqu’à ce que les grands États-nations interviennent.

Soit dit en passant, il ne va pas de soi de savoir à quoi ressembleraient ces institutions et ces pratiques si elles étaient appliquées à l’échelle mondiale. Les pays ne s’entendent tout simplement pas sur la façon d’assurer l’égalité des chances, la sécurité économique et l’innovation, de minimiser les risques pour la santé et l’environnement, d’assurer les emplois et la croissance, ni sur les résultats économiques ou les mœurs sociales et culturelles, encore moins sur la façon de choisir des modèles de gouvernance fondamentaux.

En d’autres termes, l’État-nation, avec tous ses défauts, est une réalité concrète. La « communauté mondiale » n’est guère plus qu’un concept. Les gens qui ont quelque chose à perdre sont forcément plus redevables à un fait important qu’à une simple notion.

C’est ici que je me sépare des Anywheres.

Les Anywheres semblent croire qu’ils peuvent choisir ce qu’ils veulent dans n’importe quel panier national. Les résultats économiques chinois, les protections juridiques américaines, la gouvernance européenne, les taxes panaméennes, etc. Et s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, ils affirment leur droit d’aller le chercher et de partir – en utilisant un passeport fourni par leur État-nation.

Je ne discute pas avec les Anywheres sur les avantages réels et encore plus importants de la mondialisation. Je ne suis pas d’accord avec cet état d’esprit mondialiste. Je me fous de savoir à quel point vous vous prenez pour un globaliste. Vous avez une certaine responsabilité en tant que citoyen envers un quelque part. Et si vous ne comprenez pas cela, alors vous vous comportez comme si vous n’aviez aucune responsabilité.

Partout où ils sont, ils sont loin de constituer la majorité de la population, mais à l’ère de la mondialisation, ils en sont venus à dominer notre politique. C’est vrai tant au centre gauche traditionnel qu’au centre droit. Le référendum Brexit donne un aperçu de la façon dont ces lignes de fracture peuvent se manifester.

Les Cosmopolites de Londres ont voté de rester dans l’UE à une majorité de trois contre un. Celle-ci n’a été rejointe que par des nationalistes écossais et irlandais, pour des raisons distinctes (et diamétralement opposées). La majorité des syndicalistes anglais, gallois et irlandais ont voté en faveur du Brexit et ont gagné.

Une dynamique similaire est apparue dans la politique américaine depuis un certain temps. Les Démocrates sont aujourd’hui un parti majoritairement urbain et côtier avec peu de sièges au Congrès et peu de gouverneurs dans les États du centre des États-Unis. Les Républicains sont de plus en plus exclus des grands centres cosmopolites, mais ils sont clairement majoritaires dans la plupart des autres endroits.

Je le dis ainsi : il y a un fossé grandissant entre les perspectives des institutions de toutes sortes – entreprises, banques, bureaucraties, universités, médias, divertissements – et celles de ceux qui ne s’identifient pas à ces institutions. C’est un clivage entre ceux dont les intérêts économiques sont mondiaux et ceux dont les intérêts sont locaux. Entre ceux dont la vie traverse les frontières et ceux qui y vivent.

Entre ceux dont les identités sont internationales et multiculturelles et ceux dont les identités sont nationales et traditionnelles. Plus important encore, c’est de plus en plus un fossé entre ceux qui croient qu’ils vont de l’avant et ceux qui voient qu’ils font du surplace.

Bien entendu, cela ne se limite pas à l’Amérique. La même dynamique – « élites » contre « populistes » – est à l’origine du résultat inattendu du référendum pour le Brexit. Quelque chose de similaire se produit également en Europe, alors que l’espace occupé par les partis politiques traditionnels du centre-droit et du centre-gauche se réduit progressivement face aux mouvements politiques insurgés.

Je ne sais pas si la présidence de Donald Trump va réussir ou non. Mais ce que je sais, c’est que les questions qui ont donné lieu à sa candidature ne vont pas disparaître. Elles ne feront qu’augmenter. Et si elles ne sont pas confrontées honnêtement et traitées correctement, elles vont s’aggraver.

Il en résulte que les succès de Brexit et de Trump laissent entrevoir un possible réalignement politique d’une importance beaucoup plus large et à plus long terme. Si les réalités économiques et sociales sous-jacentes continuent à diverger entre les élites et les travailleurs ordinaires, ces schémas politiques vont se renforcer. Des politiciens ambitieux et entreprenants,(…) puiseront effectivement dans les valeurs populistes.

Le populisme actuel n’est pas dans le tout ou rien. Certains populistes ont des griefs légitimes avec le consensus de l’élite. (…) Ce qui se passe exige de la compréhension et de l’adaptation, et non une attitude dogmatique et de la condescendance.

Les populistes ne sont pas des « déplorables » ignorants et malavisés. Ce sont notre famille, nos amis et nos voisins. Les populistes sont, par définition, le peuple.

Dans un système démocratique, les gens sont nos clients. Et, selon les valeurs de marché conservatrices, le client a toujours raison. Une partie de l’élaboration de ces solutions de rechange consiste à remettre en question certaines idées préconçues sur le populisme. Le populisme n’est pas totalement incompatible avec les marchés, le commerce, la mondialisation et l’immigration. Ma propre carrière politique en est la preuve.

Mon mandat de premier ministre s’est surtout déroulé pendant et après la crise financière mondiale. Sous mon gouvernement, le Canada a évité le pire de la crise et en est sorti plus fort. Pour les Conservateurs canadiens, il s’agit du gouvernement qui a servi le plus longtemps depuis 1891. À tout point de vue, nous avons laissé le pays en bonne santé. Aucune insurrection populiste n’a surgi à notre droite et, par conséquent, depuis notre retour dans l’opposition en 2015, nous sommes restés un parti fort et uni.

Grâce à nos nombreux succès – et à nos bévues occasionnelles – les Conservateurs canadiens ont mis en œuvre bon nombre de politiques et de stratégies nécessaires pour relever les défis auxquels les sociétés occidentales sont actuellement confrontées. J’appelle cette approche « conservatisme populiste ». Qu’est-ce que le conservatisme populiste ? Il s’agit de mettre les valeurs et les idées conservatrices au service des travailleurs et de leurs familles. Il s’agit d’utiliser des moyens conservateurs à des fins populistes.

Je suppose que mon populisme résulte du fait que je suis passé par l’école publique et issu de la classe moyenne. Cette expérience m’a appris l’importance de rendre les politiques pertinentes pour les familles de travailleurs. La victoire bouleversante de Donald Trump et les dix-huit premiers mois tumultueux de son mandat ont donné lieu à de nombreuses prédictions sur notre avenir politique.

Certains prétendent que le conservatisme est « mort ». D’autres disent la même chose du populisme. Mais rien de tout cela ne change les forces qui ont mis Trump au pouvoir. Le populisme sera avec nous tant que les hommes, les femmes et les familles qui travaillent continueront de faire face aux pressions économiques et sociales actuelles et que les partis politiques traditionnels ne s’adapteront pas. (…)

L’élaboration des politiques ne se fait pas dans le cadre d’une version théorique de la réalité. Cela se produit dans le monde réel, avec des compromis, des options imparfaites et des considérations non économiques. Il y a beaucoup de nécrologies qui sont écrites, parlant du déclin de l’Occident en général et de l’Amérique en particulier. Celles-ci contiennent quelques éléments de vérité.

Pour nombre de leurs auteurs, cependant, un tel déclin serait de toute évidence une évolution positive.

Je ne partage pas ce point de vue. Il ne fait aucun doute que le monde occidental – en particulier les États-Unis – traverse une période de tumulte et de perturbation. Néanmoins, les sociétés capitalistes démocratiques ont toujours fait preuve d’un dynamisme, d’une résilience et d’une adaptabilité inégalés. Je suis convaincu qu’avec les bonnes idées, les bons choix et le bon leadership, nous sortirons de cette ère meilleurs et plus forts.

Il y a beaucoup de gens qui semblent souhaiter que les événements de 2016 ne se reproduisent pas. Des éléments influents au Royaume-Uni – ceux que l’on appelle sarcastiquement les  » Remoaners  » (les Pro-remain qui gémissent) – cherchent à renverser le vote en faveur du Brexit ou, à tout le moins, à obtenir un accord avec l’Union européenne qui s’inspire des relations actuelles avec le Royaume-Uni.

Aux États-Unis, une grande partie du narratif anti-Trump montre un désir de nier la simple réalité: le fait qu’il a gagné parce qu’assez de gens dans assez de régions ont volontairement voté pour lui. Dans les deux cas, l’espoir sous-jacent est que les choses « redeviendront » telles qu’elles étaient avant.

Mais ce n’est pas la tendance. Les mouvements populistes, nationalistes et anti-establishment

continuent de se développer. Il suffit de regarder l’Europe.

Une analyse de 22 pays européens réalisée fin 2017, a révélé que le soutien à ces partis est à son plus haut niveau depuis au moins trois décennies.

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De récents votes aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Italie et ailleurs ont vu ces options faire des gains importants aux dépens du centre gauche traditionnel et du centre droit. Dans certains cas, ils sont sur le point de prendre le pouvoir. Même là où ils ne le sont pas, ils rendent souvent longue et laborieuse la formation de coalitions gouvernementales.

Mon diagnostic est simple : la tendance populiste ne s’arrêtera pas tant que les problèmes qui l’animent ne seront pas résolus. Il est vrai que ces nouvelles alternatives populistes risquent de ne pas être à la hauteur aux yeux d’un grand nombre de leurs adeptes. Mais la nature humaine étant ce qu’elle est, il est peu probable que ceux qui seront déçus « reviennent ». Pour les raisons qui les ont poussés à partir, ils passeront à autre chose.

Plus j’observe ces grandes surprises politiques, plus j’estime qu’elles n’auraient pas dû être des surprises. Nous vivons à une époque de bouleversements d’une ampleur, d’une portée et d’un rythme sans précédent. Des industries entières vont et viennent. Les nouvelles technologies redonnent du travail aux collectivités. Les normes culturelles changent presque au hasard. Apparemment, aucune institution ni aucun aspect de la vie traditionnelle n’est à l’abri.

Il est compréhensible – voire prévisible – que les travailleurs ordinaires soient anxieux dans de telles circonstances. De plus, les données indiquent qu’un grand nombre d’entre eux subissent des conséquences graves et négatives. Ainsi, de vastes perturbations sociales se transforment en perturbations politiques généralisées au fur et à mesure que la nuit suit le jour. Et cette tendance se poursuivra si les options politiques traditionnelles, tant conservatrices que libérales, maintiennent leurs façons de faire actuelles.

Par conséquent, nous devons élaborer un programme qui, tout en étant fondé sur nos valeurs durables, est axé sur les problèmes auxquels les travailleurs et leurs familles sont confrontés aujourd’hui.

Il doit en particulier répondre aux préoccupations populistes concernant l’économie de marché, le commerce, la mondialisation et l’immigration.

En s’attaquant à ces problèmes, les Conservateurs devraient continuer à avoir à cœur d’être favorables au marché, au commerce, à la mondialisation et à l’immigration. Aller dans une direction complètement opposée dans l’un ou l’autre de ces domaines serait une grande erreur qui aurait de graves ramifications.

Mais être pro-marché ne signifie pas que toutes les réglementations doivent être démantelées ou que les gouvernements ne doivent jamais intervenir. Le fait d’être en faveur du commerce international n’implique pas qu’un arrangement commercial soit bon. Le fait d’être pro-mondialisation ne devrait pas entraîner l’abdication de la loyauté ou de la responsabilité à l’égard de nos pays. Et être pro-immigration ne devrait jamais signifier sanctionner l’effacement de nos frontières ou ignorer les intérêts de nos citoyens.

Bref, le fait d’être pro-quelque chose n’est pas une excuse pour des divergences idéologiques. Il s’agit de revenir à des applications pragmatiques de nos valeurs et de sortir de l’abstraction théorique dans nos actions. En matière de politique publique, il s’agit de retrousser nos manches, de connaître les détails et de surveiller les répercussions sur la vie des gens. Oui, nous avons une orientation générale, mais cela ne rend pas tous les choix évidents ou faciles.

On peut appeler cela du « conservatisme populiste » ou du « conservatisme appliqué », mais, à mon avis, c’est vraiment du conservatisme. Le conservatisme consiste à voir le monde tel qu’il est et à appliquer les leçons de l’expérience à de nouveaux défis. Il est fondamentalement populiste en ce sens qu’il s’intéresse nécessairement aux gens plutôt qu’aux théories.

Le chroniqueur conservateur Charles Krauthammer a écrit un jour que « si nous ne faisons pas de la politique correctement, tout le reste risque de disparaître ». Cela semble un peu hyperbolique, mais de mauvaises relations humaines peuvent tout gâcher. Une politique stable et réactive est un ingrédient essentiel d’une société forte et dynamique. Les endroits où la politique échoue sont invariablement confrontés à des défis économiques et sociaux encore plus importants.

La politique n’est pas tout, mais elle est essentielle pour fournir un cadre permettant aux individus, aux familles et aux collectivités de réussir. La politique d’aujourd’hui est exceptionnellement troublée. C’est une grande ironie. Nous vivons une période excitante. Notre époque en est une de plus grande richesse pour un plus grand nombre de personnes que jamais auparavant. Nous vivons plus longtemps et en meilleure santé. Les développements technologiques ouvrent les portes des possibilités humaines

Mais pour saisir ces occasions, nous devons nous assurer que nous faisons de la bonne politique. Que vous acceptiez ou non mon analyse et mes prescriptions, j’espère qu’elles vous amèneront à réfléchir à ce que nous pouvons faire en cette période de perturbation sans précédent pour y parvenir, ici et maintenant.

* Extrait de Right Here, Right Now : Politics and Leadership in the Age of Disruption par Stephen J. Harper. Copyright © 2018 Harper & Associates Consulting, Inc. Publié par Signal, une marque de McClelland & Stewart, division de Penguin Random House Canada Limited. Reproduit avec l’accord de l’éditeur. Tous droits réservés.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

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Bosnie : l’ombre du nationalisme plane sur le pays, au lendemain des élections générales

Un équilibre fragile, mis à l’épreuve en Bosnie.

Plus de 3 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes dans ce pays où chaque communauté, bosniaque, serbe et croate a choisi ses représentants.

Le nationaliste serbe Milorad Dodik a été élu à la tête de la présidence tripartite, une zizanie entre Croates et Bosniaques: la crise politique menace dans une Bosnie qui s’est réveillée lundi toujours aussi divisée .

Certains n’hésitent pas à appeler au démantèlement du pays. L’un des candidats de la communauté serbe, Milorad Dodik, souhaite le rattachement de l’entité serbe, à la Serbie voisine. De son côté, l’une des figures de la communauté croate veut la dislocation de la Fédération croato-musulmane, l’autre entité qui compose la Bosnie et créer une entité croate autonome.

Deux voix qui tendent à creuser les écarts entre les différentes communautés et qui veulent affaiblir l’État central, au risque d’éveiller, les divisions territoriales. Entre 1992 et 1995, Serbes, Croates et Bosniaques se sont affrontés dans un conflit qui a fait 100 000 morts

« Turbulences sérieuses », « crise inédite »: des responsables ont exprimé leurs craintes sans attendre les résultats complets du scrutin, prévus lundi.

Il s’agissait de désigner la présidence tripartite collégiale, mais aussi les assemblées parlementaires d’un pays aux institutions tellement complexes que beaucoup les jugent dysfonctionnelles.

Ce scrutin apparaît comme un nouveau coup aux institutions nées des accords de Dayton qui avaient mis fin au conflit intercommunautaire de 1992-95 (100.000 morts) en dessinant selon des lignes identitaires un pays divisé en deux entités largement autonomes, la République serbe de Bosnie (Republika Srpska) et une fédération croato-bosniaque, réunies par un faible Etat central.

 

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Jens Stoltenberg explique aux Serbes pourquoi l’Otan a bombardé la Yougoslavie

Les bombardements otaniens, qui ont fait environ 2.500 morts en Yougoslavie en 1999, avaient pour objectif de protéger le peuple serbe contre le régime du Président Slobodan Milošević, a déclaré le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, lors de sa visite à Belgrade.

Arrivé aujourd’hui à Belgrade pour une visite de trois jours, Jens Stoltenberg a justifié les bombardements que l’Otan a effectués sur le territoire de la Yougoslavie en 1999.

«J’ai indiqué que nous l’avons fait pour protéger la population civile et pour empêcher le régime de Milošević de poursuivre ses actions», a-t-il expliqué.

Il a également souligné que la chose la plus importante était de «regarder vers l’avenir».

M.Stoltenberg doit rencontrer aujourd’hui le Président serbe, Alexandre Vučić. L’adhésion du pays à l’Otan n’est pas au programme de leur entretien parce que la Serbie veut «garder son neutralité», a rappelé M.Vučić.

Selon un sondage dont les résultants ont été publiés le 24 mars 2018, 84% des Serbes étaient contre l’adhésion à l’Otan. Dans le même temps, 62% des personnes interrogées ont déclaré qu’elles n’accepteraient même pas les excuses de l’Alliance pour les bombardements.

En 1999, pendant 11 semaines, l’Otan a bombardé la Yougoslavie. Cette opération a fait 2.500 morts. Il ne s’agit là que d’un préjudice direct. Les avions de l’Otan ont largué près de 15 tonnes d’uranium appauvri sur le territoire serbe.

Il en résulte 5.500 cas de cancer enregistrés pour un million d’habitants, la Serbie arrive de nos jours en première position en Europe par le nombre de décès dus au cancer.

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Les cyberagressions russes… Un merveilleux outil de propagande occidental

Philippe Migault revient sur les accusations de cyberattaques russes lancées par plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni. L’expert en Défense est plus que sceptique : «Quand il s’agit de cyberguerre on peut raconter n’importe quoi.»

Le cyberespace : les «Occidentaux» ne pouvaient choisir meilleur terrain pour engager leur nouvelle offensive concertée contre la Russie.

Prenez quelques notions chères aux geeks, telles la «cyberwar», le «dark net», les «hackers»… Tout le monde a déjà entendu ces termes. Ils résonnent, dans la plupart des esprits, comme des univers complexes, dont on a du mal à tracer les contours – dans la mesure d’ailleurs où ceux-ci existent – et dont on comprend confusément l’importance et les périls comme l’immensité des champs d’application. L’écrasante majorité d’entre nous n’est absolument pas en mesure d’apporter un jugement un tant soit peu documenté sur les informations s’y référant. Qu’importe, c’est justement ce qu’il faut.

Ajoutez quelques mots magiques : «GRU», «services secrets»… et vous avez tous les ingrédients d’un bon thriller techno grand public, riche en fantasmes et dont le méchant a depuis 70 ans l’accent russe.

Les récentes accusations britanniques contre la Russie, relayées par les Canadiens, les Néerlandais, les Français, les Américains, l’OTAN, l’Union européenne, bref, les gentils, s’inscrivent pile-poil dans cette veine.

Pour la scène d’ouverture choisissez un poste de commandement aux allures futuristes, une soucoupe volante bourrée d’émules de 007, le GCHQ britannique.

Puis un ministre britannique à la fois souriant, courtois et au maintien raide, sorti tout droit de The Crown, Jeremy Hunt, patron du Foreign Office.

Celui-ci évoque de nouvelles sanctions contre la Russie, dont un service de renseignement aurait conduit toute une série d’actions contre les intérêts occidentaux depuis des années, empoisonnements, cyberattaques, vols de documents, agressions dont les Britanniques auraient les preuves.

Là, on est entre Ian Fleming et Tom Clancy. Du bon, du très bon.

Et il ne s’agit pas de n’importe quel service secret russe. On parle ici du GRU. L’éternelle machine à fantasmes. «Le plus secret des services soviétiques», puis – on ne change pas un acteur qui colle au rôle – «le plus secret des services russes».

Le GRU, plus toxique que le SVR, plus brutal que le FSB, plus secret et redoutable que tous les services émanant de la matrice Tcheka. Le service dont les hommes, tireurs d’élite, tous rompus au Sistema et au combat nocturne, arborent pour emblème une chauve-souris éloquente…

Le souci est que la dénonciation de ces attaques cyber n’est accompagnée d’aucune preuve.

Le ministre britannique des Affaires étrangères évoque l’intrusion russe dans les ordinateurs du Parti démocrate américain qui, dévoilant les manœuvres malhonnêtes d’Hillary Clinton, lui auraient coûté son échec aux présidentielles. Mais celle-ci, en dépit de multiples rapports au ton courroucé, n’a jamais été prouvée.

La cyberguerre se fonde sur des faisceaux de présomptions, jamais sur des certitudes

Hunt parle aussi d’une attaque contre l’Agence mondiale antidopage, qui, on s’en souvient, avait suspendu les athlètes russes de compétitions. Très bien. Quels éléments à charge peut-il produire ?

Il est facile d’accuser des groupes de hackers russes aux dénominations fantaisistes, «Fancy Bear», «Sandworm», qui ne seraient que des prête-noms derrière lequel on retrouverait le GRU. Mais Hunt peut-il nous dire comment les services britanniques ont réussi à remonter la piste cyber les menant, à coup sûr, rue Grizodoubovoy, dans l’antre de la chauve-souris ? Non. Parce qu’aucun service ne le peut. Parce que la cyberguerre se fonde sur des faisceaux de présomptions, jamais sur des certitudes. Sauf que tout cela est quand même un peu gros. Que le GRU a bon dos.

On le met à toutes les sauces. Il est pris dans tous les sales coups. De l’empoisonnement raté des Skripal à des vols de documents dans une affaire de dopage. De dopage… Comme si l’équivalent de notre DRM n’avait rien d’autre à faire.

L’accusation contre le GRU ne tient pas la route

En plus ses agents sont nuls. Ils se font attraper comme des bleus, par des amateurs, tels les cyberjusticiers de Bellingcat. On les identifie facilement parce que leur «Q» est suffisamment idiot pour leur fournir des faux passeports dont les numéros se suivent.

Curieux non pour l’élite des espions russes ?

Leur mise en cause, de surcroît, intervient exactement au moment où les Britanniques annoncent que leur Centre national de sécurité informatique (NCSC), qui a identifié ces agressions, devrait bientôt être au centre d’une task force de cyberguerre, regroupant plus de 2 000 salariés, entité qui devrait exiger un investissement de plus de 250 millions de livres sterling.

Ça tombe bien, non, au moment où l’appareil de défense britannique est en opposition ouverte à Theresa May rognant sur son budget ?

Evidemment, ce raisonnement et ces remarques sont l’émanation d’un auteur malhonnête puisque collaborateur de RT… Mais cela fait partie du tableau général. Quand il s’agit de cyberguerre on peut raconter n’importe quoi. Accuser n’importe qui. Sans jamais rien produire de tangible à l’appui. Les barbouzes et les journalistes ont ce privilège en commun.

 

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Le juge Kavanaugh confirmé à la Cour suprême des Etats-Unis après plusieurs semaines de contestation

Le Sénat a confirmé la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême des Etats-Unis par 50 voix contre 48, offrant une victoire à Donald Trump face aux démocrates. Le magistrat va donner une teinte conservatrice à la plus haute juridiction du pays.

Les accusations de dernière minute – non corroborées – d’agressions sexuelles à son encontre n’auront finalement pas pesé dans la balance : Brett Kavanaugh a été confirmé à la Cour suprême ce 6 octobre par les sénateurs américains. Ces derniers ont majoritairement voté selon leur affiliation politique, pour un résultat de 50 voix en sa faveur contre 48 en sa défaveur.

A quelques semaines des élections de mi-mandat, capitales pour conserver une majorité républicaine et pouvoir gouverner, la séquence politique tourne à l’avantage du président américain Donald Trump. Le parti démocrate avait en effet mis un point d’honneur à bloquer cette nomination, électrisant comme rarement le pays.

Les vidéos de militants d’organisations (accusées d’être liées à George Soros) qui invectivent violemment des sénateurs républicains ont, par exemple, fait le tour de la toile, tout comme les nombreuses manifestations, très médiatisées, qui se sont déroulées aux Etats-Unis depuis deux semaines. Cette colère a pris racine dans les graves accusations portées contre du Brett Kavanaugh, formulées par Christine Blasey Ford.

Elle affirme qu’un soir d’été en 1982, alors qu’elle allait aux toilettes, Brett Kavanaugh et un ami, Mark Judge, «totalement ivres» l’auraient isolée dans une chambre. Après l’avoir poussée sur un lit, le futur juge se serait jeté sur elle, tentant de la déshabiller tout en la touchant partout sur le corps.

L’avocat Michael Avenatti, que de nombreux commentateurs voient dans la peau du candidat démocrate à la présidentielle de 2020, n’a quant à lui pas hésité à rapporter le témoignage d’une de ses clientes, assurant que le magistrat choisi par Donald Trump avait participé dans sa jeunesse à des viols collectifs. Le FBI, dans l’enquête qu’il a menée sur le juge Kavanaugh, n’est pas parvenu à trouver la trace d’un comportement inapproprié de la part de celui qui siégera désormais à la Cour suprême.

Une défaite amère pour le Parti démocrate

La tension est encore montée d’un cran ces derniers jours lorsque Jackson Cosko, un assistant travaillant pour des sénateurs démocrates, a publié sur Wikipédia les informations personnelles, dont l’adresse exacte, de trois sénateurs républicains. Du doxxing, pratique consistant à rechercher et à révéler sur internet des informations sur l’identité et la vie privée d’un individu dans le but de lui nuire. Arrêté le 4 octobre, le jeune homme de 27 ans risque une lourde peine de prison.

Après tous ces efforts, la défaite n’en est que plus amère pour le Parti démocrate. Elle pourrait même lui coûter davantage. Si l’on croit les récents sondages, le cirque politique offert au monde dans le cadre de cette nomination profite ainsi aux républicains et au président, qui progressent sensiblement dans les sondages.

Le non-respect par l’état-major démocrate du «procès équitable» ( le due process), principe fondateur de la justice américaine selon lequel il revient à l’accusation d’apporter les preuves de la culpabilité de l’accusé, semble avoir clairement joué en sa défaveur. Une double défaite donc, maintenant que Brett Kavanaugh donne une majorité conservatrice à la Cour suprême.

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«On nous oblige à devenir maltraitants» : la lanceuse d’alerte des Ehpad témoigne (ENTRETIEN)

Hella Kherief, aide-soignante de 29 ans, a été congédiée par l’hôpital qui l’employait après avoir dénoncé les dérives des Ehpad dans l’émission Envoyé spécial. Elle a confié à RT France ne rien regretter et souhaiter faire avancer les choses.

Sale temps pour les lanceurs d’alerte. Après avoir révélé dans une émission les conditions de vie intolérable des résidents de certains Ehpad privés, l’aide-soignante Hella Kherief a été convoquée par l’hôpital qui l’employait en intérim depuis deux ans. Alors qu’elle y avait signé un CDI trois semaines auparavant, elle s’est vu signifier la fin de sa période d’essai, sans explication. Pourtant l’établissement ne faisait même pas partie des maisons de retraite visées par l’enquête.

La jeune femme de 29 ans, mère de deux enfants, ne baisse pas les bras et compte continuer à se battre pour alerter sur le fonctionnement scandaleux de ces Ehpad privés qui, selon elle, éreintent le personnel et maltraitent les pensionnaires. Elle va entamer une démarche prud’homale et prévoit une conférence de presse nationale.

RT France : Quelles sont les raisons que vous a données l’hôpital qui vous a congédiée un jour après la diffusion de l’émission Envoyé spécialsur France 2 ?

Hella Kherief : Aucune. J’étais en période d’essai jusqu’au 24 septembre, et le 21, le cadre supérieur m’a appelée et m’a dit : «Hella, on arrive en fin de période d’essai, on va faire un entretien lundi». Le matin de l’entretien, il était très froid et m’a dit que ça ne convenait pas et qu’on arrêtait le contrat. J’ai répliqué : «Mais qu’est-ce qui se passe ? C’est quand même troublant : je passe dans une émission, le lendemain vous m’appelez. Vous me laissez travailler le week-end, et là vous me dites qu’on arrête le contrat !» Il a haussé les épaules, en m’annonçant que l’ordre ne venait pas de lui, mais du directeur. J’ai demandé si c’était lié à l’émission et je n’ai pas eu de réponse. Il a déclaré qu’en période d’essai, on n’est pas obligé de donner les motifs.

Je suis rentrée chez moi complètement démolie. J’ai appelé mon avocat, mon syndicat. C’est un peu grâce à eux que je me bats car je suis soutenue.

RT France : Aviez-vous déjà connu une telle mésaventure par le passé, en voulant dénoncer des abus dans les maisons de retraite ?

Hella Kherief : Oui, mais pas parce que j’en avais parlé à la télévision… Je n’ai témoigné que plus tard dans les émissions. J’avais en réalité dénoncé des cas de maltraitance en interne au sein du groupe Korian. J’avais envoyé des courriers en recommandé, averti les tutelles, l’inspection du travail. En conséquence, j’ai été licenciée par Korian.

RT France : La loi sur le secret des affaires pénalise les lanceurs d’alerte. Vous venez de perdre votre travail… Que pensez-vous de ce climat qui empêche de dénoncer les dysfonctionnements des entreprises ? 

Hella Kherief : Je me demande pourquoi la loi qui oblige à dénoncer la maltraitance a été créée. Celle qui est placardée partout dans les établissements, puisque quand on la respecte, on subit les pires outrages. Il faut m’expliquer pourquoi le gouvernement ne défend pas les personnes qui appliquent les lois qu’il a mises en place. En revanche, quand ces grosses boîtes déposent plainte pour diffamation, on se fait convoquer au commissariat comme des malpropres. Ça m’est arrivé quand j’ai dénoncé les cas de maltraitance dans le groupe Korian. Heureusement, leur plainte été classée sans suites car ce que j’avais révélé était vrai.

RT France : Aujourd’hui, vous n’avez plus d’emploi. Regrettez-vous d’avoir parlé ?

Hella Kherief : Je ne regrette en aucun cas tout ce que j’ai pu dire et faire. Si c’était à refaire, je recommencerais à l’identique. Parce que ce n’est pas une parole individuelle, mais celle de tous les soignants qui n’ont pas osé le dire. Il est déjà très difficile de parler en caméra cachée, car les gens ont peur d’être reconnus. Mais tant pis s’il faut se sacrifier pour tous les soignants et les résidents. Nous battre pour nos aînés est un devoir de citoyen.

RT France : Quelle est la situation aujourd’hui dans les Ehpad ?

Hella Kherief : Il y a une pénurie d’aides-soignants partout. De très nombreuses personnes sont en burn-out. Nos conditions de travail ne sont pas faciles : l’institution nous oblige à devenir maltraitants. Lorsqu’on dispose seulement de trois couches par jour par patient et qu’il est souillé, que faire ? Je rentrais chez moi le soir et je pleurais à cause des scènes vécues dans la journée.

On se sent responsable de communiquer là-dessus. Je me dis aujourd’hui qu’au moins, j’aurais dit les choses. Nous sommes des millions d’aide-soignants à subir les mêmes problèmes. Ma prise de parole a permis de libérer un peu celle des autres professionnels. Des familles, des résidents sont aussi passés par là, et enfin, le débat est mis sur la table. Il aura peut-être fallu que je me fasse licencier pour cela.

Je ne fais pas cela pour dénigrer les groupes ou mettre à mal un établissement, mais pour qu’on améliore les choses. Quand une famille arrive et voit sa mère qui n’est pas levée à midi, ça donne envie de pleurer. Je parle pour faire avancer les choses, pour que ça change.

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Le témoignage «explosif» d’un agent du FBI fait voler en éclat la collusion entre Trump et Moscou

Un ex-responsable du FBI a confié au Congrès que l’enquête sur la supposée collusion entre Donald Trump et Moscou n’avait pas été menée de façon normale. L’agence aurait collaboré avec le Parti démocrate pour nuire à l’adversaire d’Hillary Clinton.

C’est une révélation à même de transformer durablement le paysage politique américain : James Baker, un ancien haut responsable du FBI, a livré un témoignage «explosif» sur la façon dont la police fédérale avait géré l’enquête sur la supposée collusion entre Donald Trump et la Russie.

Un témoignage fait à huis clos à l’occasion d’une enquête diligentée par le Congrès, mais dont le député républicain Mark Meadows, présent au moment de la déposition, a confié à Fox News les grandes lignes, tout en restant suffisamment vague pour des questions légales. «Certaines des choses qui ont été partagées sont de nature explosive», a-t-il lancé, assurant que James Baker avait confirmé de manière claire que l’enquête avait été menée de «manière anormale».

Alors que par essence le FBI se doit d’être une institution apolitique, l’enquête ouverte par les agents Peter Strzok et Lisa Page – comme l’a notamment révélé leurs échanges de messages – reflétait un parti pris politique certain contre Donald Trump. «C’est extrêmement troublant», a commenté Mark Meadows auprès de la chaîne américaine.

Si ces informations ne sont pas vraiment nouvelles, elles se voient ainsi confirmées par l’ex-bras droit de l’ancien directeur FBI, James Comey, et prennent donc un poids considérable. D’autant que d’après Mark Meadows, James Baker s’est largement confié sur la genèse de l’enquête sur la supposée collusion entre Donald Trump et la Russie, ainsi que sur la mise sous surveillance par l’agence d’un des responsable de la campagne électorale du milliardaire, dès 2016.

Collusion du FBI  et du parti démocrate contre Donald Trump?

C’est là que l’histoire prend une tournure à même de sérieusement mettre à mal l’état-major du parti démocrate (DNC). D’après le site d’information The Hill, l’enquête menée par le Congrès a permis de déterminer que James Baker avait rencontré avant l’élection présidentielle au moins un responsable de Perkins Coie, le cabinet d’avocats privé avec lequel travaille le DNC.

Or, c’est à travers Perkins Coie que le DNC, ainsi l’équipe de campagne d’Hillary Clinton, ont secrètement payé (via l’entreprise Fusion GPS) Christopher Steele, un ancien agent du renseignement britannique. Ce dernier a alors compilé un dossier de renseignements bruts non corroborés, alléguant que Donald Trump et Moscou étaient de connivence pour détourner le déroulement normal de l’élection présidentielle. Le dossier en question, bien que comprenant des informations non vérifiées, a ensuite été utilisé par le FBI comme élément principal afin de requérir un mandat en vertu de la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), pour pouvoir mettre sur écoute l’équipe de campagne de Donald Trump.

En d’autres termes, le FBI a utilisé un dossier qu’il savait partisan, douteux et destiné à vaincre Donald Trump – car in fine financé par le DNC – pour mettre sur écoute l’un des responsable de la campagne électorale du milliardaire.

Une information que l’agence a omis de transmettre à la Cour FISA, lorsqu’elle lui a demandé un mandat pour pouvoir mettre en œuvre sa surveillance. «C’est une révélation explosive, qui montre sans équivoque que la véritable collusion pour détourner l’élection s’est déroulée entre le FBI et l’opposition à Donald Trump – le DNC, Hillary [Clinton] et un agent du renseignement britannique haïssant Donald Trump – plutôt qu’une conspiration entre [Vladimir] Poutine et [Donald] Trump», a confié une source anonyme à The Hill.

La déclassification des documents FISA, réclamée avec insistance par Donald Trump devrait donc permettre d’y voir plus plus clair et d’exonérer une fois pour toute la Russie des accusations d’ingérence dans la campagne présidentielle américaine, répétée à l’envi par les médias Outre-Atlantique. A quelques semaines des élections capitales de mi-mandats, il y a fort à parier que cela devienne une «surprise d’octobre» d’ampleur, comme seule la politique américaine en réserve.

 

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Défense russe: 73 personnes auraient trouvé la mort dans un laboratoire US en Géorgie

73 personnes seraient mortes lors des tests d’un médicament du groupe américain Gilead Sciences menés en Géorgie, a déclaré mercredi le commandant des forces russes de protection radiologique, chimique et biologique Igor Kirillov.

Les tests du médicament Sovaldi fabriqué par la compagnie américaine Gilead Sciences ont fait au total 73 morts en Géorgie, a annoncé le commandant des forces russes de protection radiologique, chimique et biologique Igor Kirillov se référant à des documents fournis par l’ex-ministre géorgien de la Sécurité nationale Igor Guiorgadze.

Il a rappelé que l’ex-chef du Pentagone Donald Rumsfeld détenait une participation dans Gilead Sciences.

Selon lui, les premiers tests du médicament indiqué pour le traitement de l’hépatite C ont entraîné la mort de 24 personnes, alors que 49 patients sont décédés pendant les tests ultérieurs.

«Les documents nous montrent que les tests ont provoqué de nombreux morts […]. Pourtant, en dépit de la mort de 24 personnes en décembre 2015, les essais cliniques ont été poursuivis en violation des normes internationales et contre le gré des patients», a fait savoir l’officier.

Auparavant, l’ancien ministre géorgien de la Sécurité nationale (1993-1995), Igor Guiorgadze, avait affirmé que des spécialistes américains menaient des expériences sur des humains dans un laboratoire situé dans cette ex-république soviétique.

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Refuser une PMA aux lesbiennes n’est pas discriminatoire, selon le Conseil d’Etat

Saisi par un couple de femmes auquel une demande de procréation médicalement assistée avait été refusée, le Conseil d’Etat a statué que ce rejet n’était pas contraire au principe d’égalité.

Pour le Conseil d’Etat, exclure un couple lesbien d’un protocole de procréation médicalement assistée (PMA) n’est pas discriminatoire. Dans un arrêt rendu le 28 septembre, la juridiction a estimé que «la différence de traitement […] entre les couples formés d’un homme et d’une femme et les couples de personnes de même sexe […] n'[était] pas contraire au principe d’égalité».

Pour les juges, «le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général».

La plus haute juridiction administrative avait été saisie début juillet d’une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par un couple de femmes après que le CHU de Toulouse leur eut refusé leur demande de PMA en avril. Le couple, dont les problèmes d’infertilité ont été médicalement diagnostiqués, estime que la loi actuelle, qui réserve la PMA aux couples hétérosexuels infertiles ou risquant de transmettre une maladie à l’enfant, «méconnaî[t] le principe d’égalité devant la loi», selon l’arrêt du Conseil d’Etat. D’après les deux lesbiennes, cette «différence de traitement entre les couples souffrant d’une infertilité médicalement diagnostiquée, selon qu’ils sont de même sexe ou de sexe différent», n’est pas justifiée.

«C’est une décision invraisemblable», a réagi auprès de l’AFP Caroline Mécary, l’avocate du couple. C’était au Conseil constitutionnel de dire si la loi était discriminatoire ou non. En refusant de transmettre cette QPC aux Sages, «le Conseil d’Etat a outrepassé ses pouvoirs et s’est érigé en censeur», a-t-elle estimé.

La question de l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires «n’est donc pas une réponse à un problème de discrimination ni une mesure d’égalité», s’est félicitée dans un communiqué la présidente de la Manif pour Tous Ludovine de la Rochère.

Dans un rapport rendu en juillet sur la révision des lois de bioéthique, le Conseil d’Etat avait choisi ne pas prendre parti. Rien n’impose au législateur d’ouvrir aux couples de femmes et aux femmes seules l’accès à la PMA, mais rien n’impose non plus le «statu quo», avaient fait savoir les juges.

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu la semaine dernière un nouvel avis favorable à l’extension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules, un des engagements du candidat Emmanuel Macron. Le gouvernement doit déposer un projet de loi bioéthique dans ce sens avant la fin de l’année, en vue d’un débat au Parlement début 2019.

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Vladimir Poutine commente l’avenir des forces militaires étrangères en Syrie

Les forces militaires étrangères participant au conflit syrien devraient quitter la Syrie après la victoire sur les terroristes et cela concerne aussi la Russie, d’après Vladimir Poutine.

Les pays qui ont envoyé leurs militaires en Syrie devraient les retirer après la défaite des terroristes, a déclaré mercredi le Président russe Poutine lors d’une séance plénière de la Semaine russe de l’énergie, à Moscou.

«Nous devons œuvrer pour qu’il n’y ait pas de troupes de pays tiers sur le territoire syrien, y compris de forces russes, si le gouvernement syrien le décide», a indiqué M.Poutine.

Selon lui, rien ne justifiera la présence de forces étrangères en Syrie après la disparition des terroristes de Daech* en Syrie.

Commentant la participation militaire des États-Unis au conflit syrien, M.Poutine a estimé que Washington, qui violait la Charte de l’Onu et le droit international, n’avait que deux moyens de maintenir sa présence en Syrie, à savoir obtenir le feu vert de Damas ou un mandat de l’Onu.

«Il y a deux possibilités pour remédier à la situation. Les États-Unis doivent soit obtenir un mandat du Conseil de sécurité de l’Onu autorisant la présence de leurs forces armées sur le territoire d’un pays tiers, soit recevoir une invitation du gouvernement légal syrien à déployer un contingent en Syrie. Le droit international ne prévoit aucun autre moyen», a noté le Président russe.

Les régions du nord-est de la Syrie sont actuellement contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance créée sur la base de groupes armés kurdes et bénéficiant d’un soutien des États-Unis. Damas considère les activités des FDS comme illégales. En juillet, une délégation de représentants politiques des FDS s’est rendue à Damas pour négocier avec les autorités syriennes.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Kiev refuse la proposition d’interdire les tirs contre des ouvrages civils dans le Donbass

Les membres du Groupe de contact sur l’Ukraine se sont accordés sur un nouveau désengagement des forces dans le Donbass ce 5 octobre, ce qui n’a pas été apprécié par Kiev, a déclaré le représentant de la Russie au sein du Groupe, Boris Gryzlov, à l’issue de négociations à Minsk.

Un nouveau désengagement des forces dans le Donbass a été concerté ce mardi par le Groupe de contact sur l’Ukraine, a indiqué ce mardi aux journalistes le représentant de la Russie au sein du Groupe, Boris Gryzlov.

«Les participants à la réunion du Groupe de contact se sont entendus au sujet du désengagement des forces près de Stanitsa Lougansakïa le 5 octobre 2018», a-t-il noté à l’issue de négociations à Minsk.

Il a rappelé que Kiev avait rejeté la proposition en vue d’interdire les tirs contre les ouvrages civils dans le Donbass et que le Groupe de contact s’était penché sur une série de mesures supplémentaires à l’accord sur le cessez-le-feu.

«L’application de ces mesures pourrait améliorer la situation et exclure d’éventuels torpillages. Malheureusement, l’Ukraine a refusé la proposition, soutenue par l’OSCE, la Russie et les républiques [populaires autoproclamées, ndlr] de Donetsk et de Lougansk, sur l’interdiction des tirs contre les ouvrages civils ainsi que des activités subversives et de renseignement dans les territoires des parties en conflit», a poursuivi Boris Gryzlov.

En outre, il a fait remarquer que le caractère provisoire de la loi ukrainienne sur un statut particulier du Donbass n’était pas conforme aux accords de Minsk, car ce statut devrait être permanent.

«La situation est d’autant plus inquiétante que la loi ukrainienne sur un statut spécial est sur le point d’expirer. Nous avons abordé la question et la délégation russe a souligné une nouvelle fois que le caractère provisoire de cette loi n’était pas conforme aux accords de Minsk», a-t-il noté.

Le statut spécial du Donbass doit être permanent, a affirmé Boris Gryzlov, indiquant que seule une application «intégrale et cohérente des accords de Minsk était capable d’instaurer la sécurité et le relèvement économique du Donbass».

Jeudi dernier, le Président ukrainien Piotr Porochenko a appelé le parlement du pays à proroger la loi sur le statut du Donbass afin que la non-application des accords de Minsk ne puisse pas être reprochée à Kiev.

Les autorités ukrainiennes ont lancé en avril 2014 une opération militaire contre les insurgés des Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Selon les estimations des Nations unies, 2.500 civils ont trouvé la mort et plus de 9.000 autres ont été blessés depuis le début du conflit.

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Drapeau d’Israël en paillasson et gardes armés… Une association proche de l’Iran visée

La ville de Grande-Synthe, dans le Nord, a été le théâtre d’une opération antiterroriste le 2 octobre. Le siège d’une association chiite a été perquisitionné alors que les autorités gelaient dans le même temps les avoirs de deux ressortissants iraniens. L’un d’eux est soupçonné d’avoir pris part à un projet d’attentat déjoué en juin.

Le calme matinal de la petite ville de Grande-Synthe, 23.000 habitants, a été secoué par un vaste coup de filet antiterroriste ce 2 octobre. À 6h00, le siège de l’association chiite Centre Zahra France ainsi que les domiciles de ses principaux dirigeants ont été la cible des hommes du RAID et de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI). La grande bâtisse de briques rouges située proche de l’autoroute a été entourée par une douzaine de cars de CRS.

D’après la préfecture du Nord, l’opération a nécessité pas moins de 200 policiers. De nombreux membres des forces de l’ordre quadrillaient cette localité proche de Dunkerque.

En cause? Le soutien présumé de l’association à plusieurs organisations terroristes. D’après une source proche du dossier citée par l’AFP, trois personnes ont été placées en garde à vue. Des faits de détention illégale d’arme à feu seraient reprochés. En parallèle de l’opération, des dirigeants de l’association ont vu leurs avoirs gelés par un arrêté publié dans le Journal officiel. Téhéran a directement été visé.

Les ministères de l’Intérieur ainsi que de l’Économie et des Finances ont pris une mesure similaire contre la Direction de la Sécurité intérieure du ministère des Renseignements iranien et de deux ressortissants du pays. L’un d’eux est soupçonné par les autorités françaises d’avoir participé au projet d’attentat qui devait frapper Villepinte, en Seine-Saint-Denis, en juin dernier. C’est le rassemblement des Moudjahidine du peuple (MEK) qui était visé. Ces derniers font partie de l’opposition politique en Iran.

«Une tentative d’attentat a été déjouée à Villepinte le 30 juin dernier. Cet acte d’une extrême gravité envisagé sur notre territoire ne pouvait rester sans réponse», ont expliqué le quai d’Orsay et Bercy dans un communiqué commun.

Pour rappel, le 2 juillet dernier, c’est de Belgique que tout a commencé. Le parquet fédéral du plat pays annonçait avoir déjoué le projet d’attentat à la bombe censé frapper le MEK. L’ombre de l’Iran plane sur cette enquête aux forts accents diplomatiques. C’est Bruxelles qui mène la danse en coopération avec les autorités judiciaires françaises et allemandes.

Très anti-israélien, le Centre Zahra de Grande-Synthe accueille plusieurs associations dont le Parti antisioniste, France Marianne Télé ou encore la Fédération chiite de France. Elles sont dans le collimateur des autorités car soupçonnées de faire l’éloge du djihad ou d’organisations comme le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais très apprécié de Téhéran. L’Union européenne et les États-Unis considèrent les branches armées de ces mouvements comme terroristes.

Une communauté entourée de mystère

Un journaliste de l’agence de presse française qui s’est rendu sur place a décrit ce corps de ferme d’une superficie de 5.000 m2 acheté il y a 18 ans et ouvert en 2005. Il dispose d’une salle de conférence et d’une salle de prière et l’on y rentre en marchant sur un paillasson recouvert… d’un drapeau israélien.

Jamel Tahiri, 43 ans, est responsable religieux du Centre. D’après lui, il est fréquenté par «environ 150 personnes». Il justifiait la possession d’armes à feu par certains individus. D’après lui, rien à voir avec le terrorisme. C’est «pour la sécurité du Centre». Ce dernier a fait partie des leaders qui ont vu leurs domiciles perquisitionnés. Abdelkrim Khalid et Yahia Gouasmi y ont également eu droit.

Plusieurs internautes ont souligné la proximité supposée entre ce dernier et les sulfureux Alain Soral et Dieudonné.

Le Centre Zahra France manie la propagande sur le Web avec dextérité. Son site internet indique qu’il a pour but de «faire connaître le message de l’islam à travers le regard du prophète et de sa famille». Et pour se faire, l’organisation n’hésite pas à organiser colloques, voyages, projections et publications d’œuvres.

Jamel Tahiri se défend de tout soutien à Daech* en rappelant son obédience religieuse: «On est chiite, on est contre Daech*.» Il ne cache pas son soutien au Hezbollah et assure qu’il donne «des cours de religion et d’éducation» au Centre. Les services de l’édile ont affirmé que l’association ne vient en aide «ni de près ni de loin» aux migrants, nombreux dans la ville. Elle se tiendrait également loin de la vie politique et associative de la ville d’après la mairie.

Une riveraine du Centre a affirmé que le Centre Zahra possédait des commerces en ville et a souligné le côté secret qui entoure l’organisation à un journaliste de l’AFP:

«C’est une communauté très fermée, on ne sait pas trop ce qu’il se passe à l’intérieur, il y a souvent des gardes devant l’entrée.»

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Géorgie : une agriculture rivée à l’Union européenne

rendez-vous à Tbilissi, en Géorgie. Ce petit pays du Caucase de moins de 4 millions d’habitants a décrété son indépendance vis à vis de l’URSS en 1991. Depuis, les Géorgiens ont tenté de se rapprocher de l’UE et ont signé en 2014 un accord d’association. L’Agriculture représentant 9 % du PIB et employant près de la moitié de la population, c’est le secteur que l’UE soutien en priorité, en versant 77 millions d’euros jusqu’à 2022 à ce pays.

En première partie, nous vous proposons une balade au château Mukrani en compagnie de Salomé Zourabichvili. Candidate à la présidence, ancienne ministre des affaires étrangères de Géorgie, actuellement députée géorgienne indépendante, elle nous parle des relations de son pays avec l’UE. Puis nous poursuivons notre périple au centre du pays avec Natalia Partskhaladze, directrice de Kona tisanes et Cristina Casella, de la délégation de l’Union européenne en Géorgie.

Reportages :

– En Géorgie, l’UE aide à recréer des coopératives de vins géorgiens (Terjola), de miel (Tapli Schino) ou de noix, pour élever les standards de production et permettre aux Géorgiens d’exporter à l’avenir sur le marché européen. Un reportage de Luke Brown.
– Un autre pays du voisinage européen, le Maroc, bénéficie également de l’aide de l’Union européenne grâce au plan « Maroc vert » : la palmeraie de Ouarzazate reçoit des fonds pour revenir à un système d’irrigation traditionnel et efficace.

 

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L’Ukraine au bord d’une guerre de religion qui semble servir certains intérêts

Le rythme des agressions contre l’Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou s’est accéléré depuis le Maïdan en 2014. En 4 ans, 50 églises ont été transférées par la violence et en toute illégalité du Patriarcat de Moscou à l’Eglise renégate de Filaret.
En ce sens, les démarches du Patriarche de Constantinople ne peuvent qu’aggraver la situation, ce que vient de démontrer cette dernière prise par la violence, hier, de l’église orthodoxe de la région de Ivano-Frankovsk, faisant plusieurs blessés au passage. Dans tous les cas de ce genre, l’on note une collusion entre le groupe extrémiste Secteur droit, les forces de l’ordre et les renégats.
Et aucune réaction sérieuse de la communauté internationale, qui laisse ces crimes se dérouler dans la plus grande indifférence. A moins que cela ne corresponde à certains intérêts.
Hier, en pleine journée, à 13h, les croyants ont aperçu un groupe d’hommes musclés et des villageois sont arrivés pour tenter d’empêcher les membres de Secteur droit de s’emparer de l’église de la Sainte Trinité dans la région de Ivano-Frankovsk, en Ukraine. Mais les radicaux sont passés par une porte latérale qui mène à l’école de musique, ont brisé les fenêtres et les portes, ont pénétré dans l’église et agressé physiquement les croyants, faisant plusieurs blessés, dont un violemment à la tête, et le prêtre a le bras cassé.
Tous les croyants ont été mis dans la rue et les radicaux ont changé les serrures, s’appropriant de facto l’église, dans la plus pure tradition des bandits ou des mafieux. Cela s’est passé tellement vite, qu’il n’a pas été possible de le fixer en images.
Rappelons que cela intervient alors que le Métropolite de Kiev Onufrii a refusé de rencontrer les envoyés américains et canadiens du Patriarche de Constantinople. Ce qui est certainement une coïncidence.
Mais voici d’autres cas en vidéo:
Depuis 4 ans, 50 églises ont été de prises de cette manière à l’Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou et transférées aux renégats de Filaret. Entre mai et août 2018, l’on recense 6 cas, dont deux seulement ont donné lieu à l’ouverture d’une enquête pénale – qui n’a débouché sur rien à ce jour.
Un rapport a été remis à l’OSCE par l’ONG Public Advocacy sur les persécutions subies par l’Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou, rapport qui lui non plus n’a débouché sur rien:

Durant cette période (2013-2015), il a enregistré plus de 120 attaques, dont 36 contre des églises du Patriarcat de Moscou, 13 incendies volontaires d’églises et 13 agressions contre des ecclésiastiques de la part des radicaux.

Dans tous les cas, les gros bras sont prêtés par les groupes extrémistes au profit de cette « Eglise nationaliste » que le Patriarche de Constantinople, avec l’appui des Etats-Unis et du Canada ont la folie de vouloir reconnaître.

Voici quelques vidéo illustrant leurs crimes.

Tourk, région de Lvov, septembre 2014

Village de Pyichié, décembre 2015
Septembre 2015, région de Ternopol: ici il y a eu 15 blessés, suite à l’action commune de la police, de la Garde nationale et des renégats
Toujours dans cette région le 26 avril, dans le village de Kolossov: les croyants et les habitants se sont battus contre plus de 60 radicaux de Secteur droit et ont réussi à garder leur église après toute une journée d’affrontements
Parfois aussi les uniates tentent, eux aussi avec l’aide de Secteur droit, de prendre possession des églises orthodoxes du Patriarcat de Moscou, ressortant les mêmes « arguments » que les radicaux, dont le principal est que tout prêtre de cette Eglise ne peut être qu’un agent des services spéciaux russes, voir la vidéo ci-dessous dans le village de Kolomy:
Pour les russophones, voici un reportage sur la tragédie de la persécution menée contre l’Eglise orthodoxe ukrainienne et donc contre les gens, tous ceux qui simplement croient, viennent prier et sont victimes d’agression, dans leur pays, uniquement en raison de leur croyance.
Et tout cela se passe dans l’indifférence internationale la plus totale, parce que la communauté internationale a pris le parti de l’Ukraine, sans recul, sans réflexion, simplement parce que dans un jeu géopolitique atlantiste, cela était alors « nécessaire » vue son allégeance. Et maintenant, comment reconnaître que l’on a soutenu – et que l’on soutient – des fanatiques, des extrémistes sans remettre en cause les choix qui ont été fait il y a quatre ans?
L’Europe va-t-elle laisser une guerre de religion se développer à ses portes, en Ukraine, briser totalement un pays déjà à l’agonie pour simplement ne pas révéler sa propre turpitude? A moins qu’elle ne couvre volontairement des mouvements qu’elle approuve?
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Ukraine: le Métropolite orthodoxe Onufrii menacé de mort

L’Ukraine et la Russie étaient deux éléments d’une même culture, d’une même histoire, d’une même religion. Le nouveau pouvoir ukrainien post-Maïdan s’est attaqué à la désoviétisation, à la « dérussification » totale du pays, non seulement à travers la langue, mais aussi les films, les livres, la réécriture de l’histoire, laissant une terre blessée, un peuple déchiré, épuisé. Mais peu importe, tout a un prix, au peuple de le payer. Il ne restait que la religion à abattre, ce lien presque physique qui relie le monde russe.
Après la chute de l’URSS, une Eglise orthodoxe renégate est créée en 1992, qui n’est pas reconnue en dehors des frontières, l’Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou depuis l’an 1030 étant historiquement la seule légitime. Attaquer l’unité de ces Eglises, c’est faire d’une pierre deux coups: à la fois attaquer une Eglise qui reste très fervente, à une époque où la religion chrétienne doit être une caricature au service de l’idéologie ou disparaître, et servir les intérêts géopolitiques dans la région.
La crise a été lancée, du moins officiellement, par le Patriarche de Constantinople qui déclare pouvoir accorder le statut d’autocéphale à l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, c’est-à-dire l’autonomiser du Patriarchat de Moscou.
Or, l’Eglise orthodoxe ukrainienne, l’Eglise canonique et légitime, n’a fait aucune demande.
Cette idée avait déjà été lancée par Porochenko l’été 2017 et la demande de reconnaissance a été faite par le Métropolite renégat Filaret, à la tête de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine créée en 1992 en soutien aux mouvements nationalistes, qui continue d’ailleurs en ce sens. Historiquement, une tentative similaire avait eu lieu de 1918 à 1921, mais cette Eglise autonome fut alors liquidée par le Patriarche Tikhon et rentrée comme entité dans le Patriarcat de Moscou.
En 1991, cette entité était présidée par Filaret, qui a demandé à Moscou de lui reconnaître son autonomie, ce qui lui a été refusé. Filaret alors déclaré la rupture, il a été excommunié en 1992. C’est le moment où il a fondé cette Eglise renégate qui, en elle-même est très petite comparée à l’Eglise ukrainienne orthodoxe du Patriarchat de Moscou.
A l »époque, le Patriarchat de Constantinople avait refusé de la reconnaître. Mais comme en ce bas monde rien n’est aussi stable que la turpitude, les opinions changent en fonction des circonstances.
Il est évident que le maillon faible dans le monde orthodoxe se trouve avantageusement à Kiev et il semblerait que le Patriarche de Constantinople ne soit pas particulièrement très fort non plus. Ces deux éléments ont permis de recouper deux buts différents: 1) tenter de briser la force de l’Eglise orthodoxe, qui n’est tombée ni dans les scandales, si dans la parodie et donc dérange en ces périodes néo-trotskystes agressives; 2) renforcer la séparation de l’Ukraine et de la Russie en provoquant une rupture cultuelle.
Ici les intérêts se recoupent également, le Patriarche de Constantinople pouvant entrer dans ce jeu pour élargir sa zone d’influence, puisqu’à la différence du Pape de Rome, il n’a pas d’autorité sur l’ensemble du monde orthodoxe. Dans ces jeux-là, l’important est toujours de trouver la bonne personne.
Car l’enjeu est de taille. 35 millions de croyants en Ukraine déclarent être rattachés à l’Eglise canonique orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou, soit 80% de la population.
En 2016, malgré les menaces, les expropriations forcées et les violences exercées par les extrémistes contre les églises orthodoxes, l’on comptait 53 diocèses, 247 monastères (129 masculins, 118 féminins), environ 12 000 paroisses, 17 établissements d’enseignement. Ceci est une force dormante qui peut déranger le pouvoir, faible, politique aujourd’hui en place en Ukraine.
Le Patriarche de Constantinople a déjà envoyé deux hiérarques auprès de Filaret, l’un venant des Etats-Unis et l’autre du Canada. Affirmant ainsi la filiation de l’idée. Le Patriarcat de Moscou a menacé de rompre les relations et a mis en garde contre les risques d’effusion de sang.
Et ce risque n’est pas mince: le Métropolite Onufrii, à la tête de l’Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou est entré dans la tristement célèbre base de données Mirotvorets, comme l’annonce la presse ukrainienne.
Cette base recense les « ennemis » de l’Ukraine « pro-européenne » post-Maïdan et incite à leur élimination, ce qui fut déjà le cas d’un certain nombre d’opposants. Il fut ainsi « conseillé » au Métropolite de rapidement quitter le territoire de l’Ukraine … avant qu’il ne soit trop tard.
Il y est répertorié comme un « agent d’influence du Patriarcat de Moscou » et empêche de créer une Eglise ukrainienne autonome.
Il est évident que chaque nouveau petit roitelet doit avoir sa petite cour, avec sa petite garde et ses bons prêtes pour prier pour le salue de son âme. Il ne manque à l’Ukraine de Porochenko qu’une Eglise d’opérette pour compléter cette tragicomédie.
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Un père et son fils « revenants » du jihad jugés à Paris

Un père et son fils de 23 ans, revenus de Syrie en 2015, sont jugés ce jeudi et ce vendredi par le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont par ailleurs soupçonnés d’avoir projeté un attentat en France, et notamment à Paris.

La justice le considère comme un haut échelon dans la hiérarchie de Daesh. « Au regard du témoignage de son fils, mais également des documents numériques trouvés en sa possession, il a manifestement occupé un poste, sinon de ministre, plus technique de ‘directeur général des télécommunications’ », écrivaient d’ailleurs les juges d’instruction.

Lotfi S., un Français de 50 ans, revenu de Syrie en 2015, est jugé ce jeudi et ce vendredi par le tribunal correctionnel de Paris pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme« . Son fils comparaît également à ses côtés. Leur projet funeste aurait pu viser la France.

Prétextant un soit-disant voyage entre père, gérant de société, et fils, bons élèves, aux Pays-Bas en octobre 2013, Lotfi S. et ses enfants, Karim, 18 ans, et Mohamed-Emini, 15 ans, ont quitté le Val-d’Oise pour rejoindre la Syrie pour rallier un groupe jihadiste radical, Ahrar al-Cham, puis l’Organisation Etat islamique.

De leurs 18 mois passés sur zone, la justice dispose de photos où on les voit armes aux mains. A leur mère, Karim, le fils aîné, va lui demander « de ne pas s’inquiéter ». « Nous sommes partis là-bas par obligation », lui enverra-t-il comme message. Leur périple, qui les emmène également à Raqqa, fief de l’EI, s’arrête le 8 mai 2015 où ils sont arrêtés à la frontière syro-turque. Ils sont expulsés vers la France le 18 mai.  (…)

A quoi était destiné cet argent? C’est la question qui sera au coeur du procès. Car la justice s’interroge sur l’opportunité de ce retour pour réaliser des attentats en France. L’accusation s’appuie sur des documents retrouvés dans les deux ordinateurs de la famille et la tablette. Au milieu d’une abondante documentation jihadiste, le père et ses fils ont fait de nombreuses recherches sur les techniques de pilotage des avions.

« La finalité terroriste de ces notes de méthodologie de pilotage d’un Boeing ne faisait aucun doute », note les juges qui établissent également le lieu que les jihadistes présumés auraient pu frapper.

« Cette abondante documentation technique relative au pilotage d’avion était à mettre en relation avec la découverte tardive (…) des recherches effectuées sur Google Maps sur la Tour Eiffel et le pont de Iéna », notent encore les enquêteurs.

Pendant deux jours, le tribunal correctionnel devra déterminer si le père et son fils ont été renvoyés en Europe pour projeter des attentats. La concomitance de leur date de retour fait également craindre qu’ils auraient pu faire partie de la vague de terroristes revenus en France pour les attentats du 13 novembre 2015.

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Jérôme Fourquet : « La question centrale des équilibres démographiques taraude les Français. Qui est majoritaire à un endroit donné? »

Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop, décrit une France désormais atomisée, éparpillée façon puzzle.

Jérôme Fourquet : (…) Certes, il n’y a jamais eu d’homogénéité pure et parfaite en France, mais ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui, c’est une hétérogénéité sans pareille puisqu’elle est notamment de nature ethnoculturelle.

L’émergence de quartiers ou de sous-quartiers communautaires est une règle que l’on observe dans toutes les sociétés multiculturelles.

(…) Nos études le montrent : pour les Français, la question des équilibres démographiques est désormais centrale et les taraude de manière plus ou moins aiguë : qui est majoritaire à un endroit donné ? Une interrogation que nos concitoyens n’avaient pas il y a cinquante ans.

Et cette question se décline. Qui est majoritaire dans ma ville ? Mon quartier ? Mon immeuble ? A l’école ?

Car dans les zones de contacts entre différentes communautés se pose une autre question majeure : quelles sont les règles qui prévalent ? En plus du cadre légal, il existe dans nos sociétés tout un ensemble de règles non écrites, d’habitudes, de coutumes, qui portent sur les relations hommes-femmes, le style vestimentaire, l’alimentation, et permettent de vivre en bonne intelligence.

Dans nos enquêtes, on le voit : les gens – qui, pour certains, peuvent être eux-mêmes issus de l’immigration, italienne ou portugaise, par exemple – assistent sidérés à l’allongement des rayons halal dans les grandes surfaces et en déduisent : « Nous ne sommes plus chez nous. »

(…) N’y a-t-il pas un multiculturalisme d’en bas et un multiculturalisme d’en haut, les plus aisés pouvant s’organiser des « corridors » pour ne pas avoir à rencontrer « l’Autre » ?

C’est intrinsèque au multiculturalisme. Tout le monde ne le vivra pas de la même façon en fonction de son niveau de revenus. Mais il est là. Or beaucoup ne le reconnaissent pas. Nous vivons en fait dans une société d’archipels.

Les Yvelines illustrent cela à merveille. On y trouve Saint-Germain-en-Laye, ville de CSP+ dans laquelle une partie de l’élite a développé un habitus postnational avec des familles en transit entre deux expatriations et dont les enfants sont scolarisés au prestigieux lycée international avant de partir en Erasmus.

On y trouvera également Saint-Nom-la-Bretèche, autre commune bourgeoise, plus traditionnelle, où l’on cultive l’entre-soi. Et à un jet de pierre de là, Trappes. Le département abrite aussi Magnanville, où fut égorgé ce couple de policiers par un djihadiste originaire de la ville voisine de Mantes-la-Jolie.

Magnanville incarne ces zones pavillonnaires pour classes moyennes avec des familles souvent non issues de l’immigration ou issues de l’immigration en voie d’ascension. Tandis qu’aux confins des Yvelines, on aura des communes très rurales, peuplées d’ouvriers et d’employés « de souche ».

(…) L’Express

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Rester ou partir en France, le dilemme des médecins algériens

Confrontés au manque de moyens dans le secteur de la santé en Algérie, un nombre croissant de praticiens choisissent l’exil en France.

Ils sont là sans qu’on n’y prête attention, maillon essentiel du système de soins français. Si une part croissante des médecins qui exercent en France avec un diplôme étranger sont roumains, les diplômés des universités algériennes les talonnent.

Selon le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), ils étaient 4 404 au 1er janvier 2017 (+ 60 % en dix ans). Soit environ le quart des médecins nés à l’étranger exerçant en France. Si l’on y ajoute ceux qui, nés en Algérie, ont été diplômés en France, ce chiffre monte à 14 305 personnes.

Et encore, ces données ne concernent-elles que les praticiens inscrits au tableau de l’Ordre des médecins. Elles n’incluent pas ceux recrutés directement par les hôpitaux sous des statuts spécifiques. «Après l’instauration du numerus clausus dans les années 1970, on s’est retrouvé avec un manque chronique d’internes, d’où la volonté de faire venir des médecins , rappelle Victoire Cottereau, qui a fait sa thèse sur la question des « médecins migrants ».

De nouvelles législations ont permis leur venue mais sous des statuts précaires : faisant fonction d’interne (FFI) et praticien attaché associé (PAA). «Ils ne sont pas inscrits au Conseil de l’Ordre des médecins. Ils sont officiellement sous l’autorité d’un titulaire mais en réalité, assument la même charge de travail», souligne Victoire Cottereau.

Payés jusqu’à deux fois moins que leurs collègues français, contraints de patienter des années pour passer les concours qui leur permettront d’obtenir un statut plein, nombre de médecins algériens font pourtant le choix de venir en France, pour travailler et se former. […]

Le Monde

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Les terroristes pilonnent un couloir humanitaire à Idlib

Le couloir humanitaire non loin d’Abou Douhour est devenu la cible de tirs de la part des terroristes du groupe Hayat Tahrir al-Cham* (issu du Front al-Nosra*), a fait savoir ce mardi Vladimir Savtchenko, chef du Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie.

Les terroristes du groupe Hayat Tahrir al-Cham* (issu du Front al-Nosra*) ont pilonné au mortier le couloir humanitaire non loin d’Abou Douhour, a annoncé Vladimir Savtchenko, chef du Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie.

Il a précisé que 20 projectiles avaient été tirés.

«L’objectif du pilonnage était l’intimidation des réfugiés qui avaient l’intention de quitter la zone de désescalade d’Idlib pour retourner dans les territoires sous contrôle du gouvernement syrien, a-t-il souligné au cours d’une conférence de presse. Durant le reste de la journée après les tirs, le départ des réfugiés par le couloir humanitaire n’a pas eu lieu.»

Il a fait remarquer que malgré le régime établi de cessation des hostilités, celui-ci était violé par des formations armées illégales déployant leurs activités dans la zone de désescalade d’Idlib.

*Organisation terroriste interdite en Russie

AB source

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L’ex-vice-chancelier allemand : « Certains pays (européens) ont fermé leurs frontières, et cela a sauvé les Allemands d’une augmentation supplémentaire de l’immigration »

Comment Merkel a réagi lorsqu’on lui a dit que les frontières allemandes pouvaient être fermées pendant la crise des réfugiés en 2015 : elle a secoué la tête et a juré de ne jamais « construire de barrières » – révèle Sigmar Gabriel (centre-gauche), ancien vice-chancelier allemand et chef de la diplomatie.

(…)

Sigmar Gabriel : « Merkel m’a dit mot pour mot: « Mais promettez-moi une chose, M. Gabriel, promettez-moi que nous ne construirons jamais aucune barrière. » Nous venions d’écouter les présentations du ministre de l’Intérieur (Thomas) de Maizière et du chef de la police fédérale (Dieter) Romann sur la rapidité avec laquelle les frontières pouvaient être fermées.

Je me souviens encore d’elle en train de secouer la tête lors de ces présentations. Je me souviens d’avoir pensé que c’était profondément ancré en elle. »

DER SPIEGEL : Il y avait là une conviction profonde ?

Sigmar Gabriel : « J’ai beaucoup de respect pour elle depuis ce jour pour avoir prononcé cette phrase. Pour moi, c’était plus que respectable – même si je sais aujourd’hui que cela a provoqué de grandes difficultés par la suite.

Honnêtement, d’autres ont construit plus tard des barrières qui ont sauvé les Allemands d’une augmentation supplémentaire du nombre de migrants. Je suis rempli de sentiments contradictoires. »

(…) Spiegel.de

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Attentats du 13 Novembre : une preuve accuse les frères Clain, les deux djihadistes toulousains

Quelques jours après les attentats du 13 novembre, qui ont causé la mort de 130 personnes et fait plus de 400 blessés Paris, les frères Clain, membres historiques de la mouvance radicale toulousaine, ont clairement été identifiés comme ayant participé au message diffusé par Daech pour revendiquer cette tuerie.

Fabien Clain, 38 ans, a été identifié comme la voix du message sonore du groupe EI diffusé au lendemain des attaques perpétrées par trois commandos d’hommes revenus de Syrie. Son frère Jean-Michel, 40 ans, a lui été identifié dans les Anasheeds — chants religieux — de l’enregistrement.

Vétérans du jihad, les deux Toulousains sont dans le viseur des services antiterroristes depuis des années et se trouvent toujours probablement en Syrie, où ils seraient partis au cours de l’année 2014.

Les juges d’instruction antiterroristes chargés de l’enquête sur les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis ont délivré fin juin des mandats d’arrêt à l’encontre des frères Clain. La délivrance de ces mandats d’arrêts internationaux signifie que les juges réclament leur audition, en vue de leur mise en examen dans le dossier.

Mais outre cet enregistrement de revendication, les enquêteurs ont pour la première fois découvert un lien matériel entre les deux djihadistes français et le commando qui a perpétré ces attentats.

« Il s’agit d’une carte d’identité belge falsifiée au nom de Elene J. et supportant la photo de l’épouse de Fabien Clain, Mylène Foucre. Celle-ci est issue du même lot de faux documents que ceux utilisés par les terroristes pour louer des planques et voyager incognito en Europe.

Salah Abdeslam y a notamment eu recours », relatent ce matin nos confrères du Parisien. Pourquoi l’épouse de Fabien Clain a-t-elle bénéficié d’un document réservé au commando ? Les enquêteurs pensent que la djihadiste de 39 ans l’a utilisé pour gagner la Syrie en 2015.

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Allemagne : la grande coalition dirigée par Angela Merkel au bord de la rupture

La grande coalition dirigée par la chancelière allemande Angela Merkel ne cesse de se diviser, jusqu’à frôler la rupture. Dans la dernière enquête Infratest Dimap pour l’ARD parue vendredi, le parti de droite radicale AfD s’installe comme deuxième force politique d’Allemagne. C’est la première fois que l’institut enregistre le croisement des courbes dans ce baromètre qui fait référence.

Crise après crise, le gouvernement d’Angela Merkel n’en finit plus de se fissurer. Un an exactement après sa réélection, avec 32,9 % des voix, la chancelière n’est pas parvenue à stabiliser sa grande coalition composée de la CDU, de la CSU et du SPD comme si personne, fondamentalement, ne voulait assurer sa pérennité.

Après avoir failli se rompre avant l’été sur la question de la politique migratoire européenne, la GroKo s’écharpe sur le sort de l’ex-patron du renseignement allemand Hans-Georg Maassen. […]

«Le gouvernement a été élu pour toute la législature», a déclaré au contraire le vice-chancelier SPD Olaf Scholz au Tagesspiegel. «Mais il est clair que ces années ne seront pas faciles», a-t-il convenu. Les sondages catastrophiques pour le SPD servent d’arguments à chaque camp : ceux qui veulent limiter les frais et ceux qui veulent éviter des élections anticipées. La CDU-CSU n’est pas en meilleur état. […]

Le calme reviendra peut-être au lendemain des élections régionales en Bavière, prévues le 14 octobre: la campagne a poussé Horst Seehofer, également le président de la CSU, à tendre encore davantage le rapport de force avec Angela Merkel.

Mais la claque électorale annoncée pour les conservateurs bavarois, qui risquent de perdre leur majorité, ne sera pas de nature à les calmer. Ils sont persuadés de payer la politique au centre de la chancelière. […]

Avec 28% d’intentions de vote, la CDU-CSU perd aussi du terrain. Elle paie les conséquences de ces querelles internes et de l’usure du pouvoir d’Angela Merkel. Avec un tel résultat électoral, la grande coalition CDU-CSU-SPD ne pourrait pas être reconduite.

Le Figaro

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La bombe démographique qui va tuer la France : les vrais chiffres

La bombe démographique n’est pas seulement en Afrique, continent qui a vu sa population quadrupler depuis l’indépendance, ou en Algérie, dont la population a été multipliée par cinq depuis 1962.

En 2017, 28 % des naissances sont issues d’au moins 1 parent né hors UE ! (INSEE)

La bombe démographique se trouve aussi en France, non pas par l’explosion des naissances, qui tournent autour de 800 000  depuis des années, mais par le changement de population qui s’opère peu à peu.

https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381382
Et télécharger ensuite le document détaillé de 1998 à 2017.

En 1998, il y a eu 767 906 naissances en France.

Dont 590 160 issues de 2 parents nés en France et 144 607 naissances avec au moins 1 parent né hors UE.

En 2017, il y a eu 769 553 naissances.

Dont 527 120 issues de 2 parents nés en France et 213 553 naissances avec au moins 1 parent né hors UE.

Ce qui signifie qu’en 20 ans, la part des naissances issues de 2 parents nés en France, a diminué de 11 %.

Tandis que la part des naissances dont au moins 1 parent est né hors UE a augmenté de 47 %.

Mais ces chiffres ne reflètent qu’en partie l’explosion de l’immigration depuis le regroupement familial en 1975.

Car l’INSEE ne comptabilise les immigrés et les descendants d’immigrés que sur 2 générations.

Donc, tout descendant d’immigrés, mais dont les parents sont nés en France, est comptabilisé comme Français de souche et non pas comme descendant d’immigrés.

La part des naissances dont au moins 1 parent est né à l’étranger hors UE est de 28 % en 2017.

Mais pour avoir une idée exacte des naissances d’origine immigrée au sens large, avec au moins un parent originaire d’un pays hors UE, il n’existe qu’un seul moyen :

Prendre en compte les chiffres de dépistage de la drépanocytose, maladie génétique qui ne touche quasi exclusivement que les populations extra-européennes.

Les immigrationnistes peuvent bêler au racisme dès qu’on utilise cette donnée, mais si les statistiques ethniques étaient autorisées comme dans la plupart des pays occidentaux, l’INSEE pourrait faire son travail d’information.

Avec Internet, il est toujours possible de contourner l’omerta sur l’immigration de masse. Enfin, pour l’instant…

Tout citoyen a le droit d’être informé de l’évolution démographique de son pays, du moins dans une démocratie digne de ce nom où le mot liberté a encore un sens !

La dernière mise à jour date de 2016. Mais ces statistiques vont disparaître.

http://www.fdesouche.com/906357-drepanocytose-la-carte-du-grand-remplacement-mise-a-jour-chiffres-2016#

En 2016, 39,39 % des bébés nés en métropole ont subi les tests de dépistage de la maladie. Les chiffres explosent d’année en année.

En 2017, on dépasse donc les 40 %.

En résumé, en 2017, sur 769 553 naissances, on sait que 28 % sont issues d’au moins 1 parent né hors UE.

Et 40 % sont issues d’au moins 1 parent d’origine immigrée hors UE (qu’il soit né en France ou hors UE).

À ces 40 %, il convient d’ajouter l’immigration extra-européenne que l’INSEE ne chiffre jamais, se contentant d’un solde migratoire complètement trompeur, puisqu’il comptabilise aussi les expatriés français, actifs ou retraités, afin de minimiser la part des arrivées extra-européennes qui sont en augmentation.

On sait que le nombre de visas de séjour explose.

Il est de 262 000 en 2017, soit une augmentation de 13,7 % sur un an.

Chiffre auquel il faut ajouter les clandestins. 100 migrants arrivent chaque jour à Paris. Combien en France ? 300 ? 500 par jour ?

La France a accueilli 25 000 mineurs isolés en 2017. On en attend 35 000 en 2018.

Le Grand Remplacement est bien une réalité.

Rappelons qu’avec un taux de fécondité tombé à 1,6 enfant par femme chez les natives, la population de souche diminue de 20 % à chaque génération.

Chez les femmes immigrées, le taux de fécondité remonte avec l’arrivée des Africaines particulièrement prolifiques.

Avec un taux de fécondité de 3,6 enfants par femme, la population d’origine extra-européenne augmente de 80 % à chaque génération.

Quand la génération du baby-boom aura entièrement disparu, celle qui forme les gros bataillons de retraités, la France ne sera plus très loin du basculement.

Rappelons aussi qu’en Europe, il y a eu davantage de décès que de naissances et que la population n’a pu augmenter que par l’immigration.

https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Sans-apport-migratoire-population-europeenne-aurait-perdu-1-million-dhabitants-2017-2018-07-12-1200954638

http://www.fdesouche.com/1016161-est-il-vrai-quen-europe-lintegralite-de-la-croissance-demographique-est-due-a-limmigration

Pas besoin d’être devin pour comprendre qu’à ce niveau d’immigration, l’intégration est devenue mission impossible.

Dans trente ans, les minorités extra-européennes seront devenues majoritaires avec les bouleversements qu’on imagine.

Un enfant sur cinq naît de parents musulmans. Un chiffre multiplié par 4 depuis le regroupement familial.

https://i0.wp.com/www.fdesouche.com/wp-content/uploads/2018/02/B7BD00F8-36FB-4C8F-870C-E4C9297C489E.png

La France de nos ancêtres les Gaulois a fini d’exister.

C’est un désastre qui se prépare pour les générations futures. Mais quand un peuple vote depuis 40 ans pour les mêmes immigrationnistes, il n’est pas à plaindre, il est complice et artisan de sa propre disparition.

Quand les Hongrois se battent et refusent de disparaître en fermant leurs frontières, les Français en redemandent et continuent de creuser leur tombe.

On ne peut pas empêcher tout un peuple de se suicider.

Jacques Guillemain

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Victimisation à but lucratif : comment Hapsatou Sy a prémédité son clash avec Eric Zemmour

Info VA. Hapsatou Sy, la chroniqueuse de l’émission les Terriens du Dimanche, a prémédité son clash avec Éric Zemmour avec la complicité de sa maquilleuse. Révélation sur une véritable entreprise de victimisation à but lucratif.

La victimisation, parfois, est un métier, une véritable entreprise de communication à but lucratif.

Depuis quelques jours, Hapsatou Sy, l’une des chroniqueuses de l’émission les Terriens du dimanche, court de plateau en plateau, la larme à l’œil, pour dénoncer la violence d’Éric Zemmour à son encontre. Hier, elle était l’invitée de Laurence Ferrari sur Cnews pour redire que, jamais au grand jamais, elle n’avait subi de sa vie « une telle violence raciste », avant de prendre place en fin de soirée sur BFM TV, pour demander qu’Éric Zemmour soit désormais interdit de télévision.

Quand elle n’est pas sur les plateaux de télévision, d’autres prennent le relai pour la défendre, la plaindre, s’offusquer. Elle n’avait pas attendu cette affaire pour faire la une des magazines. Déjà, en mars 2018, son visage s’affichait en couverture de Management avec ce titre prémonitoire : « Faire parler de soi ». « Les meilleures techniques pour réussir sa com », ajoutait le magazine. Une nouvelle Rosa Parks est née, héroïne télévisuelle de l’anti-zemmourisme.

L’affaire débute dimanche 16 septembre. Éric Zemmour, qui assure la promotion de Destin français, son nouvel ouvrage paru chez Albin Michel, est sur le plateau de Salut les terriens. L’émission a été enregistrée deux jours plus tôt, (Thierry Ardisson a systématiquement recours au montage de ses émissions), avant d’être diffusée le dimanche.

A l’antenne, les téléspectateurs découvrent un Éric Zemmour, qui, fidèle à ses habitudes, fait feu de tout bois et répond avec zèle à ses contradicteurs du jour. Natacha Polony se paie un clash avec son ancien collègue du Figaro. Hapsatou Sy n’est pas la dernière autour de la table  à vouloir tenir tête au polémiste. Pendant leurs échanges qui virent à la passe d’armes, Éric Zemmour affirme à la chroniqueuse de C8 que sa mère « a eu tort de l’appeler par ce prénom » et que plutôt qu’Hapsatou, elle aurait mieux fait de l’appeler Corinne. « Ça vous irait très bien », ajoute le journaliste.

Enregistrement pirate

L’émission est à peine achevée dimanche soir qu’Hapsatou Sy signe un premier tweet : « ce soir @lesterriens, le moment le plus douloureux que j’ai eu à vivre en tv face à un #zemmour hargneux, insultant et agressif envers moi. Toujours très affectée d’ailleurs… », suivi d’un deuxième où elle affirme réfléchir à déposer plainte contre Éric Zemmour et quitter l’émission avant d’affirmer dans un dernier tweet dimanche soir qu’elle possède tous les éléments en sa possession pour étayer ses dires et faire condamner Éric Zemmour. La machine est lancée. Elle ne s’arrêtera pas. 

Lundi 17 septembre, après que les producteurs de l’émission ont diffusé dans la matinée, un premier communiqué pour expliquer les raisons qui les avaient conduits, sur instruction du service juridique de C8, à ne pas diffuser l’intégralité des échanges entre Éric Zemmour et la chroniqueuse de la chaîne, Hapsatou Sy prend la liberté de diffuser sur son compte Instagram des extraits de leurs clashs.

On peut notamment y voir l’essayiste déclarer que le prénom Hapsatou est une « insulte à la France ». La vidéo est de piètre qualité. Il ne s’agit en aucune manière des rushs de l’émission, qu’un membre de la production aurait délibérément transmis à l’animatrice, mais d’un enregistrement pirate effectué depuis une loge réservée aux chroniqueurs de l’émission.

Hapsatou Sy qui s’est entourée d’un staff composé d’une coiffeuse, d’une maquilleuse et d’une assistante, ne se déplace jamais sans elles pour enregistrer Salut les terriens. Selon nos informations, les images que l’animatrice a diffusées sur son compte Instagram ont été filmées par la maquilleuse personnelle d’Hapsatou Sy depuis l’écran de la loge réservée à la chroniqueuse de Salut les Terriens.

Ce qui signe sa préméditation. La maquilleuse aurait filmé l’intégralité de l’émission, et disposait donc, dès le jour de l’enregistrement de toutes les pièces à convictions qui lui permettaient d’affirmer dans un tweet dimanche 16 septembre : « il ne gagnera pas cette fois. J’ai tous les éléments en ma possession. Il ne s’en sortira pas indemne. Et pour mes parents et mon identité insultés ce soir, j’irais jusqu’au bout qques soient les conséquences. A bon entendeur ». 

« On s’est habitué à son terrorisme lacrymal »

Elle filmait ensuite, selon les informations que nous avons pu recueillir, la réunion de débriefing de l’émission qui s’est tenue en présence de Thierry Ardisson et de l’ensemble des chroniqueurs de Salut les terriens au cours duquel le producteur demandait à sa chroniqueuse de revenir à la raison et de baisser le ton. Mais de l’aveu d’un participant, lorsque la réunion s’est achevée, tous les participants se sont quittés persuadés que l’incident sur le plateau était clos. A force, « on s’est habitué à son terrorisme lacrymal », lâche l’un d’eux.

 Peu importe à Hapsatou Sy les risques encourus pour la diffusion d’images volées à la production. Elle sait pertinemment que contractuellement, elle se met à la faute et risque d’embarrasser les producteurs de l’émission autant que C8. Mais elle joue sa partition. Certaines des armes dont elle dispose. Sur twitter, le 18 septembre, son ton se fait menaçant à l’égard de Thierry Ardisson. « A ce jeu là, tu vas perdre. Je n’aime pas le mensonge @C8TV. Là, c’est une bombe que je vais lâcher ! je n’ai pas peur. » 

Ce qu’omet de préciser Hapsatou Sy, c’est qu’elle est en proie à de graves difficultés financières. Comme l’a révélé Thierry Ardisson sur le plateau de Jean-Marc Morandini mardi matin, il lui a avancé 6 émissions après que la production de Salut les terriens a reçu des impôts une demande de saisie à la source sur les salaires de Hapsatou Sy.

Mais cette somme gracieusement accordée ne saurait suffire à couvrir la somme que réclame le trésor public à la chroniqueuse de C8 pour ses impayés : 350 000 euros. Aujourd’hui, drapée dans sa posture de victime, Hapsatou Sy semble  prête à l’affrontement avec ses producteurs et sa chaine. Chercherait-elle à monnayer son silence, pour se remettre à flot ?

De la victimisation au chantage, il n’y a qu’un pas.

source

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Chine : Le pape François lève l’excommunication de huit évêques illégitimes et prépare un accord avec Pékin ; une « trahison » selon un cardinal hong-kongais

Alors que le Vatican vient d’annoncer un prochain accord avec la République populaire de Chine pour la nomination des évêques et de lever l’excommunication de huit évêques illégitimement sacrés avec l’aval du régime, le Cardinal Zen, évêque émérite de Hong-Kong connu pour son opposition au communisme, a affirmé que tout accord avec Pékin constituerait une trahison vis-à-vis des fidèles chinois. Il a demandé la démission du Cardinal Parolin, l’un des artisans de ce rapprochement.

« Il [le card. Parolin] devrait démissionner « , a déclaré Zen à Reuters chez lui, sur une colline boisée de l’île de Hong Kong. « Je ne pense pas qu’il ait la foi. C’est juste un bon diplomate dans un sens très profane et mondain. »

(…)

Alors que le Vatican est par ailleurs engoncé dans un scandale d’abus sexuel qu’il aurait participé à dissimuler aux États-Unis, conduisant même un archevêque à demander la démission du Pape, le Cardinal Zen a estimé que cet accord rendrait l’Église plus vulnérable encore, (…) en « nuisant à sa crédibilité. »

Les quelque 12 millions de catholiques chinois sont divisés entre une Église clandestine qui jure sa loyauté envers le Vatican et l’Association patriotique catholique supervisée par l’État.

Reuters

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Le pape critique les pays de l’Est qui ne veulent pas de migrants

Immigration. Arrivé en Lituanie ce samedi 22 septembre, François a critiqué sans les nommer les pays européens qui refusent d’accueillir les réfugiés.

À peine arrivé en Lituanie ce samedi matin, le pape François a loué  « la tolérance et l’hospitalité » des Lituaniens. Il a également dénoncé ceux qui « expulsent les autres », révèle Le Monde.

Tenus dans un pays de l’Est de l’Europe, les propos du souverain pontife ont sans aucun doute visé les pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque est Slovaquie), qui refusent d’accueillir les migrants arrivés massivement ces dernières années en Grèce et en Italie.

« Les voix qui sèment la division »

Dans un discours prononcé devant les autorités lituaniennes, le pape a évoqué « les voix qui sèment la division et l’affrontement », en instrumentalisant l’insécurité ou les conflits, ou « proclament que l’unique manière possible de garantir la sécurité et la survie d’une culture réside dans l’effort pour éliminer, effacer ou expulser les autres ».

A contrario, il a encensé l’attitude des Lituaniens qui selon lui, ont « une parole originale à apporter (…) par le dialogue, par l’ouverture et la compréhension : Accueillir les différences ».

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Allemagne : Les clans arabes font la loi. La police avait décidé de ne pas réagir pour éviter de se faire traiter de xénophobe.

De grandes familles arabes se sont propagées dans toute l’Allemagne et contrôlent des quartiers entiers. Cela est dû aux erreurs des années 80 et 90.
Ils ont crié « Allahu akbar », en accompagnant le cercueil à travers les rues et ont rendu hommage à un individu assassiné, reconnu coupable de vol qualifié, de voies de fait dangereuses, de mauvais traitements, de coercition et d’infractions en matière de drogue.
On estime à 2000 le nombre de membres de grandes familles arabes qui ont assisté aux funérailles cette semaine.
La scène évoquait les obsèques de la mafia, de Chicago dans les années 1930 ou de la bande de Gaza. En réalité, les hommes barbus, tatoués et musclés ont marché à travers Berlin.
Les photos pourraient également provenir de Dortmund, Essen, Brême ou Duisbourg.
Environ 12 grandes familles arabes, comptant chacune des centaines, voire des milliers de membres, se sont répandues dans les villes allemandes.
Ils contrôlent des quartiers entiers, commettent des vols, pratiquent le trafic d’êtres humains et de drogues, pratiquent le racket.
Ils reçoivent généralement une aide sociale, mais possèdent des voitures de luxe, des hôtels, des stations-service, des bars à narguilé et des magasins de paris – et élargissent constamment leur sphère d’influence dans de nouvelles villes et villages.
Bienvenue en automne 2018 dans la République fédérale d’Allemagne.

Alors que les effets de la « culture d’accueil » de 2015 commencent à montrer des signes de ralentissement, les conséquences des erreurs des années 1980 et 1990 sont déjà clairement visibles.
A l’époque, des dizaines de milliers de réfugiés venaient du Liban.

Bien que personne ne sache exactement qui ils étaient, ce qu’ils feraient ici et s’ils avaient été menacés chez eux.
Mais à cette époque déjà, l’Allemagne les a laissés pour la plupart naïvement sans contrôle dans le pays.
« Ils vivent dans des mondes parallèles avec leurs propres règles et lois. »
Une génération plus tard, le résultat de cette politique est évident: les familles arabes nombreuses – qui avaient délibérément abusé de la loi sur l’asile pour amener leurs clans en Allemagne – ont pris le pouvoir dans de nombreuses parties de la ville.
Elles vivent dans des mondes parallèles avec leurs propres règles, valeurs et lois.

Elles méprisent l’Etat allemand.
Elles menacent les policiers.
Et elles se moquent des juges allemands qui prononcent les peines habituelles avec sursis. 

Pendant des mois, le journaliste Olaf Sundermeyer a effectué des recherches dans le milieu pour un documentaire.
Même Sundermeyer – en principe un expert de l’extrémisme de droite – arrive à la conclusion que les autorités ont détourné les yeux pendant des années et ont minimisé.
Dans le talk-show de Markus Lanz, il a récemment déclaré que les renseignements criminels étaient déjà au courant des problèmes à la fin des années 90.
Lors d’une réunion nationale, ils avaient toutefois décidé à l’époque de ne pas lancer une campagne de grande envergure contre les clans arabes, car il aurait fallu procéder à une « attribution ethnique ».
Par crainte d’être considérées comme xénophobes, les autorités allemandes ont permis aux clans criminels de perdurer durant des décennies.

On peut imaginer à quel point ces familles ont dû en rire.

Aujourd’hui, les clans sont si grands, puissants et en connectés qu’ils pourraient difficilement être combattus avec les moyens et les lois existants, déclare Sundermeyer.

En outre, ils recrutent constamment de nouvelles forces parmi les centaines de milliers de migrants qui ont afflué en Allemagne ces dernières années.

Tagesanzeiger.ch

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